• 05 - Le maquis de St Marcel

    05 - Le maquis de St Marcel

    Un centre mobilisateur est créé tout près du village de Saint-Marcel, dans une ferme couvrant 70 hectares où est créée une drop zone et où affluent (au su de l'armée allemande qui n'attaquera que le 18 juin 1944) dans une atmosphère de kermesse, quelques 8.000 réservistes, répartis en 12 bataillons dont huit vont bientôt rejoindre leur zone.

    En effet, le maquis qui déborde littéralement d'hommes est renforcé chaque jour par les hommes encadrés du 4ème régiment de parachutistes (environ 4000 hommes encadrés) qui rejoignent le maquis Saint-Marcel après avoir réalisé leur mission de sabotage et de harcèlement des troupes allemandes. Le 10 juin 1944, le colonel Bourgoin, qui est manchot, est largué sur la drop zone du maquis de Saint-Marcel. Très vite, la tête du commandant des parachutistes français est mise à prix pour un million de Francs et tous les manchots du département sont arrêtés...

    La situation du camp de Saint-Marcel devient de plus en plus dangereuse: les Allemands ont en effet mis en place de fausses "drop-zones" afin de recueillir les containers d'armes et de munitions destinées au maquis. Du 8 au 17 juin, veille de la bataille, l'activité du camp peut se résumer ainsi:

    - Préparation d'une action commune S.A.S - Résistance. Encadrement et instruction des volontaires avant l'envoi en mission.

    - Forts largages quotidiens (de nuit) de logistique, armement et munitions afin d'équiper les bataillons présents sur le Camp (plus de 2500 hommes) , qui seront effectivement équipés avant le 18 juin.

    - Parachutage des renforts S.A.S par groupes, dont le Commandant Bourgoin et son E.M dans la nuit du 9 au 10 juin.

    - Récupération des sticks "Cooney-Parties" sur la Base établie à Saint-Marcel et des éléments de "Samwest" qui peuvent rejoindre après leur dispersion.

    - Largage pour la première fois sur le théâtre européen de 4 jeeps armées (ndr: les jeeps armées généralement d'un bofor de 40 en déporté au lieu de deux mitrailleuses lourdes jumelées ont été utilisées pour la première fois à "El Alamein") dans la nuit du 17 juin.

    - Le 18 juin, se trouvent sur le camp : 200 parachutistes de l'Etat Major et de la 2ème Compagnie (2è Squadron) du 4è B.I.A et un peu plus de 2500 F.F.I. formant principalement les 2ème, 8ème et 9ème Bataillons F.F.I. A 4h30 du matin, une patrouille motorisée de 8 feld gendarmes allemands est prise à partie. Le seul Allemand qui parvint à s'échapper et à donne l'alerte.

    Deux heures plus tard, un bataillon de 200 Allemands tentent de s'infilter pour occuper le château "Les Hardys" à l'Est du camp et sont pratiquement anéantis. A neuf heures, c'est un régiment qui débarque des camions le long de la RN 774 et ne parvient pas à s'emparer du même objectif. Or des renforts estimés à une division, comprenant de l'artillerie, des unités de Géorgiens, des troupes anti-parachutistes et même des blindés venant de Coëtquidan et de La Baule commencent à affluer sur le secteur malgré le harcèlement de la RAF.

    La décision sage est prise par "le Manchot" d'abandonner le camp à partir de 22 h 30 et de disperser les troupes dans le Finistère et la Loire-Atlantique. A 23h 30, une demi-heure après le dernier décrochage des compagnies engagées, les munitions et les stocks sautent. Au bilan, l'opération a coûté 560 tués aux Allemands et de nombreux blessés, et la mort de 50 parachutistes et de 200 maquisards tués ou disparus. De faibles pertes par rapport aux 10.000 maquisards équipés et encadrés du département qui restent sur pied de guerre et la rage de la vengeance vissée aux tripes. Et ce, d'autant plus qu'une répression féroce s'abat sur la région: Le village de Saint-Marcel a été incendié et est pratiquement anéanti, les villages environnant sont soumis à un couvre-feu total et à l'interdiction absolue de circuler, mesures associées à des représailles féroces contre la population civile, dont le bilan ne semble jamais avoir été dressé.

    Mais, dans l'opération du maquis Saint-Marcel, il y avait finalement beaucoup plus que le sacrifice de 250 hommes soutenus par les alliés. Alors qu'une cinquantaine milliers de soldats d'élite allemands attendaient un débarquement hypothétique sur le littoral de la Côte d'Opale, elle crédibilisait la stratégie alliée d'un deuxième possible débarquement en Bretagne, dans la zone de la presu'ïle de Crozon, au lieu du du littoral de la Côte d'Opale... On se trouve alors en présence d'une opération prolongeant l'opération "Fortitude South". De quoi donner de fortes migraines à Adolph Hitler, en entretenant les hésitations du Führer, qui, depuis son nid d'aigle, ne tolérait plus la moindre contradiction de ses généraux opérant sur le terrain!

  • Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

    Juillet 1947 - En image - Inauguration du Monument de la Nouette

     

     

     

     


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  • Saint Marcel - 18 juin 1994

     

    Le 18 juin 1994 restera gravé dans toutes les mémoires des résistants bretons présents aux cérémonies du 50ème anniversaire des combats de Saint Marcel. Résistants de l'intérieur, des forces françaises libres, des parachutistes S.A.S, fraternellement unis pour cette journée du souvenir.

    La cérémonie au mémorial de la Nouette fut grandiose. Une forêt de drapeaux entouraient le monument dont le Général de Gaulle posa la première pierre le 27 juillet 1947. Au premier rang les personnalités civiles et militaires aux côté du maire de Saint Marcel, Mr Gilles Possémé et de Mr François Léotard, ministre de la défense.

    En face, hélas parqués, des milliers de personnes, des centaines de combattants de l'ombre, des anciens déportés. Côte à côte, à gauche du monument, les anciens du maquis et les parachutistes coiffés de leurs bérets rouges. Très justement, une place d'honneur leur était réservée. Nous ne pouvons dans le détail, rendre compte de cette mémorable journée. La presse locale l'a admirablement fait.

    Voici toutefois quelques  traits significatifs des hommages rendus par Mr le maire de saint Marcel et par Mr le ministre de la défense après l'inauguration d'une nouvelle salle spécifique au S.A.S du musée de la Résistance Bretonne.

    Mr Gilles Possémé: Au travers de ce musée s'exprime la volonté de témoigner des jeunes générations, de pérenniser la mémoire de ces combats glorieux.

    Mr François Léotard: Dans la nuit du maquis, dans le silence des frissons, dans les cris de tortures, dans les regards des résistants, dans les mains qu'on attache et dans les corps qu'on détruit, il y a une mémoire française. Puisse cette mémoire rester vivante. Puisse la jeunesse d'aujourd'hui l'entourer de sa vigilance et de sa fidélité.

    Le ministre cité André Malraux, qui a exprimé cette identification essentielle et fondatrice entre la nation et la résistance n'eut jamais existé, c'est peut-être simplement l'accent invincible de la fraternité.

    Mr Caltucali parlant des S.A.S et des maquisards au coude à coude: Les hommes restent l'exemple de ceux qui avaient 20 ans, qui se sont battus, sacrifiés pour que la France retrouve son honneur et sa jeunesse. Pour qu'elle vive libre . . .

    A Saint Marcel le 18 juin 1994, la population bretonne était au rendez-vous du souvenir.

    A cette cérémonie, il y eut des remises de décorations:

    Mr le ministre de la défense a remis trois décorations au monument de la Nouette.

    Mr Louis Le Port, secrétaire de l'Amicale des S.A.S a été fait Officier de la Légion d'Honneur.

    Mme Le Cuiller des anciens F.F.I a été fait Chevalier de la Légion d'Honneur.

    Mr Joseph Jégo anciens F.F.I a été fait Chevalier de l'Ordre National du Mérite.

    Saint Marcel - 18 juin 1994

     

    Saint Marcel - 18 juin 1994

     

    Source: Ami entends-tu . . . n°90 ( Journal de la Résistance  Bretonne )

     


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  • Saint-Marcel le 24 juin 1984

     

     

    L'inauguration du musée de la Résistance Bretonne à Saint Marcel, le 24 juin, restera gravée dans nos mémoires.

    Ce fut une grandioses journée patriotique qui a marqué le 40° anniversaire de la libération. Plus de 10000 personnes avaient fait le déplacement dont de nombreux jeunes.

    400 Porte-drapeaux venus de toute la Bretagne on participé au défilé et aux différentes cérémonies qui ce sont déroulées toute la journée, après la messe autour du monument de la Nouette dont le Général de Gaulle posa le première pierre en 1947.

    C'est Mr Jean Laurain, secrétaire d'état chargé des Anciens Combattants qui a inauguré le musée, entouré de Me Alain Poher, président du sénat, Edmond Hervé, secrétaire d'état à la santé, Raymond Marcelin, Président du Conseil Général, Le général Simon, Chancelier de l'ordre de la Libération et de nombreuses personnalités.

    C'est sous la conduite de Mr Edouard Le Chantoux, le jeune conservateur, que nous avons visité le musée qui, comme l'a déclaré Mr Gilles Possémé, maire de Saint Marcel, ne doit pas raviver la haine et les vieilles querelles, mais au contraire, faire prendre conscience à ceux qui ne les ont pas vécues, des horreurs de la guerre.

    Il faut se souvenir pour construire une paix durable.

    Le docteur Thomas, président de l'A.N.A.C.R, vice président des médaillés de la résistance devait rappeler les différents aspects de la lutte clandestine et rendre un hommage particulier à tous ceux qui avaient aidé les maquisards.

    La victoire de la Résistance a été de la conduire la France aux côtés des alliés à la table de la capitulation des armées nazies. Elle a été de faire de notre pays l'un des fondateurs de l'O.N.U.

    La Bretagne et le Morbihan ont payé cher les combats contre l'occupant. Il suffit de rappeler que dans notre département, 630 personnes furent déportées, que 205 ne sont pas revenues, que sur les 322 F.F.L parachutés, 60 furent tués, 10 blessés et 10 faits prisonniers.

    Enfin que 430 soldats F.F.I, furent tués en opérations et que 793 personnes furent fusillées et massacrées, parmi lesquelles 352 civils.

    Aussi la mémoire de nos morts est sacrée et c'est avec la plus profonde émotion que chaque année, nous rendons hommage à leur sacrifice.

    Dans l'après midi, les personnalités allèrent se recueillirent sur les tombes su colonel Bourgoin et du capitaine Marienne, enterrés au cimetière de Plumelec.

     

    Saint-Marcel le 24 juin 1984

     

    Saint-Marcel le 24 juin 1984

     

    Saint-Marcel le 24 juin 1984

     

    Source: Ami entends-tu n°57 du deuxième semestre 1984.

     

     

     

     

     

     


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  • Commémoration de 1956

     

     

    En 1956, lors de la commémoration anniversaire des combats de SAINT-MARCEL, trois grandes figures de la Résistance.
    Le Général AUDIBERT (depuis décédé), le regretté Colonel MORICE, chef départemental des F.F.I. du Morbihan,
    Le Colonel BOURGOUIN , actuellement député à l'Assemblée Nationale.
    SAINT-MARCEL : 6 au 18 Juin 1944.

    Parlant de ses combats et de la Résistance morbihannaise, le Général AUDIBERT , a écrit:

    Ses résistants organisés, en sections, compagnies et bataillons formaient, au début de Juin 1944, huit bataillons de 1.000 Hommes régulièrement encadrés.
    Du jour du débarquement 6 Juin jusqu'au 18 juin, 3 bataillons (3.000 H.) sont rassemblés pour protéger un terrain de parachutage à SAINT-MARCEL près de MALESTROIT où, pendant 12 jours, ce camp reçut des armes et des parachutistes, dont le Colonel BOURGOIN, leur chef.
    Le 18 Juin, les Allemands se décidèrent à agir contre le rassemblement de Saint-Marcel qu'ils attaquèrent avec des forces d'environ 9 à 10000 hommes. Le combat dura tout le jour et coûta à l'ennemi de grosses pertes (plus de 500 morts ou blessés). De nuit pour échapper à l'encerclement qui allait se refermer sur eux, les 3 Bataillons rompirent . . .
    Les 8 Bataillons du Morbihan furent par la suite le fond de la Division BORGNIS-DESBORDES qui fit le
    siège de la poche de Lorient.

     

    Source: Ami entends-tu . . . de octobre 1968

     

     

     

     

     


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  • Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

     

     

    Le terrain «Baleine» et le maquis de la Nouette

    A l'est du département du Morbihan, Saint-Marcel est une petite commune d'environ 500 habitants, située à 3 kilomètres de Malestroit, sur les pentes du plateau qui sépare la vallée de la Claie de la vallée de l'Oust.

    La ville la plus proche est Ploërmel, à 19 kilomètres au nord ; Vannes est à 32 kilomètres au sud-ouest , Redon à près de 40 kilomètres au sud-est . Le bourg n'est traversé que par deux petites routes de faible trafic .

    Entre Saint-Marcel et Sérent s'étend une région dont les parties les plus élevées sont boisées tandis que les autres sont en cultures . Certains endroits présentent un aspect intermédiaire , avec prédominance tantôt de bois tantôt de cultures. Sur le versant sud du plateau, une vaste clairière située au nord de la ferme de la Nouée (1) (ou la Nouette, comme on dit dans le pays) avait été choisie en février 1943 comme terrain de parachutage. C'était l'époque où Guy Lenlant, agent du B.C.R.A., envoyé en Bretagne en décembre 1942, constituait des équipes de parachutage et recherchait les terrains susceptibles de permettre soit l'envoi d'armes par la voie aérienne soit des atterrissages d'unités aéroportées.

    Ce terrain tut homologué sous le nom de Baleine : il était particulièrement bien situé ; en effet, tout en étant relativement éloigné des grandes voies de communications et voisin de taillis qui permettraient de camoufler un dépôt d'armes, il était facile à repérer par la voie ferrée de Questembert à Ploërmel et par l'Oust canalisé.

    (1) La ferme de la Nouée et le terrain Baleine sont situés sur le territoire de la commune de Serent .

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    les colonels" Morice et Bourgoin (photo du haut) .
    le commandant Guimard Emile, membre de l'Etat-Major départemental (photo du bas a gauche).
    le lieutenant-colonel Le Garrec , commandant le 2e bataillon F.F.I., bataillon d'Auray (photo du bas a droite).

    Un seul parachutage y fut effectué, pour le S.O.A. (2) , longtemps avant le débarquement (en mai 1943). Trois autres ne purent avoir lieu et ensuite , il semble qu'on n'ait plus voulu l'utiliser afin d'éviter que l'attention des Allemands fût attirée sur ces parages. Le commandant départemental de l'Armée secrète avait décidé que la Nouette servirait de base pour la réception d'armes et éventuellement de renforts parachutés au moment du débarquement. Plusieurs réunions de résistants locaux y eurent lieu en 1944, dont une le 11 mars, en présence du général Allard, alors caché au château voisin de Tirpen. Un membre de l'Etat-Major départemental, Emile Guimard, qui avait du prendre le maquis dès le 4 mars, venait au moins une fois par semaine voir le fermier de la Nouette, Pondard , pour s'assurer que l'ennemi ne se doutait de rien .

    Le 31 mars, une cinquantaine d'arrestations désorganise la résistance morbihannaise en la privant d'une partie de ses cadres (pour la plupart gendarmes et chefs de district ou agents du ravitaillement général): Le 6 avril , trois gendarmes de Malestroit doivent prendre le maquis : le samedi 8, deux d'entre eux arrivent à la Nouette. Leur disparition a fait grand bruit, mais la plupart des habitants de la région croient qu'ils ont été arrêtés par les Allemands. Peu après, un autre gendarme de Malestroit prend à son tour le maquis et vient rejoindre ses deux collègues ; tous trois se construisent une baraque dans le taillis. Bientôt, d'autres
    résistants qui se sentent traqués de tous côtés viennent se joindre à eux. Ces hommes partent souvent la nuit pour assister à des réunions ou effectuer des actions de sabotage.

    Les forces allemandes de Bretagne au jour du débarquement.

    Le système défensif de Normandie-Bretagne est tenu par la 7e Armée du général Dolmann (P.C. au Mans).

    Trois corps d 'armée se partagent les zones côtières : le 84e C.A. (général Marx) , P.C. à Saint-Lô ; le 74e C.A. (général Koltitz), P.C. à Guingamp ; le 25e C.A. (général Fahrmbacher) , P.C. à Pontivy.

    En Bretagne, les troupes de campagne se répartissent ainsi :
    1° En zone nord , les trois divisions du 74e Corps d'armée : la 319e D.I. (P.C. à Pontorson) ; la 77e D.I. (à Saint-Malo) ; la 266e D.I. , à Guingamp (avec P.C. à Belle-Ile-en-Terre).

    2° En zone sud , les trois divisions du 258e Corps d'armée: la 343e D.I. , à Brest (avec P.C. à Landerneau) ; la 265e D.I. , à Lorient (avec P.C. à Quimperlé) ; la 275e D.I. à Saint-Nazaire (avec P.C. à Redon).

    Ces troupes d'occupation sont complétées par diverses unités de renforcement: la 3e et la 58e Divisions aéroportées, la 353e D.I. (P,C. à Landivisiau), des unités dites de l'Est , constituées en escadrons de cavaliers et de cyclistes ukrainiens à 600 hommes et en bataillons d'infanterie de Géorgiens à 800
    hommes.

    Il y a encore le 258e Régiment de forteresse, à vingt -neuf compagnies, trois groupes d'artillerie de côte de l'Armée, deux bataillons spéciaux formés d'hommes malades des oreilles et de l'estomac et des unités d'aviation (1200 hommes, dans le Morbihan , appartenaient à celles-ci).

    L'ensemble des effectifs allemands stationnés en Bretagne est ainsi d'environ 150 000 hommes au moment du débarquement allié en Normandie. La densité d'occupation est particulièrement forte dans l'ouest de la Bretagne qui a été partagé , dès le mois de mai 1944, en secteurs de sécurité surveillés par des formations spéciales.

    ( 2 ) Bureau des Opérations Aériennes.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    Parachutistes à la veille de leur saut sur la France, 5 juin 1944 (photo du haut).

    L'ensemble des effectifs allemands stationnés en Bretagne est d'environ 150 000 hommes
    dont la 3e et 5e divisions aéroportées (photo du bas : collection Binet).

    Les F.F.I. du Morbihan au jour du débarquement.

    L'Armée secrète a officieusement fusionné avec les Francs-Tireurs-Partisans (F.T.P.) en février, mais la mort à la mi-avril, des deux représentants du mouvement F.T.P. au sein de l 'Etat-Major F.F.I. a interrompu cette collaboration.

    Au printemps, le Comac (Comité d 'Action Immédiate, qui siège à Paris et qui dépend du Conseil national de la Résistance dont il est l'organisme militaire ) a choisi les F.F.I. du Morbihan pour administrer la preuve qu'on peut laisser aux troupes de la Résistance le soin de détruire les voies ferrées (Plan vert), selon
    les directives du Block Planning établi au début de 1944. Un officier du Comac, Rivière , est venu le 5 mai apporter un ordre de destruction générale des voies ferrées de la région de Bretagne. Les coupures ont été effectuées selon les ordres reçus, dont certaines dans les Côtes-du-Nord et dans l'Ille-et-Vilaine et
    elles ont été entretenues du 7 au 13 mai, c 'est-à-dire pendant une semaine, comme il avait été prescrit.

    Vers le 15 mai, un délégué du Cornac, le commandant Barthélemy (alias Hauteur ou Barrat), est venu à son tour pour se rendre compte de l'importance des effectifs F.F.I. et de la tenue des hommes. Il passe en revue de nuit, toute la compagnie de Malestroit sur la lande de Robinson, entre Plumelec et Sérent . Il se
    déclare satisfait et il est décidé que les chefs de l'Etat-Major départemental reviendront la semaine suivante.

    Le lundi 22 mai, le D.M.R. (Délégué militaire régional) de la région M2, Valentin Abeille (alias Méridien, Fantassin, Monsieur Jacques) qui est en même temps chef du Bureau des opérations aériennes de Bretagne, arrive au maquis de la Nouette; il y est rejoint le lendemain par Hauteur et par Sinclair (de son vrai nom Paul Simon). son adjoint. Le 23, une conférence réunit les représentants du Cornac, le
    colonel Chenailler (alias Morice), chef des F.F.I. du Morbihan, le commandant Le Garrec (3) , chef du bataillon d'Auray, le colonel Donnart (alias Poussin), chef des F.F.I. du Finistère, et l'un de ses adjoints. C'est sans doute à ce moment qu'est communiqué aux F.F.I. l'additif au Plan vert (règlement d'exécution pour le jour J et les quinze jours suivants).

    Le 24 mai, au pont de Bocneuf, sur l'Oust, entre Pontivy et Josselin, une autre conférence réunit sous la présidence de Chenailler les commandants Caro (bataillon de Ploërmel-Josselin), Robo (bataillon de Pontivy) et Le Coutaller (bataillon de Guémené). Chenailler leur fait part de la division du département en
    cinq secteurs F.F.I. ainsi que de l'ordre d'armement des unités et des dispositions à prendre pour l'application du Plan vert et du Plan violet (ce dernier concerne les coupures à opérer sur les lignes téléphoniques aériennes et souterraines).

    Le 26 mai, Barthélemy part de bon matin pour Paris ; le soir du même jour, Abeille et Paul Simon partent à leur tour. Ils doivent revenir la semaine suivante pour rester définitivement, mais, le 3 juin, deux agents de liaison, dont l'un est porteur d'une grosse somme d'argent (une vingtaine de millions de francs, selon certains témoignages), annoncent en arrivant de Paris l'arrestation de Valentin Abeille et de Paul Simon.

    ( 3 ) le commandant Le Garrec appartient à l'O.R.A . Qui vient juste de s'intégrer dans les FFI.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    Le 6 juin 1944. 1 h 30, le caporal Bouetard est tué - première victime française des
    combats de la libération - Lande du Halliguen en Plumelec (photo du haut).

    Message du capitaine Marienne. 8 juin 1944 (photo du bas à gauche).

    Le Pont sur la Claie, Cadoudal, en Plumelec (photo du bas à droite).

    La disparition d'Abeille n'empêchera pas l'exécution des plans prévus . Le 3 juin, le nouveau chef du B.O.A., Edouard Paysant (alias Kim -B., Dominique Tinchebray, Monsieur Yves, Trouvère), arrive dans le Morbihan avec son équipement radio.

    Le 4 juin, la radio de Londres lance le message Les dés sont sur le tapis et, le 5 juin , Il fait chaud à Suez. Le premier ordonne l'exécution immédiate du Plan vert et du Plan violet, le second celle du Plan rouge (opérations de guérillas) . Les coupures de voies ferrées seront effectuées dans la nuit du 6 au 7 et entretenues les jours suivants , mais la seconde mission confiée aux F.F.I. du Morbihan (application du Plan rouge) exige un armement supérieur à celui dont elles disposent.

    En effet, en dehors d'armes récupérées (4), les F.F.I. ne possèdent presque pas de fusils ni de fusils-mitrailleurs . Les armes reçues par l'intermédiaire du B.O.A. ne consistent qu'en 400 mitraillettes Sten , 150 pistolets de modèles divers, 4000 grenades et un assez important tonnage d'explosifs. C'est un armement destiné à des équipes de saboteurs, non à des troupes en campagne. La répartition en a été faite par sections, mais on n'a pu armer que dix compagnies et il est impossible d'envisager des opérations importantes.

    C'est pourquoi, le 5 juin :
    1° -  En exécution des ordres reçus et conformément aux plans établis avec les délégués du Comac, Chenailler lance un ordre de mobilisation générale aux bataillons de Ploërmel-Josselin, de Vannes, d'Auray et de Guémené, qui représentent un effectif de 3500 hommes. Le premier de ces bataillons doit rallier la Nouette, centre mobilisateur , pour en constituer la garnison permanente: les trois autres resteront dans leur région d'origine. Le reste des F.F.I. du département doit se mettre en état d'alerte ; seuls leurs chefs doivent prendre le maquis et exécuter les actions de sabotage prescrites.

    2°  - En l'absence du délégué militaire régional Barthélemy (Hauteur), qui doit remplacer Abeille et qui ne reviendra de Paris que le 11 juin, à bicyclette , avec deux secrétaires , Chenailler, coupé de toutes relations avec Paris , adresse à l'Etat-Major interallié le message n° 95 suivant :

    Situation inchangée depuis dernier message Hauteur - Fusion réalisée, toutes organisations sous commandement Morice, successeur Yodi (5) - Exécuteront différentes missions malgré armement dérisoire - Dix compagnies faiblement armées sur vingt-cinq - Morbihan peut assurer liaison avec départements bretons. Magnifique esprit troupe qui demande armes - Prière parachuter D.M.R. sur
    terrain B.O.A. Baleine - Accuser réception - Morice.

    La réponse à ce télégramme parviendra à Chenailler (Morice) le 10 juin, à 5 h:

    S.R.O. Bretagne O.P.S./23 du 9/6/44
    Pour Kim . Vous accusons réception vos neuf cinq et neuf six du cinq juin, neuf
    neuf du six juin, un zéro trois et un zéro cinq du sept juin. Félicitations chaleureuses à Morice pour magnifique organisation F.F.I. Morbihan. Envisageons de vous envoyer prochaine lune officier-liaison Fonction - Jusqu'à son arrivée, rester en liaison avec nous pour nous donner besoin armement , détail activité F.F.I. Morbihan - Pour l'immédiat, faisons l'impossible pour donner satisfaction aux demandes de Morice.

    (4) C'est ainsi, par exemple, que la compagnie de Rochefort-en-Terre dispose de mousquetons français recueillis des 1940 derrière l'armée polonaise. les F.F.I possèdent aussi des armes prises aux Allemands, quelques mitraillettes Schmeitzer et des pistolets.

    (5 ) Yodi : le commandant de gendarmerie Guillaudot , chef du réseau Morbiannais de La France combattante jusqu'à son arrestation par la Gestapo . le 10 décembre 1943.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    L'arme des maquisards (photo du haut) :
    LA MITRAILLEITE Cf STEN .. (anglaise. Calibre 9 mm) : a) canon ; b) refroidisseur ; c)
    guidon ; d) poussoir d 'accrochage du chargeur ; e) levier d'armement ; f) cran de sûreté ; g)
    oeilleton ; h) bouton de culasse ; i) crosse ; j) plaque de couche ; k} renfort ; l) pontet : m) détente ; n) bouton de tir coup par coup ; o) boite du chargeur ; p) fond du chargeur ; q) bouton d'accrochage du couloir d'alimentation : r) couloir d 'alimentation. Dessin : extrait du manuel d 'instruction militaire édité par le Conseil National de la Résistance.

    Les F.F.I recevront leur arme et un brassard F.F.I. (photo du bas).

     

    Les Intentions alliées.

    L'objectif initial des opérations déclenchées le 6 juin à l'aube sur les plage de Normandie prévoyait la prise de Caen, Bayeux, Isigny, Carentan et Cherbourg ainsi que des terrains d 'aviation situés dans cette région. Selon le plan Overlord (version révisée du mois de février 1944), au jour J + 17, les armées anglaise et américaine devaient tenir une ligne partant de Cabourg et aboutissant à Granville en passant par l'est de Caen, Condé-sur-Noireau et Vire. A J + 20 ou après elles reprendraient leur avance vers le sud et le sud-est , et il était prévu que, à J + 60. les Américains occuperaient la côte atlantique jusqu'au sud de Saint-Nazaire et tiendraient le front sur la Loire jusqu'à Tours, puis sur une ligne allant de Tours à un point situé entre Alençon et Chartres, tandis que les Britanniques iraient de ce point à l'estuaire de la Seine.

    Pour faciliter la conquête de la presqu'île bretonne et l'occupation de ses ports dans les délais prévus, le Commandement interallié avait-il envisagé la possibilité d'un débarquement de diversion entre le golfe du Morbihan et l'embouchure de la Vilaine (6) ? Ce débarquement devait, dit-on , s'effectuer à J + 30 (7). Il semble bien qu 'il se soit agi uniquement d'un bruit à faire courir pou réveiller l'inquiétude des Allemands et les obliger à ne pas trop dégarnir de troupes au sud de la Bretagne (8).

    En tout état de cause, il importait, dans l'immédiat, d'empêcher ou au moins de ralentir les mouvements prévisibles des forces allemandes de Bretagne vers le front de Normandie. C'est à des parachutistes et aux F.F.I. de Bretagne qu'incomberait la tâche de fixer les divisions allemandes dont l'appoint pourrait mettre les forces alliées de débarquement dans une situation difficile. C'est pourquoi des troupes parachutées devaient commencer à être larguées dans la nuit précédant le jour J, avec la mission d'isoler la presqu'île bretonne du reste du territoire.

    Il fallait agir très vite, et malgré la démonstration faite dans la semaine du 7 au 13 mai par les F.F.I. du Morbihan, le Commandement suprême redoutait que la Résistance , dont l'action risquait toujours d'être retardée ou empêchée par des arrestations, fût dans l'impossibilité d'accomplir l'ensemble des destructions voulues.

    Les Alliés étaient d'ailleurs mal renseignés sur l'importance des mouvements de résistance en France occupée ; le manque de coordination entre les Services de renseignements britanniques et le B.C.R.A. dirigé par le colonel Passy, ne pouvait que renforcer leur méfiance à l'égard de l'organisation des maquis et, lors de l'établissement du plan Overlord, ils n'avaient pas été disposés à attribuer un grand rôle aux forces de l'intérieur, à la fois parce qu' ils ne pouvaient confier leurs intentions à des éléments qu'ils ne contrôlaient pas et parce que la place d'une armée de guérilla dans un ensemble d'opérations aussi complexe était difficile à déterminer sans une connaissance précise de ses possibilités.

    En juin 1944 ~ l'aide de la Résistance n'était donc encore envisagée que comme un appoint. Les troupes parachutées dans la nuit de J - 1 à J et au cours des nuits suivantes devraient , outre leur mission de sabotage, entrer en contact avec les groupes locaux et leur fournir un encadrement pour désorganiser
    l'ennemi et faciliter la pénétration alliée.

    Comme on escomptait que l'armée américaine pénétrerait en Bretagne aux environs de J + 20, les parachutistes se joindraient ensuite aux forces terrestres au fur et à mesure de l'avance de celles-ci (9).

    (6) Dans le rapport sur les défenses allemandes du Morbihan. établi par lui en juin 1943 et parvenu à Londres à la mi-juillet de la même année , dans le dossier connu sous le nom de Panier de cerises, le commandant de gendarmerie Guillaudot avait signalé la possibilité d'un débarquement dans la baie de Suscinio. où les ouvrages côtiers étaient peu nombreux (un tous les kilomètres) et où la flotte serait hors d'atteinte des pièces à longue portée de la presqu'ile de Quiberon. En 1935, un exercice de débarquement de chars y avait pleinement réussi.

    (7) Cf . Paulin, La rage au coeur. p.184.
    (8) Témoignage du capitaine Fay, officier de liaison britannique parachuté à la Nouette.
    (9) Témoignage du colonel Bourgoin.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    L'armement reçu était anglais et comportait des pistolets, des mitraillettes, des carabines .
    des fusils-mitrailleurs, des engins antichars, des mines, des grenades (photo du haut ).

    Le commandant départemental F.F.I. dispose d'une compagnie de transport (photo du bas).

    Les parachutistes.

    a) Mission prévue:

    Deux sortes de missions furent confiées aux parachutistes français (10) sur le territoire breton :

    1° -  Des missions de sabotage sur les voies de communication (voies ferrées, lignes souterraines à grande distance, lignes téléphoniques), pour isoler des lieux de débarquement les garnisons allemandes de la côte bretonne et éviter ainsi tous renforts immédiats, L'exécution de ces sabotages fut prévue pour la
    nuit J à J + 1 ou J + 1 à J + 2.

    2° - Des missions d'infiltration à l'intérieur de la Bretagne. Le Haut Commandement britannique voulait aussi constituer deux bases, l'une dans les Côtes-du-Nord , l'autre dans le Morbihan, pour recevoir éventuellement de puissantes unités parachutées ou aéroportées . Les deux points, choisis arbitrairement,
    étaient la forêt de Duault pour les Côtes-du-Nord, la partie centrale des landes de Lanvaux pour le Morbihan.

    Des échelons précurseurs devaient être envoyés dans la nuit de J - 1 à J pour :

    a) examiner sur place : les réactions et la force de l'ennemi dans le voisinage : les possibilités défensives du secteur : les possibilités de coopération avec la Résistance ; les possibilités d'atterrissage de planeurs

    b) former une base d'où rayonner aient les groupes de sabotage et d'assaut et où ils viendraient se réapprovisionner en munitions et en explosifs. Il faudrait donc trouver dans le voisinage un terrain favorable aux parachutages (une drop zone ou, en abrégé, une D,Z. ).

    C'est le bataillon du commandant Bourgoin, composé de 500 hommes appartenant au 2e régiment de Chasseurs parachutistes, qui fut choisi pour exécuter les missions de sabotage et d' infiltration et préparer ainsi l'arrivée d'unités plus importantes.

    Pour chacune des deux bases, un échelon précurseur fut constitué par deux groupes de neuf hommes commandés chacun par un officier . Ces groupes devaient partir la nuit même du débarquement dans deux avions différents et, en principe , être parachutés sur le même terrain . Chaque groupe comprenait trois radios équipés de deux émetteurs-récepteurs Midget et deux pigeons, d'un Eurêka (11) et d'un S.Phone (12), chaque homme avait six jours de vivres.

    Les chefs de ces détachements furent, pour les Côtes-du-Nord, le lieutenant Deschamps (en premier ) et le lieutenant Botella (en deuxième) et, pour le Morbihan , le lieutenant Marienne (en premier) et le lieutenant Deplante (en deuxième ).

    L'envoi de missions de sabotage (Cooney parties), au nombre de dix-huit , un peu partout dans les deux départements , le deuxième soir après le débarquement . devait constituer la deuxième phase , Deux d'entre elles se composaient d'un officier, un sous-officier et trois hommes, les seize autres d'un officier ou
    sous-officier et deux hommes.

    Les missions avaient dix jours, au maximum, pour opérer. Elles devaient ensuite se rabattre sur les bases préparées par le détachement précurseur. Des rendez-vous avaient été fixés en des points à proximité desquels, en principe, les bases devaient se trouver. Ces rendez-vous s'appelaient Agamemnon et
    Béatrice pour les Cotes-du-Nord ; Charlotte et Oudile pour le Morbihan. La rentrée des missions de sabotage était escomptée à partir de J + 5.

    Enfin , les deux bases étant prêtes, pendant que les Cooney parties exécuteraient leurs missions, les détachements précurseurs devaient équiper par parachutage les forces de résistance qu 'ils auraient contactées et les patriotes qu 'ils auraient recrutés, et recevoir, quand leur chef en ferait l'appel , le reste du
    bataillon qui partirait aussitôt par petits groupes, dans un secteur déterminé avec une mission de combat précise (13). Le reste du bataillon devait être ainsi parachuté par groupes de dix hommes dans un délai de J + 10.

    b) L'arrivée.

    Le détachement précurseur des Côtes-du-Nord est parachuté sans incident dans la nuit du 5 au 6 juin, entre en contact le lendemain avec la Résistance (en majorité F.T.P.) et établit la base Samwest.

    Dans le Morbihan (14), les événements ne se déroulent pas aussi favorablement.
    Le groupe du lieutenant Marienne touche terre le 6 juin à 0 h 45 à l'endroit prévu, mais celui-ci se trouve à 800 mètres du poste d'observation allemand de Plumelec . Du temps est perdu à la recherche d'une malle et au bout d 'une demi-heure , la D.Z . est cernée par environ 150 ennemis, pour la plupart des Russes, alertés par la vigie de l'observatoire. Un feu d'armes automatiques oblige Marienne et ses hommes à abandonner leurs bagages et à quitter le terrain . Le caporal Bouetard est tué, première victime française des combats de la Libération, les trois radios sont capturés avec les postes et les codes intacts. L'agent en civil (capitaine André) qui devait servir de guide à Marienne et le sergent Raufast sont séparés de Marienne qui n'a plus que deux hommes avec lui.

    Au même moment, Deplante et ses hommes sont parachutés à Lilleran , près de Guehenno, avec une erreur de 12 kilomètres. Marienne et Deplante (après avoir pris contact, chacun de son côté, avec des membres de la Résistance), se retrouvent dans le bois qui avait été choisi comme point de ralliement , le 7 juin, vers 9 h du matin, et décident de quitter cette région; guidés par le lieutenant F.F.I. Morizur, de Plumelec, ils se rendent, à une vingtaine de kilomètres de là, à la ferme de la Nouette. Ils y retrouvent le capitaine André et le sergent Raufast qui sont arrives la veille dans le courant de l'après-midi. Dès ce moment la Nouette devient le point de ralliement des parachutistes (base Dingson);  non seulement
    ceux du Morbihan, mais aussi ceux des Côtes-du-Nord après la dispersion de la base samwest (12 juin ), rcevront l'ordre de s'y rendre. En fait , les hommes d une dizaine de Cooney parties et plusieurs groupes venus de la forêt de Duault arriveront à la Nouette avant le 18 juin.

    Les événements ont démontré le manque absolu de coordination entre les services de renseignements qui travaillent en France et en Angleterre, entre le B.C.R.A . et le commandement britannique. Ils ont aussi apporté aux parachutistes la preuve que la Résistance bretonne n'était pas anéantie et qu'il leur fallait travailler avec elle . Or, ils n'y étaient pas préparés. On ne leur avait même pas expliqué ce qu'étaient les F.F.I. et les F.T.P. !

    (10) Ces parachutistes sont des Français qui font partie du 2e Régiment de chasseurs parachutistes appartenant a la brigade britannique du Spécial Air Service (SAS) commandée par le général Mac Leod. A partir du 6 juin , Ils sont placés sous les ordres du général Koenig , mais ce commandement restera théorique.

    (11) Eurêka : appareil très lourd (grosse valise) destiné à guider vers la DZ du sol en indiquant la lettre du terrain, l'avion muni de Rebecca.
    (1 2) S.Phone ; appareil pesant 30 kilogrammes , portable à dos , permettant de communiquer avec avion quand Il est au-dessus du terrain.
    (13) Corta, Les bérets rouges, p.184

    (14) Le commandant Bourgoin a demandé au colonel Passy et à son adjoint Manuel si ses hommes trouveraient des groupes de résistance. Il lui fut répondu que la Résistance morbihannaise avait été désorganisée , qu'il ne restait que quelques hommes dans la Montagne Noire et du côté de Guer , Alors que le département dispose de dix-huit terrains homologués par le B.O.A., le lieu d'arrivée du détachement a été choisi au hasard, au vu de photographies aériennes.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    C'est le bataillon du commandant Bourgoin, composé de 520 hommes, qui fut choisi pour
    exécuter les missions de sabotage et d'infiltration et préparer l'arrivée d'unités importantes
    (photo du haut).
    Les parachutistes jouissent d'un énorme prestige parce qu'ils viennent d'Angleterre et qu'ils
    ont déjà combattu les Allemands en Libye (photo du bas).

    La Nouette du 6 au 18 juin.

    Dans la matinée du 6 juin, plusieurs automobiles amènent tous les chefs de la Résistance locale et départementale, avec leurs radios. Paysant, chef du B.O.A., s'installe à la ferme du Parc avec Irène, sa secrétaire, et toute son équipe radio qui dispose d'un matériel important, entre autres un Eurêka et un S.Phone.

    Dès l'après-midi, les résistants de la région de Malestroit arrivent en grand nombre ; une véritable foule se presse à la Nouette. Le soir , il y a déjà une centaine d'hommes dans la ferme de la famille Pondard et dans les bois environnants. Le lendemain, les chefs de groupe commencent l 'instruction des hommes; les volontaires ne cessent d'arriver ; il faut tuer des bêtes pour nourrir tout le monde; on installe un abattoir, une boucherie, une cuisine, une boulangerie, des groupes électrogènes pour charger les accumulateurs afin d'assurer l'éclairage et le fonctionnement des postes de radio, un atelier de cordonnerie, un atelier d'habillement, un atelier de réparation pour le parc automobile.

    Lorsque Marienne arrive à la Nouette (soir du 7 juin ), il est impressionné par l'importance des effectifs présents ou annoncés. Il envoie le lendemain , par radio, au commandant Bourgoin le message suivant:

    Pierre 1. Indicatif 101 - Confirme message adressé par commandant F.F.I.
    Confirme 10 compagnies faiblement armées sur 25 - Envoyer urgence tous officiers disponibles , troupes et matériels, en particulier Bren Gun - Votre présence ici indispensable. Urgence - Suis enthousiasmé par organisation et ses immenses possibilités - Le Q.G. Résistance affirme pouvoir aider d'ici Samwest - Charlotte et Dudule reconnus, seront fortement installés et défendus - Prévenez toutes les missions que ces rendez-vous se portent bien - Ai vu atterrir hier mission n° 413 (15). Avons envoyé patrouille - Mission actuellement au Q.G. Sera renseignée et guidée sur son objectif. Confirme DZ 418 233 OK9. Convient également pour planeurs . Vous attendons nuit de 0 + 3 à 0 + 4. Serez guidé par Eurêka - Terrain balisé et défendu - Lettre de reconnaissance convenue - 50 camions 3 tonnes , 50
    voitures tourisme disponibles. Avons grosses réserves vivres et cheptel sauf farine. Envoyez
    d'urgence essence, matériel sanitaire et uniformes avec, si possible, identité
    - Attendons confirmation de votre arrivée - Resterons un moment silencieux.
    Signé : Pierre 1.

    Ce message fut suivi d'un deuxième envoyé le 9:

    Pierre 1. Indicatif 101 - Confirme message adressé hier au commandant Bourgoin
    - Situation rétablie de prodigieuse façon malgré les mauvaises arrivées . Ai retrouvé
    Pierre Il (16) et Fernand (17) - Ai pris contact avec Résistance - Suis au Q.G. Gros succès - 3500 hommes en formation régulière vous attendent - Votre présence ici indispensable. Vous donnerai peut-être détails dans journée - Confirme DZ sera gardée par 500 hommes la nuit de votre arrivée - Confirmer - Urgence matériel et hommes.

    (15) Il s 'agit de la mission composée du sergent Mendès-Caldas et de deux hommes. parachutés dans la nuit du 7 au 8 près du château des Hardys-Béhélec.
    (16) Lieutenant Deplante et son stick.
    (17) Alias capitaine André, de son vrai nom André Humer-Hue.

    Ces deux télégrammes résument la situation des forces du Morbihan à l'arrivé des premiers éléments parachutistes.

    Le 9 après-midi, l'une des filles du fermier de la Nouette, Anna Pondard, est envoyée auprès du commandant Caro pour lui dire qu'il doit rejoindre le camp dans la nuit . Tous ses hommes seront rendus le 10 au petit jour pour assurer la garde du camp. A partir de ce moment , 500 hommes protègent le P.C. et le terrain de parachutage.

    Le Commandement départemental des F.F.I. dispose d'une compagnie de transport, dirigée par le capitaine Mounier , de Ploërmel, président du syndicat de transporteurs et membre de l'état-major.

    Le docteur Maheo organise le service sanitaire pour recevoir et soigner des blessés. Deux infirmeries sont installées , l'une dans le garage de Mme Salle (propriétaire de la Nouette, elle habite une maison voisine) et l'autre dans le grenier de la Nouette, au-dessus de la cuisine de la famille Pondard.

    Les bureaux de l' Etat-Major se sont installés un peu partout ; quelques-un sont dans les greniers. De nombreuses secrétaires et dactylos travaillent toute la journée, d'autres jeunes filles travaillent à la confection de milliers de brassards de drapeaux et de fanions.

    Enfin , deux aumôniers sont à la Nouette depuis le 6 juin.

    A la suite des deux télégrammes de Marienne, le commandant Bourqoin décide de se faire parachuter à Dingson, ainsi que le reste de son bataillon qui sera largué par groupes de dix hommes. Il arrive dans la nuit du 9 au 10, en même temps qu 'une cinquantaine d'hommes et avec une cinquantaine de containers pleins d'armes ; il est surpris par l'atmosphère de kermesse(18) qui règne à la Nouette ; il y a des lumières de tous côtés; des patriotes vont et viennent fébrilement dans les tenues les plus étonnantes. Tous les civils du voisinage on assisté au parachutage. Il y a du monde partout, dans les appartements , les
    hangars , les écuries , dans les champs, dans les bois. Une exaltation extraordinaire s'est emparée des F.F.I. à la vue de ces hommes qui tombent du ciel pour les armer et les encadrer , qui ne parlent que de se battre pour contribuer à la libération du sol national dont la guerre les a éloignés depuis plusieurs années.

    Les parachutistes jouissent d'un énorme prestige , parce qu 'ils viennent d'Angleterre , parce qu 'ils se sont déjà battus contre les Allemands en Libye, mais aussi parce que leur présence donne la certitude que des armes vont arriver en masse. Au cours des nuits suivantes d'autres parachutistes suivront , il finira par y en avoir plus de 150.

    A la demande du commandant Bourgoin , Morice invite les bataillons F.F.I à rallier la Nouette (on commence à dire le camp de Saint-Marcel ) par petits détachements pour les faire armer. Chaque nuit (sauf celles du 11 et du 15 juin où le temps ne le permit pas) des avions Stirling lâchent des containers, à raison de vingt-huit par appareil. Le 13 juin, vingt-cinq avions lâchent environ 700 containers et colis , ainsi que le lieutenant-colonel Willk (alias Fonction). C'est le plus important parachutage de la France occupée (19) . Au total 3000 à 4000 hommes ont été armés à Saint-Marcel. L'armement reçu était anglais et comportait des pistolets , des mitraillettes , des carabines , des fusils , des fusils-mitrailleurs, des engins antichars , des mines, des grenades.

    Le 17 juin arrive le stick du lieutenant de la Grandière, avec quatre jeeps. Ces jeeps avaient été aménagées spécialement , elles n'avaient ni pare-brise ni capote. Le siège arrière était supprimé pour donner de la place au mitrailleur servant une Vickers montée sur pivot mobile.

    (18) l'expression est du colonel Bourgoin.
    (19) Selon le témoignage de l'ancien chef départernental du B.O.A.; du 8 au 17 juin . 68 avions parachutèrent des hommes et des containers sur le terrain Baleine.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    Le 13 juin, 25 avions larguent environ 700 containers et colis (photo du haut ).

    Le 18 juin 1944, 4 h 30, deux voitures allemandes s'avancent sur la route de Saint-Marcel à
    l'Abbaye (photo du bas).

    A l'avant , à côté du chauffeur , un jumelage de deux Vickers sur axe mobile représentait une puissance de feu de 3200 coups à la minute (20). Malheureusement , le container où étaient les mitrailleuses destinées aux jeeps s'écrasa (le parachute ne s'ouvrit pas) et les douze mitrailleuses furent brisées. On ne put en
    reconstituer qu'une seule.

    Dans le chemin où étaient amenés tous les containers régnait une activité fébrile ; des paysans de la région avaient été réquisitionnés avec leurs charrettes (au nombre d 'une vingtaine) pou ramener les containers . Ceux-ci étaient ouverts les armes et les munitions étaient enlevées par des équipes composées de parachutistes et de membres des F.F.I. Il arrivait aussi de l'habillement (des tenues anglaises furent parachutées dès le début) et des chaussures, ainsi que des conserves. Celles-ci étaient entreposées dans un grenier tandis que l'habillement était rangé dans la cave de Mme Salles.

    Tous les jours c'était un défilé d'unités F.F.I. venant au camp se faire armer ; elles arrivaient en groupes parfois très nombreux (jusqu'à plusieurs centaines d'hommes), entraient en rang et marchaient au pas dans la cour de la ferme, puis allaient passer une visite d 'incorporation sommaire, recevaient leurs armes
    et un brassard F.F.I. On les dirigeait ensuite sur la limite du camp, des parachutistes se mêlaient à eux pour leur montrer où il fallait placer les armes automatiques et leur apprendre rapidement le maniement des armes nouvelles, puis ils repartaient vers leur maquis d'origine au cours de l' une des nuits suivantes.

    Le ravitaillement de cette concentration d'hommes nécessitait un énorme travail (il y eut parfois jusqu'à 2000 hommes à nourrir ). Mme Gorel (Anna Pondard) a raconté dans ses souvenirs (écrits aussitôt après la Libération) que sept ou huit boulangers chauffaient quatre fours du matin au soir : le caviste distribuait cinq ou six barriques de cidre par jour et au moins une barrique de vin. Il n'y avait pas une goutte d'eau à la ferme et il fallait aller chercher quotidiennement de quinze à vingt barriques d'eau. Dans les derniers jours on dut aller très loin. Cette corvée était assurée par des prisonniers civils sous la garde de F.F.I. en armes. Des paysans des environs se succédaient tout au long de la journée , amenant au camp du bétail, du cidre, des légumes : trois hommes allaient chercher de l'épicerie et du vin fourni par un négociant de Malestroit.

    Le camp prenait de l'extension. Dans la nuit du 13 au 14 juin, le 2e Bataillon F.F.I. , de la région d 'Auray , arrive après s'être fait durement accrocher par des forces ennemies dans les bois de Saint-Bily (21): les 900 hommes du commandant Le Garrec ne doivent rester que trois jours mais ils séjourneront plus longtemps au camp en raison du mauvais temps qui ne permet pas de recevoir toutes les armes attendues. Au 16 juin, les premiers postes sont rendus auprès du bourg de Saint-Marcel, toutes les fermes environnantes sont englobées ; la superficie occupée est d'environ 500 hectares.

    (20) Cf. Corta, Les bérets rouges, Paris , 1952, p. 205 .
    (21) A une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Saint-Marcel.

    La situation au matin du 18 juin.

    Les Allemands ne soupçonnèrent sans doute pas l'existence d'un centre mobilisateur de cette ampleur. Ils crurent au déclenchement d'opérations limitées , à des sabotages et à des actions dispersées de guérilla. Après le débarquement, ils ne cherchèrent pas tout de suite à gêner le mouvement des volontaires qui quittaient leur domicile pour se rendre aux lieux de rassemblement des bataillons F.F.I. Ils se préoccupèrent surtout d'acheminer leurs réserves sur la Normandie. Il a été dit (22) qu  les opérations alliées de Normandie semblaient avoir été prévues une semaine à l'avance par le commandement
    allemand et que l'ordre de mouvement des troupes de Bretagne qui gagnèrent la Normandie serait du 1er  juin. Mais le général Fahrmbacher , ancien chef du 25e Corps d'armée , déclare que c'est aussitôt après le 6 juin que ces mouvements eurent lieu. Constatant qu'aucun débarquement n'était tenté dans la presqu'île et ne croyant guère à la possibilité d'une tentative de quelque ampleur, le commandement allemand de Bretagne préleva les réserves qui se trouvaient à sa disposition , c'est-à-dire, immédiatement , des formations de la 3e et de la 5e Divisions de parachutistes , puis la 353e Division d'infanterie. En même temps, les divisions stationnées sur la côte détachaient des groupement tactiques composés en général d'un régiment de grenadiers renforcé (23).

    L'acheminement de ces troupes fut sérieusement entravé surtout à partir du 8 juin, date à laquelle les dix-huit missions S.A.S. de sabotage vinrent ajouter leur action à celle des F.F.I. et, à partir du 9 juin, les Allemands lancèrent les unités de l'Est (six régiments de Russes blancs, d'Ukrainiens et de Géorgiens) à la recherche des terroristes et des parachutistes.

    L'établissement d 'une base aussi importante que celle de Saint-Marcel ne pouvait passer inaperçu. Les allées et venues des ravitailleurs devaient attirer l'attention : d' autre part, les hommes qui se rendaient à Saint-Marcel ne prenaient pas toujours la précaution de se déplacer de nuit. Un parachutiste du stick du lieutenant Deplante a raconté (24) comment il s'était rendu de la ferme du Pelheu (près de Plumelec ) à la Nouette , située à 25 kilomètres : le convoi parti le matin (quatre-vingts hommes (25) et cinq ou six charrettes transportant le ravitaillement) et n'arriva qu 'à la nuit tombante, sans avoir toutefois rencontré
    d 'Allemands.

    Le bataillon Le Garrec, au moment de sa concentration dans le bois de Saint-Bily, fut surpris par une formation de Russes blancs. Les Allemands, qui avaient constaté dans de nombreux bourgs la disparition de tous les jeunes gens , ne pouvaient ignorer que ceux-ci se rassemblaient par centaines dans des bois écartés. Divers incidents (échanges de coups de feu , soldats allemands abattus) ainsi que les nombreux sabotages effectués sur les voies ferrées après le 6 juin par les F.F.I. et les missions parachutées révélaient une organisation complexe.

    (22 ) Revue de fa France libre. n° 89. juin 1956 : article non siqné sur l'action des F,FI.en Bretagne.
    (23) Cf. Lorient. 1940-1945
    (24) Paulin (ouvrage cité)
    (25) Nombre indiqué par le secrétaire de mairie de Plumelec . Paulin dit 100 a 150 hommes.

    Les multiples opérations effectuées sur le terrain Baleine à proximité de la Nouette, à partir du 9 juin , ont évidemment été remarquées malgré le temps couvert. Les avions parachuteurs n'ont pas rempli leur mission sans être repérés par les postes de guet allemands, en particulier par celui du château de la
    Villeneuve, situé à moins de 5 kilomètres au sud de la Nouette, et surtout par celui du moulin de la Grée-en-Plumelec , situé sur une éminence, à 14 kilomètres à l'ouest. Le 16 et le 17 juin , les projecteurs de l'aérodrome de Meucon ont éclairé les avions qui larguaient les S.A.S. et des containers.

    D'autre part , des incendies s'allumèrent par fois à l'arrivée des sacs au sol. Un soir, le 14 ou le 16 juin , vers minuit , un container éclata en touchant terre ; les hommes qui montaient la garde dans le secteur crurent à une attaque ; les fusils-mitrailleurs tirèrent. Il y eut des coups de feu pendant un certain temps.

    Dans la nuit du 17 au 18 juin, cinq pilotes voyant des lumières et croyant qu 'il s'agissait du balisage de la D.Z . déversèrent 120 containers sur la gare du Roc-Saint-André (à 6 kilomètres au nord) . Or , elle était éclairée pour l'embarquement d'un régiment de la Wehrmacht. Naturellement , les Allemands saisirent les
    containers et comprirent qu 'une importante concentration de « terroristes » devait exister dans les environs. Ils décidèrent de patrouiller la région.

    Le commandant Bourgoin et l' Etat-Major sont parfaitement conscients que la base va être repérée tôt ou tard . Ils attendent avec impatience l'ordre d'intensifier la guérilla et de marcher au-devant des troupes alliées pour leur servir de guides.

    Dans la nuit du 17 au 18 juin, ils sont informés par radio que le Commandement interallié a décidé d'ajourner le projet de débarquement entre Port-Navalo (à l'entrée du golfe du Morbihan) et l'estuaire de la Vilaine (26) . Le général Mac Leod envoie le message : Eviter à tout prix bataille rangée . Stop. Continuer
    guérilla à outrance et armement F.F.I. (27) », La dispersion des unités est décidée , mais il est trop tard.

    Le 18 juin, à 4 h 30 (heure solaire, qui sera seule utilisée dans ce qui suit), deux voitures de la Feldgendarmerie de Ploërmel s'avancent sur la route de Saint-Marcel à l'Abbaye : leurs occupants veulent sans doute se rendre compte de ce qui se passe dans cette région.

    Le premier poste F.F.I. ouvre le feu : la première voiture franchit le barrage tandis que la deuxième est détruite par un obus de P.l.A.T. tiré par un parachutiste . La première voiture est arrêtée un peu plus loin, à la hauteur du château des Hardys-Béhélec et un bref combat s'engage entre ses occupants et les F.F.I. Des huit feldgendarmes, trois sont tués, un est blessé et trois sont faits prisonniers , un seul s'échappe et va donner l'alarme. Le service de santé , alerté, fait enlever les victimes et le camp se prépare à soutenir une attaque qui ne peut manquer de se produire au cours des prochaines heures.

    Le camp est défendu par environ 2400 hommes :
    a) A l'ouest , au nord et au nord-est , le bataillon Caro , avec 1200 hommes bien armés (28).
    b) Au sud-est et au sud, le bataillon Le Garrec (750 hommes) (29).

    (26) Papiers Chenailler (colonel Morice).
    (27) Cf . Paulin, op. cit
    (28) Nombre indiqué dans l' Historique du 8° Bataillon F.F.I. par le commandant Caro.
    (29) Nombre indiqué par le commandant le Garrec (Dans le maquis breton avec ceux de L.ORA.).

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    Le camp est défendu par 2400 hommes. Détachement du bataillon Caro, compagnie de Ploërrnel. rééquipée après les combats (photo du haut ).
    Première attaque à 8 h 15. Bois-Joly , une rapide fusillade tue cinq F.F.I. et une jeune bergère (photo du bas).

    La 3e Compagnie, recrutée en grande partie parmi les cheminots d'Auray, a pris position depuis deux jours à l'est et au sud du château des Hardys, couvrant la route de Saint-Marcel, et la 1re Compagnie, plus à l'ouest, jusqu'à 500 mètres à l'est de l'Abbaye. Enfin, la 2e Compagnie s'est installée dans un chemin creux au nord de la 3e.

    c) Des formations du bataillon de Rochefort-en-Terre en cours de formation; la compagnie de Rochefort- en-Terre (173 hommes) et le groupe F.F.I. de La Gacilly, Peillac , Saint-Martin-sur-Oust , Les Fougerets (57 hommes), plus une section de la compagnie F.T.P. de Guer, qui s'est rattachée aux F.F.I. après avoir
    été coupée du Comité militaire régional des F.T.P.

    d) Environ 140 parachutistes sont présents au camp. Sous les ordres du capitaine Larralde, le gros d'entre eux assure la liaison entre le bataillon Caro et le bataillon Le Garrec ; les autres sont répartis parmi les F.F.I. 

    e) Enfin les quatre jeeps forment une petite unité mobile à grande puissance de feu.

    La bataille.

    La garnison allemande de Malestroit est alertée vers 6 h 30. Elle comprend un bataillon de la Wehrmacht, d'un effectif de 500 hommes. Deux compagnies sont mises sur pied pour l'attaque du camp.

    Un plan, retrouvé quelques jours plus tard par le curé de Saint-Marcel, montre ce que les Allemands connaissaient du camp : ils le plaçaient au nord de la route de Saint-Marcel à l'Abbaye, entre les villages des Hardys et la ferme de la Nouette.

    Les Allemands arrivent à 8 h 15 au bourg de Saint-Marcel. Un jeune cultivateur se rend immédiatement aux Hardys-Béhélec pour prévenir le commandant du bataillon d 'Auray qui alerte les troupes situées de part et d'autre de la route de Saint-Marcel à l'Abbaye. Il semble en effet que l'effort allemand va se produire sur cet axe puisque c'est là qu'a eu lieu le bref engagement du lever du jour.

    1re attaque. - Pendant ce temps, les Allemands se déploient. Leur axe d'attaque est dirigé vers le Nord-Ouest (de Saint-Marcel vers le Bois-Joly). Le front est de 500 mètres environ : la première vague a l'effectif d'une compagnie (200 hommes). Profitant de la protection que leur assurent les haies et les chemins creux, les groupes ennemis progressent sans être vus. L'un d'eux, suivant le chemin qui part du calvaire de Saint-Marcel vers les Grands-Hardys, réussit à atteindre le poste situé à 100 mètres au sud de la ferme du Bois-Joly. Une rapide fusillade tue à bout portant les cinq F.F.I. du poste et la bergère de la ferme qui gardait ses vaches dans la prairie voisine.

    Il y a eu surprise , mais l'alerte est donnée; entre Sainte-Geneviève et la route, tout le monde est à son poste . Il est 9 heures.

    Les premières patrouilles allemandes arrivent isolées, en file indienne . croyant n'avoir affaire qu'à un petit groupe de maquisards. Les armes automatiques françaises ouvrent le feu dans toutes les directions; tous les itinéraires sont battus, tous les couverts pris à partie. Les Allemands, décimés, entreprennent
    alors de poursuivre leur progression dans les champs de blé et ils se couvrent par des grenades fumigènes. Ils atteignent vers 9 h 30 la ferme du Bois-Joly.

    Une contre-attaque les rejette de la ferme dans les terrains découverts balayés par les fusils-mitrailleurs . Les Allemands subissent de très fortes pertes et ils doivent se replier en direction de Saint-Marcel vers 9 h45.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    Vers 10 h, les armes automatiques. un fusil-mitrailleur tous les dix mètres, arrêtent les
    Allemands (photo du haut).

    Le Dr Mahéo organise le service sanitaire. Equipe de la Croix-Rouge (photo du bas).

    Cette première action qui a duré environ trois quarts d'heure a engagé la 2° Compagnie du bataillon Le Garrec deux sections du bataillon Caro  et une section de parachutistes.

    2e attaque -  A 10 h 00, les Allemands attaquent de nouveau à peu près dans la même direction, mais en faisant porter le principal de leur effort vers le nord du Bois-Joly et Sainte-Geneviève , qu'ils croient être le P.C.; leur effectif représente au moins le double de celui de la première action, soit deux compagnies.

    Au cours de, cette deuxième phase, les Allemands utilisent des mortiers qui prennent a partie les lisières des bois de Sainte-Geneviève d'où partent les rafales françaises les plus nourries. La bataille dure jusqu'à midi. Les armes automatiques (un F.M, tous les dix mètres) arrêtent les Allemands qui sont tués en grand nombre dans les champs de blé et les prairies au sud de Sainte-Geneviève. De nombreux blessés sont dirigés sur Saint-Marcel d'où ils sont évacués.

    Du côté français, il y a aussi des pertes , Les blessés reçoivent les premiers soins au château de Sainte-Geneviève . Les jeeps des parachutistes, par les chemins creux , les évacuent ensuite vers le poste de secours du camp. On attendra la nuit pour les transporter ailleurs.

    Au poste de commandement de la Nouette, on se préoccupe de constituer des réserves en vue d'une contre-attaque pour le cas où les troupes en ligne devraient se replier. Ces réserves, de la valeur d'une compagnie , prélevées sur le bataillon Caro et renforcées par des parachutistes, sont disposées au centre
    de la zone ,d'action de l'ennemi, dans les bois à 400 mètres au nord du Bois-Joly.

    Vers midi, le commandant Bourgoin demande des ordres et des secours aériens . Des officiers préviennent les fermiers de la Nouette et les autres civils qu'ils doivent évacuer le plus vite possible. A ce moment se produit une légère accalmie , mais le combat ne cesse pas. Les Allemands restent sur place et tirent sur tout homme qui se fait voir.

    3e attaque - A 14 h, les Allemands reprennent et étendent leur attaque. Elle déborde nettement au Nord, le château de Sainte-Geneviève et intéresse au Sud la région du château des Hardys-Béhélec: le front s'étend sur plus de 2500 mètres. Alors que, dans la matinée n'avaient été engagées que des troupes
    allemandes, les renforts reçus au début de l'après-midi comprennent à la fois des parachutistes allemands de la division Kreta, venus de Josselin, des Géorgiens et un groupement tactique de la 275e Division d'infanterie.

    Les Géorgiens attaquent , au nord-est du dispositif français . la compagnie de parachutistes du capitaine Larralde. Ils avancent dans les taillis et les couverts à l'est de Sainte-Geneviève. Le combat se déroule à la grenade. Les parachutistes tiennent mais les bois sont en feu.

    Vers 14 h 30, les servants de deux F.M. ayant été tués à leur poste, la défense est démantelée à hauteur du château de Sainte-Geneviève, les Géorgiens se jettent dans la brèche et arrivent jusqu'au château. Des armes automatiques arrêtent leur avance. Le combat se stabilise dans ce secteur jusqu'à 19 h.

    Au centre , l'attaque allemande en direction du Bois-Joly est vigoureuse ; à 17 h 30, elle devient irrésistible ; la ferme est prise; les lignes françaises sont reportées en lisière des bois, à 300 mètres en arrière.

    Au, sud de la route de l'Abbaye, le calme a été relatif une partie de la matinée, les Allemands n'ont pris avant midi , qu'un contact assez lâche entre le château, des Hardys-Béhélec et le bourg de Saint-Marcel. L'après-midi, l'attaque s'étend à ce secteur ou les Allemands essaient de progresser vers l'Ouest : ils
    sont contenus mais, vers 16 h, ils accentuent leur pression , soutenus par des mortiers.

    L'aviation alliée est intervenue vers 15 h 30. Il faut souligner à ce propos la perfection de l'organisation militaire britannique. La demande de secours du commandant Bourgoin adressée au général du S.A.S. avait été, selon la filière normale, transmise, ensuite au 1st Airborne Troops et, de là, à l'état-major des
    opéranons combinées, puis au Bombing Command; or, les avions prirent l'air soixante-dix minutes après que l'appel eût été lancé. C'était un « squadron » de chasseurs bombardiers; pendant près d'une heure ils mitraillèrent et attaquèrent à la bombe les rassemblements ennemis et les colonnes qui arrivaient de divers côtés , ainsi que le clocher de Saint-Marcel où des snipers furent réduits au silence, et les observatoires de la Villeneuve-en-Bohal et de Plumelec. Dans le bourg de Saint-Marcel, les Allemands, pris de panique, se cachèrent un peu partout. Les gens qu'ils avaient arrêtés en profitèrent pour s'échapper. Mais une fois les avions partis, la bataille reprit avec acharnement.

    Contre-attaque. Nouvelle extension du front. A 19 h, une violente contre-attaque venant de la direction du Nord-Est est déclenchée sur le flanc de l'ennemi. Elle progresse malgré les difficultés du terrain et les réactions allemandes. La région même du château de Sainte-Geneviève est reprise, mais l'ennemi s'est accroché au centre du dispositif et  il est impossible de reprendre le Bois-Joly.

    A 20 h, l'action allemande commence à s'étendre; non seulement toute la face est du camp subit sa pression, mais le combat gagne le sud où deux attaques se développent, l'une en direction du château des Hardys-Béhélec , l'autre vers l'Abbaye. Le bataillon Le Garrec , déjà fortement attaqué à l'Est , entre le
    Hardys-Béhélec et le Bois-Joly, doit faire face à cette nouvelle action venue du Sud.

    Des troupes allemandes venues du camp de Coëtquidan ont été débarquée vers 18 h sur la route nationale 776. L'attaque de ces troupes fraîches est d'une extrême brutalité; malgré de lourdes pertes, elle progresse. Les balles incendiaires mettent le feu au bois en arrière des défenseurs, ce qui rend difficile les liaisons entre la première ligne et le P.C. Les F.F.I. contiennent partout l'ennemi mais, après 21 h, la pression de celui-ci continue à s'accentuer. C'est ainsi que, 21 h 45, une mitrailleuse allemande réussira à prendre position près du P.C, de la 3e Compagnie et balaiera de son feu l'allée centrale du parc des Hardys-Béhélec.

    De son côté, le bataillon Caro subit vers 20 h une dure attaque, que ses troupes fraîches repoussent par un feu nourri d'armes automatiques. Vers 20 h également , le P.C. de la Nouette apprend que sur tous les itinéraires des camions amènent des renforts allemands ; le secteur nord, resté calme, semble devoir s'agiter à bref délai car les postes avancés voient au sud de Saint-Abraham de rassemblements de troupes ennemies.

    Le décrochage. Vers 19 h, il était devenu évident que l'ennemi était en force et qu'on ne pourrait tenir plus longtemps sans épuiser complètement les munitions, dont la consommation avait été très forte, surtout pour les F.M. L'acharnement des Allemands permet maintenant de prévoir que, le lendemain, l'attaque
    reprendra dès le point du jour, appuyée par de l'artillerie qui commence à se faire entendre et peut-être par des blindés. Le commandant Bourgoin et le colonel Chenailler décident de disperser la base. Celle-ci n'a pas été encerclée et il est encore possible de décrocher dans de bonnes conditions. Ils ne font d'ailleurs que se conformer aux ordres reçus de Londres juste avant la bataille. les maquisards et les parachutistes vont se limiter à une action de sabotage et de guérilla et éviter désormais tout rassemblement important.

    Le décrochage commence, vers 22 h, par le départ du convoi automobile, qui emmène l'Etat-Major et se prolonge pendant une bonne partie de la nuit. Des compagnies du bataillon Le Garrec, durement accrochées, ne peuvent commencer leur mouvement qu'à 23 h.

    Une compagnie encadrée par des parachutistes reste en protection pendant que plus de 2000 hommes, une vingtaine de camions et quatre ambulances disparaissent dans la nuit . Elle réussit à se replier à son tour sans dommage à minuit; les F.F.I. regagnent leurs maquis d'origine sans rencontrer d'opposition sérieuse, mais il faut abandonner une grosse quantité de matériel. Le capitaine Puech-Samson, qui commande la compagnie de protection , quoique blessé à cuisse au cours de la bataille, met lui-même le feu à la charge qui fait sauter trois tonnes d'explosifs et de munitions reçus au cours des nuits précédentes.

    Lorsque des fonctionnaires seront envoyés par le préfet , le 7 juillet, pour étudier sur place des mesures tendant à préserver les récoltes des paysans sinistrés. ils verront près de la Nouette un important matériel : grenades, mitrailleuses, fusils-mitrailleurs . .  etc, des kilomètres de cordons à combustion lente en rouleaux et un tas de fusils anglais, brûlés et dont il ne reste que les canons, de 2,50 mètres à 3 mètres de haut sur 6 ou 7 mètres de long (30).

    Bilan.

    Au cours de la journée, une trentaine (31) de Français au maximum avaient été tués au cours des combats, dont six parachutistes ; environ soixante avaient été blessés et une quinzaine faits prisonniers. Les blessés furent évacués au cours de la nuit et dispersés dans des fermes. Ceux qui avaient besoin de soins chirurgicaux purent être opérés et soignés clandestinement.

    Les pertes allemandes furent beaucoup plus élevées. Les assaillants avaient sous-estimé l'importance des effectifs français et leur capacité de défense. Ils avaient été, surtout au cours de la première et de la deuxième attaques, fauchés dans les champs de blé par les fusils-mitrailleurs bien placés et protégés. Les
    parachutistes avaient fait de nombreuses victimes , en particulier le lieutenant Marienne qui, utilisant l'unique jeep pourvue de mitrailleuse, avait tué une quarantaine d'Allemands. On a souvent écrit que 560 Allemands périrent à Saint-Marcel ; il a été impossible de vérifier ce chiffre qui est probablement exagéré (32). Les habitants de Malestroit se souviennent d'avoir vu passer des camions de cadavres ; ceux-ci auraient été incinérés dans un four crématoire de campagne installé près du château de Josselin.

    Les Français relâchèrent leurs prisonniers ; ceux-ci avaient pu connaître les noms des chefs des F.F.I. et des parachutistes, ce qui conduisit les Allemands à traquer Chenailler et Bourgoin avec acharnement. Mais ils avaient aussi constaté que les troupes qui les combattaient n'étaient pas des terroristes mais une
    armée hiérarchisée et bien tenue. (33)

    (30) Note pour le prefet, le 7 juillet 1944
    {31) Dans le nombre de 42, habituellement indique. figurent des non-combattants assassinés par les Allemands et des F.F.I.ou des parachutiste situés dans le voisinage au cours des jours suivants.
    (32) Il serait d'environ 300 d'après le capitaine Fay.
    (33) Rapport de la Feldgendarmerie de Ploermel, cité par le colonel Le Menach et l'abbé Guyodo.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1978 )

    Le 19 juin, l'artillerie allemande tire sur le camp et la Nouette. Ci-contre: la ferme de la Nouette reconstruite (photo du haut).

    Les Allemands se vengent en assassinant les blessés,les prisonniers, des innocents : Madame veuve Le Blanc, 83 ans, impotente , est massacrée dans son lit (photo du bas à gauche).

    Roger Le Berre, mort au champ d'honneur le 18 juin (photo du bas à droite).

    Répression.

    Le 19 juin au matin, l'artillerie des Allemands tire sur la Nouette, mais ils doivent constater que les troupes qui les ont tenus en échec la veille ont disparu. Ils se vengent en assassinant les blessés qu'ils découvrent dans les environs. A la suite de ces massacres, le commandant Bourgoin adresse un message au général
    Koenig demandant que l'armée française d'Italie en soit informée et le commandant des F.F.I., de son côté, fait savoir au commandement allemand que tous les officiers , sous-officiers et soldats de l'armée allemande qui tomberont entre ses mains subiront le sort infligé à ses soldats.

    Les Allemands organisen t une chasse sans merci contre les terroristes ; ils lancent dans la campagne le 261e Escadron de cavalerie ukrainienne et le 708e Bataillon d'infanterie géorgienne, par groupes d'environ 80 hommes, d'une très grande mobilité, qui fouilleront sans cesse les villages et les bois, terrorisant la population, arrêtant ou massacrant les isolés ou les petits groupes surpris avant d'avoir pu fuir ou organiser leur défense. Dès le 21 juin, la Feldkommandantur de Vannes fait remettre à la presse un avis (paru dans les journaux le 23) annonçant que . .  les patrouilles tireront à vue sur les personnes qui, en abandonnant la route à l'approche d'Allemands, se rendront suspectes par leur fuite.

    La Wehrmacht se venge en brûlant, le 25 juin, les châteaux de Sainte-Geneviève et des Hardys-Béhélec ; puis , le 27, ce qui reste des fermes et le bourg de Saint-Marcel où ne sont épargnés que l'église, le presbytère et les écoles.

    Conclusion.

    Au cours de la bataille de Saint-Marcel, qui se termina avant que les Allemands aient pu effectuer des tirs de blindés ou d'artillerie de campagne, les Français ont été supérieurs en nombre pendant toute la matinée. les Allemands ont découvert avec surprise, sur les arrières des champs de bataille de Normandie, l'existence de forces bien armées, bien encadrées, dotées même de quelques moyens
    mécaniques, qui leur ont infligé des pertes sérieuses et qu'ils n'ont pas réussi à battre. Ils ont pu constater que ces forces étaient en relation permanente avec l'Etat-Major allié puisqu'elles ont fait intervenir l'aviation alliée dans le combat. Ils vont craindre d'autant plus cette armée clandestine qu'ils en ignorent les effectifs.
    Malgré leurs recherches ils ne vont plus la retrouver qu'en éléments dispersés. Il leur sera impossible de la détruire, puisqu'elle refusera désormais toute bataille rangée et, à partir de ce moment, les Allemands auront peur des combattants de l'intérieur.

    Quant aux Alliés, la leçon qu'enseignait la bat aille de Saint-Marcel était simple: la lutte armée clandestine ne pouvait être organisée à partir d'une base permanente. La notion même de maquis mobilisateur procédait d'une méconnaissance grave des conditions dans lesquelles se trouvait la Résistance. La plus sûre méthode pour gêner l'ennemi sur ses arrières, c'était de couper les voies ferrées, les routes, les lignes souterraines à grande distance, c'était l'action de guérilla menée par des partisans bien armés et connaissant parfaitement le pays. C'était aussi la méthode la moins coûteuse en hommes.

    Dans le rapport qu'il présenta à son retour de Saint-Marcel au général Mac Leod, dans les premiers jours de juillet, le capitaine leblond insistait sur la nécessité d'éviter à tout prix les rassemblements et les actions de masse et recommandait de faire de la guérilla et du sabotage avec l'effectif d'une section au maximum.

    Deux jours après la bataille, le 20 juin, quelques heures avant d'être tué à l'ennemi, le lieutenant SAS. Roger de la Grandière (34) expliquait il à ses camarades combien l'emploi de parachutistes soit par grandes unités soit en mission de combat était une erreur. Les S.A.S., ainsi que le fait remarquer Corta (35) , ne ressemblaient pas aux unités parachutées en Normandie qui disposaient d'armement lourd amené en planeurs ; leur force était leur mobilité, leur dispersion sur une vaste étendue , les manoeuvres par petits groupes indépendants qui permettent d'attaquer des objectifs de toute sorte pour une courte durée et avec surprise et rapidité.

    (34) Ct . Notice sur le vicomte Roger de la Grandière .
    (35) Corta. Les bérets rouges. p. 213.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1981 )

    Saint-Marcel libéré, premier lever des couleurs (photo du haut).

    Saint-Marcel , le retour dans les ruines (photo du bas) .

    Les S.A.S. qui atterrirent sur le sol breton au début de juin étaient d'ailleurs bien persuadés que leur mission serait de courte durée. On la leur avait présentée comme telle et ils croyaient qu'après le regroupement des missions de sabotage, ils mèneraient, conjointement avec les patriotes de l'intérieur, une action de guérilla pendant une quinzaine de jours, puis seraient rejoints par l'avance des armées alliées et serviraient de guides à celles-ci; après quoi ils seraient parachutés dans une autre région pour une mission du même ordre. Or, les troupes américaines ne purent pénétrer en Bretagne qu'au début du mois d'août.

    En fait , il est remarquable qu'en leur donnant mission de constituer une base d'où ils rayonneraient pour opérer les sabotages ou mener des actions de guérilla et où ils viendraient se réapprovisionner en munitions et en explosifs, le Commandement allié ait , en somme , quoique pour d'autres raisons (36), commis la même erreur que le Comac qui, en accord avec les autorités françaises de Londres, avait donné à l'Etat-Major départemental des F.F.I. l'ordre d'organiser à la Nouette un centre mobilisateur.

    La dispersion de la base de Saint-Marcel (en code Dingson), survenant après celle de la base Samwest, dans les Côtes-d u-Nord , amena les Alliés à renoncer au système des D.Z . permanentes . Vers le 25 juin ,au camp de Ty-Glas , dans le centre de la Bretagne, au cours d'une entrevue entre le lieutenant S.A.S.
    Deplante , le subdivisionnaire F.F.I. pour la région M2, Kuntz (alias Thierry) , son adjoint Le Hyaric (alias Pierre) (tous deux F.T.P.) et le major anglais Smith, qui avait l'oreille du haut Commandement , il fut convenu qu'on effectuerait désormais les parachutages dans le plus grand nombre d'endroits possible, pour que l'armement fût largué dans le voisinage même de chaque unité du maquis.

    Enfin, le combat de Saint-Marcel eut un énorme retentissement dans le Morbihan occupé par ce que c'était la première fois que l' occupant était tenu en échec. Les jeunes combattants des F.F.I., qui, pour la plupart , y avaient reçu le baptême du feu, s'y étaient dans l'ensemble très bien comportés, entraînés par
    le courage de leurs chefs et par l'expérience des parachutistes . Parmi ceux-ci , le lieutenant Marienne surtout s'était révélé un extraordinaire entraîneur d'hommes.

    Une véritable légende se forma autour des épisodes de cette journée ; les hommes du maquis savaient désormais que, le moment venu, bien armés, ils pourraient vaincre l'Allemand.

    (36) la Résistance française et le Comité français de la libération nationale étaient surtout préoccupés d'organiser la participation du peuple français à sa propre libération . Ils avaient proposé. à cet effet. fin 1943, le plan Vidal. Les Alliés avaient rejeté ce plan en février 1944. parce qu 'il les eût obligés à donner de trop larges informations sur Overlord à la Résistance française.

    Le Maquis de Saint Marcel par Roger LEROUX ( 1981 )

    Citation de Saint-Marcel (photo du haut à gauche).

    Sur les lieux du combat (photo du haut à droite).

    La croix des parachutiste, lande de Pinieux: l'esprit de sacrifice des parachustistes et de
    tous ceux qui combattirent les ennemis de la liberté ne doit jamais périr (photo du bas).

    Ce récit a paru dans la " Revue d 'Histoire de la Seconde guerre mondiale ... numéro 55 :
    Les maquis dans la libération de la France (Presses Universitaires de France).

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Témoignage de monsieur Jean Daniel

    Jean Daniel est l’actuel président des F.F.I de la région de Ploërmel.

    C’est en 1943,à l’âge de 19 ans seulement qu’il devint résistant…

    L’homme est affable et son visage rond et rieur invite à une communication facile. Avec un langage particulièrement savoureux, il confia son parcours de maquisard breton.

    Qu’avez-vous ressenti lorsque Hitler est parvenu au pouvoir ? 

    Avant-guerre, on ne se souciait pas vraiment de ce qui se passait en Allemagne. On était pas au courant et il y avait un tel bourrage de crâne dans la presse qu’en définitive on a fini par se laisser surprendre. On ne vivait que de mensonges. On était jeune, on allait au cinéma. Et les « Actualités» de l’époque qu’on y voyait, ce n’était que de la propagande… Personne ne nous avait parlé des camps de concentration où Hitler avait déjà fait interner des Allemands… Non, vraiment, on ignorait un tas de choses alors…

    Les choses ont vraiment changé pour nous avec la formation de la Milice et surtout fin 42, le travail obligatoire en Allemagne pour ceux de la classe 42 . Si certains sont partis en Allemagne de leur bon vouloir, lorsqu’ils purent avoir des permissions, ils ne sont pas repartis en Allemagne. Beaucoup de réfractaires au S.T.O se sont camouflaient et ont choisi d’entrer dans les différents mouvements de Résistance.

    Qu’avez-vous personnellement ressenti lorsque les Allemands ont occupé la France?

    En juin 1940, j’avais seize ans. Pour moi, ça était une honte. Une honte d’être français… Les premiers Allemands qui vinrent en occupation, c’était des gars qui avaient été sélectionnés… Tout avait été prévu à l’avance. Tout était propagande chez eux. Voir ces Allemands d’une taille dépassant le un mètre quatre-vingt, avec leur habillement et leur fierté… Face à ces troupes de choc, quand on voyait nos pauvres soldats à côté, on se trouvait diminué. L’idée de faire parti d’une telle armée, ça a pu motivé des jeunes français qui ont même été jusqu’à croire à l’hitlérisme. Moi, je me rappelle que ça m’a fait l’effet d’avoir honte de moi-même…

    Avez-vous été tenté de passer quand même dans le camp des Allemands ?

    Jamais!… J’étais pourtant jeune mais en tous les cas, je voulais pas laisser faire les choses. Il fallait qu’on s’en sorte, on ne pouvait pas rester sous cette botte-là. Quand on voyait ces gens là, si fiers, qui tapaient du pied partout… Ils étaient devenus les maîtres et, au début tout du moins, ils étaient très corrects à notre égard… C’était encore de la propagande pour nous séduire, pour nous faire venir à eux. Ca a vite changé… 

    Lorsque le maréchal Pétain a signé l’armistice avec Hitler, avez-vous considéré cet acte comme héroïque ou lâche ?

    Plutôt lâche. Je vivais alors à la ferme de mes parents à Port d’Argoat à Plöermel. Je me souviens être rentrer déjeuner un jour avec mon frére. Ma belle-mère avait profité de notre absence pour afficher le portrait de Pétain à la maison. Quand je l’ai vu dans la cuisine, j’ai pas pu m’empêcher de dire « Qu’est-ce qu’il fout ici ce vieux con ! ». Ma belle-mère m’a foutu une claque, mais j’ai quand même arraché le portrait… 

    Qu’est-ce qui en définitive vous a poussé à entrer dans la Résistance ? 

    C’est un copain qui m’a recruté. Je ne savais pas qu’il était résistant. Un jour, je lui ai confié mon désir de me venger, que cette situation avait trop duré. Il ne m’a rien dit sur le coup mais il est revenu 2 ou 3 jours plus tard… Il m’a dit: « T’es toujours d’accord sur ce que tu m’a dit l’autre jour ? ». Il a ajouté qu’il viendrait me chercher un soir prochain… Peu de temps après, je fus conduit à une réunion de résistants à Ploërmel. On était une vingtaine. Forcément, la plupart, je les connaissais. Ca fait un drôle d’effet d’arriver ainsi dans une salle où tout le monde vous regarde plus ou moins de travers. On était « sondé » pour savoir ce qu’on avait dans le ventre et on nous mettait en garde: « Attention, si tu parles un jour, t’es descendu ! ». On commençait par vous foutre la trouille… Là, alors, c’était bouche cousue…

    Quel fut votre premier acte contre les Allemands dans la Résistance ? 

    Je suis entré à l’O.R.A ( Organisation Résistance Armée ) qui sabotait des voies ferrées, coupait les lignes téléphoniques pour désorganiser les Allemands le plus possible… On pensait vraiment qu’ainsi on pourrait sortir à nouveau en hommes libres dans la rue. On attendait ce jour-là avec impatience. 

    Etiez-vous présent lors des parachutages ? 

    Oui, j’ai même organisé des parachutages. Ca se passait toujours bien. Vous avez peut-être entendu dire qu’il fallait allumer des feux. C’est totalement faux. On utilisait des lampes. On ne faisait pas n’importe quoi, il fallait avoir reçu une formation préalable avant de participer à des actions de parachutages. Il fallait ainsi connaître les signaux en morse, les codes. Il y avait toujours un terrain de secours de prévu à quelques kilomètres plus loin.

    Comment vous organisiez-vous pour communiquer avec les parachutistes alliés ? 

    Ce n’était pas notre rôle. Les parachutistes avaient leurs radios. A mon niveau, on ne communiquait pas, il y avait une organisation pour cela. 

    Lorsque les parachutistes alliés sautaient, quelle chance avaient-ils de s’en sortir sans dommage ? 

    A Saint-Marcel, les parachutistes qu’ils soient de métropole ou d’outremer étaient tous français. Ils étaient sacrément contents de tomber au beau milieu d’un maquis parce que lorsqu’ils sautaient, ils n’avaient aucune idée précise de l’endroit où ils arriveraient… Quand on les voyait pour la première fois, on leur indiquait le mot de passe qui était : « Dickson France ». Quand on leur expliquait qui on était, ces Français de Londres étaient fous de joie, parceque pour eux et grâce à eux, on était désormais libéré. Il y en a un qui m’a fait rire… Il n’avait pourtant pas eu un choc trop dur au sol celui-là, il m’a dit en arrivant:« Maréchal, nous voilà ! ». Il avait vraiment le moral celui là !.

    Les forces alliées vous ont-elles pris au sérieux dès le début ou bien pensaient-elles que les maquisards n’étaient pas fait pour le combat ? 

    A Saint-Marcel, ils ont commencé à nous prendre au sérieux quand ils surent que nous étions prés de trois mille personnes déterminées, organisées et armées. Cela a dû être suffisant pour qu’ils décident d’envoyer tout un régiment de parachutistes sous l’autorité du commandant Bourgoin. Après la guerre, les maquisards du Morbihan, ont eu une citation collective des Alliés. 

    Quel type d’armes aviez-vous alors pour combattre ? 

    On possédait un armement léger: une mitraillette sten, des revolvers, des grenades, des mines parfois si petites qu’on pouvait les cacher dans un livre!. Il y avait un tas de petits tapettes mais qui pouvaient rendre aveugle ou couper un doigt. On n’avait pas de fusils mitrailleur. En fait, on n’avait pas des armes pour attaquer mais pour se défendre, des mines et des grenades incendiaires pour saboter…Ce n’est vraiment que lorsque nous avons été au maquis de Saint-Marcel lors de la bataille que j’ai vu un armement un peu plus lourd… 

    Comment vous organisiez-vous pour cacher les armes que vous receviez lors des parachutages ?

    Elles étaient cachées dans la ferme de Porte-Bergot appartenant à mon père. On vivait à 500 mètres environ du centre de Ploërmel et de la Kommandantur. Il y avait donc des allées et venues d’Allemands chez nous. Ils venaient chercher du lait. Ils ne se méfiaient pas. Au moment de la traite des vaches, la population locale, les Allemands et les résistants se croisaient dans la cour de ferme !.Les armes ?… Elles étaient dans le cellier camouflées sous le pressoir. Ce n’était pas l’endroit idéal car c’était humide. Quand on faisait du cidre, il fallait qu’on les enlève car ça coulait des fois… Une fois, on avait été obligé de déplacer une partie du dépôt d’armes. Les armes étaient dans des sacs qui avaient pris l’odeur des armes et de la graisse. C’était une odeur que les Allemands connaissaient bien et pouvaient facilement reconnaître. Ce soir là, un Allemand s’est présenté à la porte du cellier alors que nous étions occupés à faire du cidre… Il nous a regardé travailler un bon moment, puis il s’est finalement assis…sur les armes. Moi, j’ai coupé le moteur à essence de la machine. Je vais à c’t Allemand là et je lui demande s’il parlait français. Il s’est mis à baragouiner pour finir par me faire comprendre que non. Pour m’assurer s’il disait vrai, je lui dit: « T’es un con ! ». Il m’a dit « Ja, ja »(oui, oui). J’ai sorti un bidon et je lui ai mis entre les mains en lui disant: « Nicht Benzine »( plus d’essence ). Il est allé en chercher et est revenu une demi-heure plus tard avec un bidon d’essence. C’t Allemand là, il ne s’est pas contenté de ça. Tous les soirs après, il est revenu nous voir. Qu’est-ce qu’il voulait ? Je sais pas. Un peu de chaleur parmi nous ?… On lui a donné du cidre et comme il est revenu tous les jours suivants, on a fini par lui donner du travail !. Il a pu traire les vaches. On l’habillait en civil alors.

    Les Allemands n’ont jamais eu des soupçons ? Ils n’ont jamais essayé de fouiller la ferme ? 

    Ils n’ont jamais fouillé, ils n’ont jamais su…Pour que les Allemands ne se doutent de rien, on se mettait bien avec eux, on allait même jusqu’à les flatter pour effacer leurs doutes éventuels. Il fallait avec eux rester le plus naturel possible. Pour qu’ils apprennent quelque chose sur notre compte, il aurait fallu une trahison… On n’a jamais été vendu… Le secret est resté heureusement bien gardé. 

    Vous étiez le seul membre de votre famille à faire de la Résistance ? Avez-vous perdu des parents, des amis victimes des nazis ? 

    Mon frère et moi étions résistants. Certains amis aussi. Beaucoup y sont restés. Sur la fin, nous avions des arrestations tous les jours. Le risque a toujours été que l’un de nous finisse par parler… On se sentait traqués; la nuit, on ne dormait que d’un oeil; la journée, on regardait bien autour de nous. 

    Vous venez de parler d’un Allemand dans votre ferme. Avez-vous réussi à vous faire des amis allemands ? 

    Oui… Les Allemands venaient de repérer un de nos dépôts d’armes. J’avais la responsabilité du secteur et j’ai organisé le déménagement en toute hâte de ces armes à un kilomètre de là en empruntant des chemins creux à travers champ. On était à discuter pour savoir où mettre ces armes, tout d’un coup on a vu des branches se plier. On tombe nez à nez avec un Allemand. Un camarade a voulu le descendre et lui a mis son revolver sur la tempe. Je l’ai empêché: « Non, ne fais pas ça ! ». C’t Allemand, il était en fraude… Au même moment, j’avais vu passer dans le chemin de l’autre côté du champ une femme mariée… Son mari était peut-être prisonnier… Il était donc « en fraude ». Et nous aussi pour lui… On était donc quitte. Je lui ai demandé de ne rien dire de ce qu’il avait pu voir. Il m’a fait comprendre qu’il ne parlerait pas. Dès le lendemain, je l’ai revu. Puis, tous les jours qui suivirent… Jamais, il n’a rien dit.

    J’ai eu aussi l’occasion d’en sauver un autre à la libération de Ploërmel, au matin du 4 août 1944. C’était un des ces Allemands qui venaient chercher du lait chez nous pour un officier allemand. C’était un pauvre bougre qui laissait son fusil attaché sur son vélo. Une fois à la fin de la guerre, pendant qu’il était à la maison, j’ai détaché son arme et je l’ai attendu. Quand il est revenu, je l’ai enfermé dans un grenier. Je lui ai laissé son fusil pour lui montrer que j’avais finalement confiance en lui. Il est resté là trois, quatre jours. Lorsque les Américains sont arrivés, je leur ai remis comme prisonnier. Six mois après à Vannes, je l’ai revu. C’est lui qui m’a reconnu. Il m’a même couru après… Il avait des embêtements avec un gars de la caserne qui lui faisait plein de misères. Je suis intervenu encore pour que ces ennuis cessent… Notre rôle n’était pas de tuer des Allemands. Notre rôle était de saboter, de les empêcher de progresser sur le front de Normandie.

    Avez-vous vu la mort de très prés ? 

    Ah oui… Lors de la bataille de Saint-Marcel… J’ai vu un Allemand blessé. Il avait reçu une rafale de fusil mitrailleur et avait le thorax ouvert. Quand il respirait, on voyait l’écume de l’oxygène de ces poumons. C’était pénible à voir… Il était dur à la souffrance celui-là… Il a demandé à boire. Il y avait une infirmière qui lui a proposé de le faire boire. Il a refusé, il voulait prendre le verre à la main. Elle lui a tendu et il lui a fichu à la figure… Un parachutiste qui assistait à la scène lui a dit: « Attendez, je vais lui donner moi… ». Il s’est penché à son tour et a reçu la timbale à la figure!… Il a foutu à l’Allemand une calotte qui fit tomber sa casquette. L’Allemand lui a demandé de la lui remettre sur la tête. C’est ce que fit le parachutiste qui entendit le soldat dire « Heil Hitler ! ». Le parachutiste sortit alors son colt et lui colla une balle dans la tête… Croyez-moi, une balle de 12,7, là où elle rentre c’est pas gros, mais où elle sort ça fait un morceau !… Voir cette cervelle voler, c’est terrible ! 

    Vous-même, avez-vous eu peur de mourir ? Y-pensiez-vous ? : 

    Oui, bien sûr… On a peur de la mort… C’est sûr quand on a vingt ans, on ne demande pas à mourir, on a toute la vie devant soi. Au début, cette peur est forte, mais peu à peu elle diminue. Il faut y aller et accepter l’idée d’être tué… Mieux valait se suicider que se rendre… 

    Comment avez-vous vécu la mort de vos camarades ? : 

    Ah ça, ça était très très dur… Quand j’entends que certains donnent au mot camarade un sens politique, je ne suis pas d’accord. Non, vraiment, un camarade… c’est bien autre chose… J’aime mieux pas en parler, je vais pleurer… 

    Saviez-vous si vous étiez sur la liste des personnes dangereuses établie par les Allemands ? :

    On savait que l’on était poursuivi. J’ai été personnellement traqué, ma tête mise à prix plusieurs fois. Il y avait la Milice toujours très dangereuse, les gens qui parlaient, qui étaient trop bavards, les voisins qui pouvaient vous dénoncer par malice ou pour l’argent, les lettres anonymes. On craignait tout. Il fallait sans arrêt se cacher, se déplacer. On reste marqué pour longtemps par cette vie là et l’on en rêve encore… 

    Ne craigniez-vous pas qu’il y ait des traîtres à l’intérieur de votre groupe de résistants ? 

    C’était une crainte réelle… Certains pouvaient parler, non pas par méchanceté, mais forcés sous la torture… J’ai eu un camarade qui a été arrêté, il a été interné à Peintré et il a été fusillé. Il n’a jamais parlé et pourtant il a été torturé… Mais son silence, on la sut que plus tard… En attendant, nous étions inquiets. On pouvait très bien être dénoncés par quelqu’un, bêtement disons… Des fois lorsqu’on ne faisait pas trop confiance dans un gars, on n’hésitait pas à mentir. Je me souviens être entré dans un café. La patronne m’a dit : « Attention, on te surveille… ». J’y ai retrouvé un copain et je lui ai dit qu’il fallait faire « un coup » le dimanche suivant. On s’est procuré des insignes de l’Etat français, ceux de Pétain avec la francisque… et on est retourné au café. La patronne qui collaborait avec les Allemands a été rassurée en voyant ces insignes !.

    Avez-vous participé à un assaut ? avez-vous tué des Allemands ? : 

    A Saint-Marcel, j’étais au milieu de la bagarre. Pour nous battre, les parachutistes nous ont très bien encadré. Nous avions une méthode, un système de repli. Ainsi, lorsque les Allemands attaquaient, on tenait puis on se repliait toujours en ordre. Ils avançaient mais, nous, nous étions toujours postés en embuscade. Eux, ils étaient à découvert. Je ne sais pas si j’ai tué… mais j’ai beaucoup tiré ce jour là… 

    Avez-vous combattu avec des nationalistes bretons ? : 

    Non. C’était des gens qu’il ne fallait surtout pas fréquenter. On les connaissait car ils ne cachaient pas leurs convictions politiques. Ils étaient dangereux… Heureusement, ils n’ont fait leurs preuves qu’à la fin de la guerre en 43 – 44… Heureusement qu’ils ne sont pas venus plus tôt… Il n’y a jamais eu une bonne entente avec eux…

    Qu’avez-vous ressenti lorsque les Allemands ont été vaincu par les Soviétiques à Stalingrad ? 

    Ce fut un espoir. Pour la première fois, ils avaient reculé. On nous faisait toujours croire qu’ils avançaient… La propagande encore… Au cinéma, dans les journaux, partout, on nous bourrait le crâne. C’était incroyable tout ces mensonges… 

    Avez-vous longtemps pensé que les Allemands étaient invincibles ? : 

    Au début de l’occupation, en 1940-1941… On a ensuite compris qu’ils avaient des difficultés lorsqu’ils ont utilisé des voitures à gazogène et non plus à essence. On a commencé à se dire qu’ils étaient au bout du rouleau… 

    Quels étaient vos sentiments envers les juifs, après tout ce que les nazis leur avaient fait subir ? :

    Je peux vous assurer que l’on était pas au courant de la déportation des juifs. Rien à la radio, rien dans les journaux… C’était là aussi mensonges et censures. Par contre, on voyait bien des gens se promener avec l’étoile… Ainsi, on apprenait qu’ils étaient juifs… Un jour avec mon frère, j’en ai rencontré un dans la rue… Je me suis dit : «  tant pis, j’vas lui parler ». Je lui dis bonjour et lui demande pourquoi il avait une étoile. « On est obligé car si on nous demande nos papiers et qu’on n’a pas cette étoile, on est immédiatement arrêté… ». Je lui ai fait remarquer qu’il pouvait toujours balancer cet insigne et se faire des faux papiers… Il m’a répondu : « Oh la là, faut surtout pas faire ça !… ».

    Comment êtes-vous devenu président des F.F.I. de Ploërmel ? 

    Après la guerre, une amicale a été fondée. Mais en 1970, il n’y avait plus aucune organisation. Le Général De Gaulle venait de mourir. J’ai souhaité qu’à Ploërmel il y ait une veillée en son honneur. J’ai téléphoné et fais le tour des gars lors d’un match de football… On était encore nombreux à ce moment là… J’ai organisé une réunion à 18 heures au monument des Martyrs et quatre-vingt bonhommes se sont ainsi retrouvés. Le lendemain, les gendarmes, des représentants de la préfecture sont venus me voir pour me féliciter… J’ai donc décidé de reformer l’amicale. Un ancien gendarme a été élu président… Il est mort à 90 ans il y a deux ans. J’ai pris alors la relève… 

    Considérez-vous le Général De Gaulle comme un héros ? : 

    Oui. De Gaulle, selon moi, ce fut l’espoir. Il a été alors tout pour moi…


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  • 18 mars 1994 - Témoignage de Mr Joseph Jégo (la cavale d'un homme courageux)

    Lorsque la guerre éclata, le 3 septembre 1939, Joseph Jégo était un jeune homme. En 1940, travaillant dans la ferme bretonne de ses parents, il apprend par la T.S.F – la radio d’alors – l’invasion allemande. La signature de l’armistice représente pour lui et ses compagnons une humiliation inacceptable que le maréchal Pétain avait accepté d’assumer.

    « Pour nous, nous a t-il confié, le maréchal avait reçu un mandat par les politiciens d’alors – les vrais responsables de notre malheur -. Sa grosse faute apparut en fait plus tard, celle de laisser faire un gouvernement et toute une équipe de criminels… Les conditions de l’Armistice étaient vraiment dures. L’une d’elle prévoyait l’occupation des deux tiers de la France et la Bretagne en faisait partie. Quelle honte et quelle rage en furent ressenties, surtout pour les anciens de la guerre de 14 ! Pour beaucoup de jeunes aussi. L’attitude à adopter était claire « subir l’Armistice mais refuser de l’accepter… »

    En 1943, Joseph Jégo a 21 ans. Il est, comme beaucoup de jeunes garçons de son âge, réquisitionné pour partir au S.T.O en Allemagne. C’en est trop et Joseph Jégo manifeste son désir d’entrer vraiment dans la lutte contre l’occupant. Non, il ne partira pas en Allemagne. « J’ai refusé immédiatement, et comme bien d’autres, j’ai pris le maquis ». Là commença vraiment son aventure dont j’ai souhaité relater certains épisodes marquants…

    Joseph Jégo se souvenait encore très bien de l’invasion des Allemands dans la région de Ploërmel. Dès leur arrivée, ils s’emparèrent d’un moulin implanté au sommet d’une colline qui dominait les landes de Lanvaux. De là, on pouvait observer nettement tous les environs.
    M. Jégo choisit de ne pas rester à la ferme familiale de Plumelec : s’il prenait encore le risque de travailler aux champs durant le jour, il passait la nuit caché car il avait peur d’être capturé et envoyé en Allemagne. Par l’intermédiaire d’un ami de la Résistance, il parvint à obtenir de faux papiers qui lui faisaient changer d’identité. « Certains d’entre nous avaient en 1943 fabriqué des faux papiers en relation avec un fonctionnaire de la Préfecture de Vannes. » Joseph Jégo prit ainsi le pseudonyme de Monsieur Juelle et devint membre de la Résistance intérieure.
    Joseph Jégo décida de rejoindre le maquis de Saint-Marcel. Ce maquis compta plus de 1500 hommes. Ils survivaient grâce à l’entraide des paysans alentours qui les aidaient et les ravitaillaient. Il fallait les convaincre que, seule, la cause de la Résistance était la bonne et que par conséquent, il fallait la soutenir activement. Il fallait aussi être très prudent car parmi la population locale se glissait un petit nombre de collaborateurs particulièrement actifs. « Nous devions vraiment filtrer les engagements dans nos rangs. Malgré ce filtrage, les effectifs du camp augmentèrent dès les jours qui précédèrent le Débarquement. Les arrivées par équipes déjà organisées s’intensifièrent vraiment deux et trois jours après le Débarquement en Normandie. »

    Sans l’aide d’une grande partie de la population locale, se nourrir eût été très difficile pour les maquisards et les parachutistes S.A.S. L’armée d’occupation dévalisait les magasins et les fermes par des achats massifs mais aussi par des réquisitions et du pillage.
    A cette époque, les rumeurs se répandaient vite, certaines prenaient naissance lors de l’écoute de la B.B.C qui adressait régulièrement des messages codés. « Beaucoup nous parvenaient, mais leur signification nous était souvent inconnue. Certains d’entre eux étaient vraiment hermétiques tels que « la panthère a rapporté le panier de cerises ». Emettre des messages, en recevoir, exigeait une grande prudence car les Allemands, parfois à l’aide de traîtres infiltrés dans les réseaux de Résistance réussissaient à les décrypter…

    Jusqu’au printemps 1944, Joseph Jégo réussit à cacher dans la ferme familiale du hameau de Pelhué à Plumelec des réfractaires au S.T.O et des résistants… Nous savons tous que les maquis menaient diverses actions de commandos. Notre interlocuteur effectua avec quelques compagnons plusieurs opérations de ce type. « On devait faire sauter des rails de chemin de fer et je vous prie de croire que cela faisait alors un sacré boom dans le pays… » Ces actions effectuées avec des explosifs fabriqués dans la pharmacie de Plumelec furent toutes conduites à bien… Les actes de sabotages se multiplièrent. En 1944, dans les semaines qui précédèrent le Débarquement, Joseph Jégo comme de nombreux autres maquisards dut mettre à terre des poteaux téléphoniques et sectionner tous les fils. Mais, si le Débarquement approchait, la libération de la France semblait alors encore lointaine.

    Le dimanche 4 juin 1944, il fut décidé d’établir dans la ferme de son père le poste de commandement du maquis de Plumelec et alentours.
    Le 5 juin, lors d’une garde nocturne, il aperçoit dans le ciel un avion militaire qui parachute des hommes. Il y avait un peu de lune. La relève était prévue pour le milieu de la nuit. Debout au pied d’un arbre, M. Jégo et ses camarades devaient rester en faction pour surveiller une route. « Je n’avais pas de montre et le temps me paraissait bien long. Mais bientôt, j’entendis un avion dans la direction de Trédion. Il passa au-dessus de Plumelec et je l’aperçus qui lâchait quelque chose. Je pense qu’il s’agissait de tracts ou de matériels destinés à se protéger des appareils détecteurs de communication radio. Trente à quarante minutes plus tard, des coups de feu se firent entendre au nord de Plumelec. Ces tirs furent continus pendant environ une quinzaine de minutes, puis vint une accalmie. A ce moment, Henri Denoual, un de mes camarades arriva. Il me demanda d’être très vigilant. Joyeux, il m’assura que le Débarquement avait bien lieu à partir de cette nuit. Devant ma perplexité, il insista en m’assurant avoir entendu le message et comprit que c’était bien le jour J ! A peine m’avait-il quitté que des véhicules se firent entendre en direction du bourg de Plumelec. Puis les tirs reprirent également dans la même direction avec grande intensité. Il était environ 23 h 30, ce 5 juin 1944. Je fus bientôt relevé de mon poste et je rejoignis mes compagnons au repos à l’est du petit bourg de Saint-Aubin… »
    La ferme familiale est alors devenue un haut-lieu de la Résistance locale. La famille Jégo est entièrement mobilisée. Fournitures et matériels les plus divers y sont rangés soigneusement. Une voiture est camouflée dans une remise depuis plusieurs jours et elle est prête à partir en cas de besoin.

    La journée du 6 juin 1944, le jour J, est remarquablement calme. Rien ne se déroule dans la région de Plumelec si ce n’est les mouvements continuels des patrouilles allemandes de plus en plus nerveuses. Le Débarquement est engagé en Normandie, mais les bombardements qui s’y déroulent se font entendre à Plumelec !.

    Le 7 juin, Joseph Jégo reçut l’ordre de porter secours aux parachutistes attaqués par l’occupant. Il apprit ainsi la raison de la mitraillade de la nuit du 5 au 6 : un groupe de parachutistes, qui avaient été lâchés à mille mètres seulement de l’observatoire allemand de la Grée de Plumelec, avait été attaqué et avait subi des pertes. Bien que les événements aient totalement perturbé le commerce, ce 7 juin était un jour de foire à Plumelec. Morizur et Denoual, compagnons de Joseph Jégo, en profitèrent pour faire une sortie dans le bourg. Vers 15 heures, Denoual revint au Pelhué et transmit la nouvelle mission à accomplir : un contact était établi avec des parachutistes français réfugiés dans une ferme à l’ouest du grand bois de Donnan et à Saint-Jean-Brévelay. Il fallait leur venir en aide et les accompagner jusqu’au Pelhué…

    « Avec mes deux plus proches compagnons, Gabriel Guimard et Jean Lorent, hébergés au Pelhué et Denoual, nous avons emprunté chemins creux et sentiers pour longer la vallée de la Claie en évitant de nous exposer à la vue du guetteur de l’observatoire allemand. La distance à parcourir est d’environ sept kilomètres. Après avoir traversé la route de Plumelec-Plaudren à une vingtaine de mètres du pont de Kergonan, nous suivions un chemin d’exploitation qui, sur la gauche, longeait des prairies et de l’autre côté, le grand bois de Donnan. Nous marchions en file indienne et j’étais le dernier. Après un peu plus d’une centaine de mètres, j’aperçus à deux pas de notre passage un homme en uniforme militaire, un peu camouflé par une touffe de genêts et de fougères. Craignant qu’il puisse s’agir d’un Allemand, je fis semblant de ne pas l’apercevoir. Après une cinquantaine de mètres, je finis par en parler à mes compagnons tout en continuant à marcher. Denoual qui était en tête, arrêta la marche pour me demander des explications. A ma surprise, j’étais le seul à avoir vu cet homme. Denoual prit l’initiative de s’informer de qui il s’agissait, il était le seul parmi nous à avoir un pistolet. Il le tint à la main sans le sortir de sa poche, puis se présenta à cet individu avec un air inspirant confiance tout en lui demandant ce qu’il faisait là ! Après une certaine suspicion mutuelle, la confiance fut vite établie. Se déclarant parachutiste français de la France libre, il le prouva en montrant son uniforme anglais, sa carabine américaine et son gros colt [quoique sans que nous le sachions encore, l'ennemi ait eu cet équipement depuis le jour précédent pour nous piéger... ]. Il nous déclara s’appeler Philippe et appartenir au stick de neuf hommes resté à environ trois cents mètres sur la hauteur, dans les bois. Il faisait le guet car il attendait le passage d’un compagnon d’un autre stick qui devait longer la rivière, dans le but de réunir les deux sticks… «Mon lieutenant commence à s’inquiéter pour la mission, affirma t-il ». Denoual lui répondit : «Nous sommes justement venus pour nous en occuper… »
    A la ferme du lieu-dit la Petite-Métairie, Morizur, chef F.F.I, était en compagnie d’un lieutenant- parachutiste et des fermiers ; il nous attendait. Le contact avait été réussi avec les deux groupes de parachutistes. Des appareils-radio étaient restés à l’orée du bois. Morizur nous commanda d’aller les rechercher et de nous joindre à un parachutiste qui faisait le guet. Il nous informa que les deux groupes étaient chargés de la même mission, que son lieutenant s’appelait Marienne et l’autre, Déplante… Les radios installèrent leur matériel. Quelqu’un demanda à Guimard d’aller tourner la manivelle de l’électrogène. Un premier message dicté par le lieutenant Marienne fut aussitôt envoyé à Londres… Les deux officiers, Marienne, un homme de 36 ans et Déplante, 32 ans, me parurent avoir une parfaite maîtrise de leur mission et ceci malgré les revers subis. Leurs hommes avaient une grande confiance en eux et se comportaient de façon parfaitement décontractée.
    Joseph Jégo nous relata son étonnement en découvrant la quantité de matériels et de bagages des parachutistes S.A.S qu’il fallut transporter régulièrement et discrètement de cache en cache…

    « Ce premier soir, les préparatifs pour ce transport à la ferme de Pelhué prirent beaucoup de temps. A la ferme des époux Le Callonnec, Morizur et Denoual s’étaient présentés en disant qu’ils étaient de la Résistance et qu’ils avaient besoin d’aide, demandant s’ils pouvaient avoir deux charrettes avec conducteur pour convoyer du matériel militaire. Le Callonnec, qui n’avait qu’une charrette, dit qu’il ne pouvait pas faire plus. Alors, Morizur, son chef F.F.I., lui demanda d’aller à la ferme de Kersigalais, qui était toute proche, pour convaincre le fermier François Mainguy de venir avec son cheval et sa charrette pour le deuxième convoi. Eugène Le Callonnec dit à son fils Joseph, 18 ans, de préparer cheval et charrette ainsi que du trèfle pour recouvrir le chargement…

    Morizur avait, par ailleurs, demandé à Mme Le Callonnec s’il pouvait faire entrer des parachutistes et si elle voulait bien leur préparer une simple collation. Germaine Le Calonnec le fit de bon coeur : beurre et omelettes, tout ce qu’elle avait de pain et du cidre furent offerts.
    Le jeune Joseph Le Calonnec partit le premier, Denoual et Lorent suivirent. Ils empruntèrent le chemin le moins fréquenté mais le plus tortueux, en longeant et en traversant la lande du bas de la Grée de Plumelec par le bas de la colline à quelques centaines de mètres de l’observatoire allemand. « Quant à moi, qui ai à conduire une équipe de dix hommes qui ne portent plus que leurs armes légères et un minimum de munitions, j’étudie mon itinéraire pour franchir la zone exposée avec le plus de précautions possibles. Je connais très bien les chemins de cette vallée et j’évite que l’équipe soit aperçue par le guetteur de l’observatoire. En tête, je progresse dans les chemins creux de village en village surveillant continuellement en direction de l’observatoire. Arrivé chez moi, à la ferme de Pelhué, nous avons retrouvé des F.F.I ainsi que les officiers Marienne et Déplante. »

    Mathurin Jégo, le père de Joseph, accueillit les parachutistes dans sa ferme. Marienne et Déplante entrèrent les premiers. « Dans la salle-cuisine éclairée par une simple lampe à pétrole, Mme Morizur, préparant le dîner avec ma soeur Bernadette les embrassa en pleurant d’émotion. » Tout le monde fut invité au repas qui fut servi sur la grande table de la maison Jégo. Parachutistes et F.F.I. s’installèrent pour la nuit dans le grenier. Un poste de garde fut mis à sa place et assuré par les paras sur la route d’accès à la ferme.
    Dans la nuit, à vive allure, les officiers partirent en traction-avant Citroën pour le quartier général de la résistance locale, à la ferme de la Nouette.

    Dans les jours qui suivirent, Joseph Jégo, ses camarades F.F.I. et les paras S.A.S., durent rejoindre cette ferme. Il nous raconta sa première vision du camp : « Le vendredi 9 juin, nous sommes arrivés à la Nouette vers 6 heures. Nous avons constaté que beaucoup nous avaient devancés. La plupart étaient occupés à des installations comme s’il s’agissait de préparer une kermesse… Deux ou trois petits groupes étaient campés dans de petits taillis au nord de la ferme. Quelques-uns, sur les chemins et sentiers d’accès, surveillaient les environs et demandaient le mot de passe à toutes les personnes qui se présentaient. Si elles ne les connaissaient pas, elles étaient accompagnées jusqu’au P.C du camp. Une quinzaine de parachutistes S.A.S étaient groupés entre deux maisons et semblaient être occupés à revoir le contenu de leur sac.
    Nos chefs nous firent ranger de manière à être corrects comme pour une revue. Devant le colonel Morice, les lieutenants paras Marienne et Déplante, le capitaine Guimard prit la parole : « A partir de ce moment, vous êtes militaires, vous devez vous soumettre aux ordres de vos supérieurs, vous allez très vite être armés… » Ce discours « musclé » surprit beaucoup de mes camarades…

    Puis, des jeunes filles nous distribuèrent des brassards blancs, portant les lettres F.F.I. Ensuite Guimard nous conduisit lui-même à une centaine de mètres au nord de la ferme. Nous devions assurer la surveillance d’une zone au nord-ouest et à l’est.»
    Entre ses heures de garde, Joseph Jégo put circuler librement dans le camp, rendant visite à ceux qui s’employaient aux travaux d’installations et de fonctionnement du camp. Il participa aussi aux corvées : aller à l’eau avec deux barriques dans une charrette, placer des fourneaux pour la cuisine, casser du bois, tirer du cidre… Le camp devait faire vivre un nombre croissant d’individus.

    « Au soir du premier jour, on nous annonça qu’il devait y avoir un parachutage en soirée et que nous devions nous porter à l’aide des parachutés. Si une clairière de quatre centaines de mètres de long et une centaine de large était assez bien dégagée le long des bois, l’autre partie des terres étaient jalonnée de lignées de grands arbres
    A l’heure prévue, l’équipe qui devait assurer le balisage, était sur le terrain, munie de lampes. Toutes les secrétaires et femmes-agents de liaisons, étaient également présentes ainsi que les gens des environs.

    Bientôt, un ronronnement d’avion se fit entendre. Les lampes s’allumèrent. Les avions apparurent et commencèrent à tourner. Le premier qui prit l’alignement de la zone balisée effectua la première partie de son largage. Une dizaine de parachutes apparurent alors dans le ciel et le premier d’entre eux était bleu, blanche, rouge. A l’instant où les paras touchèrent le sol, tout le monde se porta à leur aide. Dans la nuit, les filles répétèrent sans arrêt le mot de passe: Dingson ! Dingson !… Pour nous, il fallait agir au plus vite, libérer le terrain pour le largage suivant. Les avions passèrent tour à tour et, après les hommes, ce furent les containers qui tombèrent. En bordure d’un talus, un sac prit feu et son contenu se dispersa dans une série de crépitements et d’explosions. Chaque homme parachuté était accompagné jusqu’au quartier général de la Nouette avec son parachute et ses bagages. Les équipes de ramassage des containers travaillérent une bonne partie de la nuit, en principe sans lumière et en faisant le moins de bruit possible. »

    Le 10 juin au matin, Joseph Jégo apprit que le chef du régiment de S.A.S., le commandant Bourgoin, faisait bien partie des parachutés de la nuit. Il était manchot et c’est pourquoi les Britanniques lui avaient attribué un triple parachute qui, par une délicate attention de leur part, avait été réalisé en bleu, blanc, rouge…

    La 7ème compagnie, compagnie de Joseph Jégo, reçut la responsabilité de la surveillance d’un secteur plus vaste, le long de la zone de parachutage ( le camp atteignait alors plus d’une centaine d’hectares.)

    Le lundi 12, la compagnie reçut l’ordre de se rendre à la Nouette, section par section, pour se faire armer : mitraillettes ou fusils et deux grenades par homme. « En principe, chacun devait accepter l’arme qui lui était remise. Il me sembla comprendre que l’on attribuait un fusil aux plus grands et une mitraillette aux plus petits. Pour moi, ce fut une mitraillette «Sten» avec trois chargeurs et cinq ou six paquets de cartouches. Revenus à nos positions, un S.A.S. nous donna des instructions sommaires pour le dégraissage, le montage, l’entretien ainsi que la manière de s’en servir, bien que la compagnie comprenne des anciens qui avaient l’expérience des armes. Pour ma part, je connaissais la Sten depuis plus d’un an déjà…

    Au soir, on désigna des hommes pour prendre un tour de garde durant la nuit entière sur la colline boisée au sud de la Nouette. Je fus du nombre. Il faisait vraiment noir et le temps était un peu pluvieux : aucun parachutage n’était donc possible. »
    Le lendemain, en compagnie d’un parachutiste S.A.S, Joseph Jégo était encore de garde. « A côté d’un sentier, un container tombé la nuit précédente n’avait pas encore été enlevé, il faisait partie de ma responsabilité que personne n’y touchât. Le S.A.S. l’ouvrit. Il y avait un assortiment de boîtes de fruits ! Le S.A.S. en ouvrit une d’un kilo. Je croyais qu’il m’aurait offert de partager, mais il attaqua seul. Je le regardais et pas question pour moi d’y toucher. Rendu à la moitié de sa restauration, il finit par me dire : «Si t’en veux, tu peux en faire autant !» Alors, à mon tour, j’ouvris une boîte d’un kilo : un délicieux mélange de fruits au sirop. Si, en de rares occasions, j’avais apprécié un entremet de cette sorte, jamais d’une composition aussi variée !…

    En cours d’après-midi, nous avons été informés que des F.F.I. et des S.A.S. s’étaient attaqués aux Allemands au bourg de Plumelec ; l’accrochage avait mal tourné pour les Français et un lieutenant S.A.S. avait été tué par le mitrailleur posté en haut de l’observatoire. »
    En fin d’après-midi, la compagnie reçut l’ordre de porter ses positions à l’ouest du camp. Ce fut en plein bois que Joseph Jégo et ses camarades durent se faire un nouvel abri. La nuit du 13 au 14 juin fut très froide. De plus, le ronronnement des avions était permanent. Impossible de dormir. A l’aube, il neigeait… Il y eut une couche de deux centimètres !.

    Le mercredi 14, chacun put constater qu’une importante quantité de containers restait sur le terrain et dans les bois. Il fallut employer trois camions et de nombreux d’hommes pour évacuer le tout au dépôt. Le camp avait considérablement augmenté. A l’est, les postes avancés avaient été portés tout près du bourg de Saint-Marcel. Quant à la nourriture, il fallait aller la chercher à la ferme de Beauséjour. Joseph Jégo se souvient encore : «Pour la cuisine, quatre fourneaux étaient alignés dans une remise de cette maison, cinq ou six hommes s’activaient autour. Du boeuf en sauce mijotait dans deux fourneaux et des pommes de terre dans les autres. Deux femmes balançaient de la salade dans une lessiveuse de 70 litres et deux hommes tiraient du cidre de deux barriques placées dehors. Après un moment d’attente, nous recevûmes notre ordinaire et on nous faisait comprendre qu’il fallait partager, car cette cuisine était pour neuf cents hommes ! A notre arrivée, les copains ne manquaient pas de faire la grimace en découvrant le contenu des plats. Cependant, la compréhension suivait le mécontentement car chacun savait que le problème du ravitaillement n’était pas facile pour un maquis de cette importance.

    Le jeudi 15, nous avons eu la visite d’un agent de liaison qui nous donna des nouvelles de Plumelec. Il m’informa, que tous les soirs, il se rendait au Pelhué. Notre ferme était désormais connue comme un lieu de rendez-vous où chaque soir, dix, vingt ou trente gars attendaient pour être guidés de nuit jusqu’au camp. Je réalisai alors que le centre de ralliement du Pelhué était connu bien au delà du recrutement de la 7ème compagnie. Cela m’inquiétait car les risques pris par ma famille augmentaient…

    Par ailleurs, avec tous les acheminements en direction et au-dessus du camp, comment les Allemands, si nombreux et si organisés dans la région, pouvaient-ils ne pas s’être aperçus de quelques chose ?… Pourquoi aucune patrouille allemande dans ce secteur ?… »
    Peut-être l’occupant, présume aujourd’hui Joseph Jégo, était-il trop occupé par l’envoi de renforts sur le front de Normandie. Cependant, le vendredi 16, tout se précipita : l’ ennemi approchait. Les Allemands étaient signalés au bourg de Sérent. Alors que les parachutages d’armes continuaient, l’inquiétude grandit d’un coup.

    « On nous informa que nous étions alors près de 2 500 hommes armés au camp ( bien qu’en réalité, nous ne soyons que 1 500 probablement ). Des fusils-mitrailleurs et des engins antichars furent attribués à la plupart des sections ; ils furent remis aux vétérans qui avaient une instruction militaire et une expérience au combat. Dans la nuit du 16 au 17 et surtout du 17 au 18, il y eut encore de nombreux avions qui lâchèrent leur chargement. Cette dernière nuit, des containers tombèrent à moins d’une vingtaine de mètres de notre abri.
    De bon matin, le dimanche 18, nous avons été informés qu’il était encore arrivé des hommes et des jeeps… » . . . 

     


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  • Alors que la Garde républicaine mobile est dissoute, l'armée allemande d'occupation consent à maintenir en fonction les unités de la gendarmerie départementale. Les gendarmes conservent ainsi leur organisation, leurs casernements, leur armement individuel et leurs moyens de liaison. C'est donc une force militaire et policière structurée, bien équipée et très imbriquée à la population. Connaissant tout le territoire en zone urbanisée comme en zone rurale, les gendarmes sont rompus à l'acquisition du renseignement.

    Bénéficiant presque d'une entière liberté de mouvement, ils sont en mesure d'observer à loisir le dispositif ennemi et ses installations de défense, puis d'en rendre compte. Grâce à leurs moyens de communication (téléphone), ils prennent des contacts, transmettent des renseignements et alertent les personnes en danger. Dans leurs casernements, ils cachent des armes, des personnes recherchées et accueillent des résistants pour des réunions d'état-major ou des séances d'instruction militaire. Au regard de leur formation militaire, ils sont à même d'instruire puis d'encadrer les maquisards et les mener aux combats de la Libération.

    Durant la première année de l'occupation, de nombreux gendarmes du Morbihan utilisent ces possibilités pour résister aux entreprises de l'ennemi.

    Les débuts de la résistance dans le Morbihan

    À ce moment, la résistance n'est pas encore organisée et les actions conduites relèvent plutôt de l'initiative individuelle. Elles sont essentiellement orientées vers la protection des personnes.

    • éliminer, dans les archives des unités, les informations pouvant être utilisées par l'ennemi,
    • alerter et assister les personnes recherchées par l'ennemi.

    D'autres actions visent à préparer les hommes à la résistance active :

    • récupérer les armes abandonnées pendant la débâcle,
    • constituer des dépôts clandestins,
    • rechercher des appuis parmi la population pour mettre sur pied les réseaux.

    La naissance d'un réseau propre au Morbihan

    Le 20 juin 1941, le chef d'escadron Maurice GUILLAUDOT prend le commandement de la compagnie du Morbihan. Déterminé à lutter contre l'ennemi, il communique rapidement à ses subordonnés son enthousiasme à participer à la libération du sol national.

    Ses premières instructions données aux gendarmes sont de :

    • détruire, dans toutes les brigades, les documents compromettants pour certaines personnes,
    • protéger la population, même à son insu,
    • rechercher en permanence les renseignements sur l'implantation militaire ennemie dans le département,
    • préparer à la reprise du combat le moment venu.

    En 1942, le commandant GUILLAUDOT, alias « Yodi », se trouve à la tête d'un réseau remarquablement organisé, le réseau « Action » , dont les membres sont extrêmement bien placés et formés pour agir avec efficacité : beaucoup de gendarmes étant titulaires du brevet de chef de section.

    La mission « Cockle » .

    Dans la nuit du 21 au 22 décembre 1942, un avion britannique parachute, au-dessus de l'étang au Duc à Ploërmel, deux agents de la France Libre : Guy LENFANT, alias « Lebreton », et André RAPIN, radiotélégraphiste. La mission « Cockle » ("coquillage") est lancée : elle consiste à organiser la réception de parachutages d'armes en vue d'équiper les futurs maquisards. Un réseau se développe autour de quatre personnages :

    • Honoré CHAMAILLARD, alias « Galimard », de Ploërmel,
    • Julien LE PORT, alias « le coureur », de Melrand,
    • le lieutenant Théophile GUILLO , alias « Chuais », commandant la section de gendarmerie de Ploërmel,
    • Henri CALINDRE, alias « Mistringue », secrétaire de la mairie de Ploërmel.

    Des terrains de parachutage sont repérés et signalés à Londres. De nombreux parachutages d'armes ont lieu durant le premier semestre de l'année 1943, dans les régions de Ploërmel et Pontivy. Ces armes équipent bientôt le réseau « Action » et l'Armée secrète du Morbihan.

    Début 1943, la recherche du renseignement militaire s'intensifie et, en juin, « Yodi » adresse à Londres le fameux « panier de cerises », resté célèbre dans les annales des services de renseignement français.

    Fin 1943, « Action » dispose d'un effectif de 3.000 hommes encadrés et armés, répartis en quatre bataillons prêts à l'action militaire.

    Le réseau « Action »

     

    Le lieutenant GUILLO fait entrer son chef, le commandant GUILLAUDOT, dans le réseau « Cockle ». Ce réseau s'enrichit alors d'une organisation militaire qui s'étoffe de cadres et d'instructeurs. La quasi-unanimité des gendarmes entre progressivement dans la Résistance.

    En juillet 1943, Valentin ABEILLE, alias « Fantassin », délégué militaire régional de la France Libre, entreprend d'unifier les formations combattantes de la Résistance. Avec le commandant GUILLAUDOT, il crée le réseau « Action », dont la gendarmerie constitue l'ossature. « Action » est le réseau morbihannais du mouvement « France combattante ». « Yodi » en est le chef départemental et prend le capitaine de frégate de réserve Paul CHENAILLER , comme directeur adjoint du service du ravitaillement à Vannes.

    Courant 1943, le réseau « Action » est rallié par d'autres réseaux et intensifie son recrutement. Des sections puis des compagnies se créent dans tout le département. Au fur et à mesure, des armes et des explosifs leur sont distribués. Simultanément, l'instruction militaire sur les armes nouvelles et les explosifs est dispensée par des instructeurs envoyés par la France Libre. Lorsque le commandant GUILLAUDOT est arrêté par la Gestapo, le 10 décembre 1943, son adjoint Paul CHENAILLER lui succède à la tête du réseau. Il prend le pseudonyme de « colonel Morice » en l'honneur de son chef.

    L'armée secrète du Morbihan

     

    Le 15 décembre 1943, le général AUDIBERT, délégué militaire de la France Libre pour la Bretagne et les Pays-de-la-Loire, décide la fusion des unités combattantes de la Résistance dans le Morbihan. Il désigne « Morice », à la tête du mouvement le plus important et le mieux organisé, comme chef de l'ASM.

    En janvier 1944, Paul CHENAILLER forme son état-major et crée un corps-franc, spécialisé dans le sabotage et les coups-de-main, dans chaque compagnie de l'ASM. Parallèlement, il poursuit son action pour unifier la résistance armée.

    En février 1944, un accord de fusion est passé entre l'Armée secrète et les Francs tireurs partisans (FTP). De cette accord, naissent le 10 avril 1944 les Forces françaises de l'intérieur (FFI) dans le Morbihan. Le « colonel Morice » est confirmé en qualité de commandant départemental des FFI et étend son autorité à la région de Redon (Ille-et-Vilaine).

    Les Forces françaises libres (FFI)

     

    En décembre 1943 et en mars 1944, des séries d'arrestations visent les FFI. Le général AUDIBERT, le capitaine GUILLO, chef de l'état-major de « Morice », et plusieurs autres responsables sont arrêtés par la Gestapo. L'organisation, bien structurée, se relève rapidement de ces coups sévères. Les cadres militaires les plus importants prennent aussitôt le maquis.

    Dès mai 1944, les FFI se préparent à l'action armée en réalisant des missions de sabotage des voies de communication. À la fin du mois, le « colonel Morice » reçoit l'ordre d'armer les unités combattantes des FFI ainsi que les plans d'action à mettre en oeuvre lors du débarquement. L'heure du combat final sonne pour les FFI du Morbihan, fortes de 12.000 hommes articulés en douze bataillons.

    Le 5 juin 1944, « Morice » ordonne la mobilisation des FFI. Celles-ci se rassemblent dans des centres de mobilisation, où elles se constituent en unités et reçoivent armes automatiques, équipements parachutés et renforts des parachutistes du SAS (Special Air Service, unité spéciale des forces armées britanniques, constituée en 1941 avec des volontaires britanniques pour mener des raids derrière les lignes allemandes).

    De nombreux gendarmes participent aux combats : 250 militaires ont pu rejoindre les maquis. Ils y combattent non plus en unité constituée mais répartis dans les divers bataillons avec des fonctions d'encadrement ; certains exercent des commandements importants (commandant de compagnie, chef de section).

    Dès le 6 juin, jour du Débarquement, les corps francs des FFI passent à l'action pour l'application du « plan vert » (destruction des voies ferrées) et du « plan violet » (coupure des lignes téléphoniques). Les sabotages paralysent sérieusement l'ennemi et ralentissent le transport de ses forces sur le front de Normandie. Le premier grand combat de la libération de la Bretagne se déroule à Saint-Marcel, près de Malestroit, où les parachutistes allemands se heurtent à quatre bataillons FFI et un bataillon SAS des Forces françaises libres (FFL). Surpris, les Allemands subissent de lourdes pertes. De nombreux autres combats ont lieu jusqu'à la libération complète du département le 10 mai 1945 avec la reddition de la poche de Lorient. Les unités FFI y jouent un rôle décisif.

    Portraits

    Bedoni Caradec

    Bedoni Caradec

    Né le 18 juillet 1905 à Carnac (56), il est admis en Gendarmerie le 31 juillet 1928.
    Successivement affecté à la 9ème Légion, il sert à la brigade de Lorient au moment des hostilités.
    Engagé dès l'origine dans le réseau « Action », il rejoint le maquis le 12 juin 1944, dans un premier temps à caudan, puis à Saint-Marcel, où il participe à la défense du camp. Ayant rejoint la 1ère compagnie du 7ème bataillon de FFI, il commande une équipe de fusil-mitrailleurs lors de l'attaque de la poche de Lorient. Il est tué à son poste de combat au château de Kergras près d'Hennebont le 11 août 1944.
    Cité à l'ordre de la Division avec attribution de la Croix de guerre avec étoile d'argent.

    Paul Chenailler

    Paul Chenailler

    Capitaine de frégate de réserve, il entre dans le réseau « Action » en 1943.
    A cette époque, il est sous-directeur du ravitaillement général. Si cette fonction lui permet d'avoir de nombreuses relations, il dispose en outre de moyens matériels intéressants (automobile, laissez-passer), qu'il utilise pour les besoins de la Résistance.
    Il devient l'adjoint du chef d'escadron Guillaudot, alias « Yodi », dans le réseau « Action » (appartenant au mouvement « la France combattante »).
    Après l'arrestation du chef d'escadron Guillaudot le 10 décembre 1943, il est désigné par le délégué militaire régional de la France Libre pour assumer la direction du réseau et prend le pseudonyme de « Morice » : son adjoint est le lieutenant André Guillo, alias « Chuais ».
    Plus tard, il est chargé par le général Audibert de procéder à la fusion des différentes organisations militaires résistantes du Morbihan et d'en prendre le commandement.
    Au moment du Débarquement, il est à la tête de 12 bataillons de FFI avec un effectif d'environ 12.000 hommes.
    Cette grande unité a joué un rôle déterminant dans tous les combats de la libération de la Bretagne.

    Louis Cosqueric

    inconnu

    Commandant la brigade de Pluvigner depuis le 10 septembre 1942, il est recherché par les autorités allemandes pour divers coups de main et sabotages. Il quitte la brigade pour rejoindre le maquis en mai 1944. Tous ses gendarmes le suivent et la brigade est dissoute.
    Il constitue une compagnie des FFI dans le secteur de Pluvigner et en prend le commandement.
    Il participe à de nombreuses actions de combat notamment à Saint-Marcel.

    Antoine Dagorne

    Antoine Dagorne

    Né le 1er décembre 1912 à Persquen (56), il est entré en Gendarmerie le 7 juillet 1939.
    Il sert successivement à Saint-Nazaire, Thouari et Saint-Jean-Brévelay à partir du 11 juin 1942.
    Il rejoint le maquis de Saint-Marcel en juin 1944 après avoir accompli de nombreuses missions de renseignement au profit du réseau « Action ».
    Il participe aux combats de Saint-Marcel et rejoint le maquis de Saint-Jean-Brévelay. Il est arrêté à Saint-Jean-Brévelay le 9 juillet 1944 au cours d'une rafle. Identifié et sauvagement torturé, il est jeté dans la ferme incendiée de "La Petite Métairie" où les Allemands avaient découvert un dépôt d'armes.
    Il est décoré de la Croix de guerre 1939/1945 avec étoile d'argent et de la Médaille militaire à titre posthume.

    Jean Dessus

    Jean Dessus

    Né le 8 février 1913 à Paris (75).
    Pendant l'Occupation, il est affecté à la brigade de Malestroit.
    Très tôt, il s'engage dans « Action » et participe à toutes les activités du réseau. Il s'emploie en particulier à recruter une compagnie de FFI, dont il prend le commandement.
    Capitaine commandant la 3è compagnie du 8è bataillon des FFi du Morbihan, il rejoint définitivement le maquis le 6 avril 1944 et prend part à de nombreuses missions à la tête de sa compagnie. Le 18 juin 1944, il conduit son unité au combat de Saint-Marcel.
    Après la Libération, il est homologué dans le lieutenant et poursuit sa carrière dans l'infanterie de Marine. Le 30 novembre 1949, il est tué au combat en Indochine.
    Il est par ailleurs Chevalier de la Légion d'honneur.

    Adolphe Gabellec

    Adolphe Gabellec

    Né le 17 juillet 1902 à Locmiquelic (56), il est admis en Gendarmerie le 16 juillet 1928.
    Il est affecté dans la Garde républicaine mobile, puis à la brigade de Josselin.
    Dès son arrivée, il s'engage le 1er octobre 1943 avec enthousiasme dans le réseau « Action ». Nommé adjudant à la 3ème compagnie des FFI, il participe au combat du 18 juin 1944 à Saint-Marcel. Alors qu'il accompagne son officier vers le poste de commandement, il est mortellement blessé lors d'une embuscade et après un bref engagement pendant la nuit du 18 au 19 juin 1944.
    Il est décoré à titre posthume de la Médaille militaire, cité à l'ordre du Corps d'armée avec attribution de la Croix de guerre 1939/1945 avec étoile de Vermeil et promu chevalier de la Légion d'honneur.

    Raymond Gloux

    Raymond Gloux

    Né le 21 décembre 1912 à Saint-Maudan (22), il est admis en Gendarmerie le 14 mai 1939.
    Après avoir servi dans les Côtes-du-Nord, il est affecté à la brigade de Malestroit le 31 octobre 1940.
    Dès son arrivée, il s'engage dans le réseau « Action » et se montre très actif dans le recrutement des maquisards et la réception puis l'exfiltration des aviateurs alliés tombés dans les lignes allemandes. Il en héberge à son domicile avant de les confier à des résistants spécialisés dans l'exfiltration.
    Le 6 avril 1944, il passe au maquis et prend le commandement d'une compagnie de FFI. Il est arrêté le 26 juillet 1944 par les Allemands, au hameau "la Ville aux maçons" dans le Morbihan. Sauvagement torturé, il est ensuite fusillé à Josselin le 3 août 1944.
    A titre posthume, il est promu chevalier de la Légion d'honneur le 30 mars 1949 et reçoit la Médaille de la Résistance. Il est en outre élevé au grade de lieutenant le 12 septembre 1949.

    Maurice Guillaudot

    Maurice Guillaudot

    Fils d'un garde républicain, il est né le 28 juin 1893 à Paris.
    En 1911, il s'engage dans l'artillerie, au sein de laquelle il participe aux premières batailles de la Grande Guerre. En juillet 1915, il est promu sous-lieutenant dans l'infanterie. Il se distingue par son héroïsme et termine la guerre avec le grade de lieutenant. Quatre fois blessé et six fois cité, il est nommé chevalier dans l'Ordre de la Légion d'Honneur le 17 août 1918, à l'âge de 25 ans.
    Il entre dans la Gendarmerie en 1920. En 1936, il est promu chef d'escadron. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il commande le groupe de la Garde républicaine mobile à Vitré. Il assiste impuissant à la débâcle et essaie en vain de participer à la défense du « réduit breton » en incorporant à son groupe de gardes mobiles des unités en retraite. Dès la signature de l'Armistice, la Garde républicaine mobile est dissoute par les Allemands. Le chef d'escadron Guillaudot devient commandant de la compagnie de l'Ille-et-Vilaine à Rennes.
    En juin 1941, il refuse de disperser par la force les familles des victimes qui se sont rendues au cimetière de Rennes pour fleurir les tombes de leurs parents tués au cours du bombardement aérien de la gare de Rennes par la Luftwaffe en juin 1940. Il est alors muté au commandement de la compagnie du Morbihan à Vannes.
    Dès son arrivée, il propose à ses officiers, gradés et gendarmes d'entrer dans la lutte clandestine contre l'Occupant. Ses subordonnés le suivront avec enthousiasme dans un élan quasi-unanime. Avec 3.000 hommes recrutés, instruits, armés et encadrés par les gradés et gendarmes des brigades, il constituera le réseau « Action » (appartenant au mouvement « la France combattante ») et qui se révèle un modèle d'organisation et d'efficacité.

    Dénoncé et arrêté le 10 décembre 1943 à son domicile, le chef d'escadron Guillaudot, alias « Yodi », devenu chef de « la France combattante » dans le Morbihan, résiste à la torture et ne parle pas.
    Il laisse alors à son adjoint et successeur désigné, Paul Chenailler, alias « Morice », un outil exceptionnel autour duquel celui-ci parvient à fédérer d'autres mouvements de résistance pour former l'ASM, dont il deviendra le commandant départemental, avant de devenir le chef des FFI du Morbihan.
    Dès le Débarquement, les FFI passent à l'attaque avec 12.000 hommes organisés en 12 bataillons qui participent à tous les combats de la libération de la Bretagne et immobilisent 3 divisions ennemies qui sont incapables de rejoindre le front de Normandie.
    Nommé colonel par la France Libre, puis général de brigade à son retour de déportation, Maurice Guillaudot prend le commandement de la XIème Région de gendarmerie à Rennes le 15 août 1945. Le 19 octobre 1945, il est fait Compagnon de la Libération. Il décède à Hédé (35) le 25 mai 1979.
    La caserne de gendarmerie de Vannes porte le nom du Général Guillaudot.

    Théophile Guillo

    Théophile Guillo

    Né le 21 janvier 1896 à Ploërmel (56), il s'engage dans l'armée à 18 ans.
    Au cours de la Première Guerre mondiale, il s'illustre particulièrement et est blessé à deux reprises. Il entre dans la Gendarmerie le 24 mars 1920. Commandant de brigade le 10 mars 1925, il est promu maréchal des logis-chef le 1er février 1927, puis adjudant le 10 octobre 1933. Il est nommé sous-lieutenant le 25 juin 1937 et prend le commandement de la section de Ploërmel avec le grade de lieutenant.
    Réfractaire à toute collaboration avec l'ennemi, il s'engage dans la lutte contre l'Occupant dès la signature de l'Armistice. Son action vise à assurer la protection de la population livrée aux excès des soldats allemands, aider les réfractaires au STO et secourir les aviateurs alliés dont les appareils ont été abattus. Il est également chargé de recueillir et d'exploiter le renseignement, de veiller au recrutement, à l'équipement et à l'instruction des maquis.
    À la fin de 1942, il participe à la mission « Cockle » qui a pour objet d'organiser la réception des parachutages d'armes destinées à équiper les maquis.
    Il fait entrer son commandant, le chef d'escadron Guillaudot dans le réseau. Lorsque celui-ci fonde le réseau « Action », il entre dans son état-major et est chargé chargé d'organiser les liaisons radio avec Londres pour le réseau. Après l'arrestation de Maurice Guillaudot, il devient le chef d'état-major de l'ASM, commandée par Paul Chenailler. Promu capitaine par la France Libre, Théophile Guillo alias « Chuais », organise activement la résistance armée.
    Il est arrêté le 28 mars 1944 à Ploërmel par la Gestapo. Torturé, il ne livre aucun secret et est déporté au camp de Neuengamme (Allemagne). Rentré de déportation le 22 mai 1945, il reçoit à Vannes le 22 juillet 1945 la croix de chevalier de la Légion d'honneur des mains du général de Gaulle. Il est promu capitaine en 1952.
    Chevalier de la Légion d'honneur, Théophile Guillo est aussi titulaire de la Croix de guerre 1914/1918 avec palme, de la Croix de guerre 1939/1945 avec palme ainsi que de la Médaille de la Résistance.
    La caserne de gendarmerie de Ploërmel ainsi que celle de l'escadron de gendarmerie mobile de Vannes portent le nom du Capitaine Guillo. La salle de traditions de la caserne de gendarmerie de Vannes porte les noms des capitaines Guillo et Louarn.

    Louis Le Bouëdec

    Louis Le Bouëdec

    Né le 10 décembre 1910 à Ploërdut (56), il est admis dans la Garde républicaine mobile le 1er septembre 1934.
    Il sert à la brigade de La Trinité-Porhoët à compter du 1er octobre 1943.
    Dès son affectation, il entre dans le réseau « Action » et participe activement à la lutte clandestine. Il prend le commandement de la section FFI de La Trinité-Porhoët.
    Au moment du Débarquement, il conduit sa section à Saint-Marcel et prend part à la défense du camp lors de l'attaque du 18 juin 1944. Combattant aux premiers postes, il est abattu par le feu ennemi.
    Cité à l'ordre du Corps d'armée, il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de vermeil et promu chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur à titre posthume. Le 27 juin 1946, il est élevé au grade de sous-lieutenant.

    Joseph Le Bourgès

    Joseph Le Bourgès

    Né le 12 août 1901 à Saint-Pierre-Quiberon (56), il est nommé élève-garde à pied et affecté à la 2ème Légion de Garde républicaine mobile à Saint-Nazaire.
    Il est successivement affecté à la 5ème légion de la Garde républicaine, puis à la 11ème Légion de gendarmerie de Bretagne : il est nommé gendarme à la brigade de Pluvigner.
    Appartenant aux FFI, il rejoint le maquis le 1er juin 1944 et participe au combat de Saint-Marcel le 18 juin 1944. Il est fait prisonnier à Sérent et transféré à Le Faouët où siège la Cour martiale. Le 6 juillet 1944 après avoir été torturé, il est fusillé au lieu-dit Lan Dordu à Berné.
    À titre posthume, il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre 1939/1945 avec palme.

    Méen Le Merdy

    Méen Le Merdy

    Né le 1er janvier 1907 à Cléguérec (56), il est admis en Gendarmerie le 3 février 1923 et nommé gendarme le 12 mars 1924.
    Après plusieurs affectations, il prend le commandement de la brigade de Lorient le 26 septembre 1942 avec le grade d'adjudant. Il est promu adjudant-chef le 10 mars 1943.
    Personnage clé du réseau « Action », il travaille quotidiennement pour le renseignement et la protection des personnes. En avril 1943, sur ordre du chef d'escadron Guillaudot, il dirige une opération permettant de subtiliser 2.000 litres d'essence dans un dépôt de la Wehrmacht à Caudan.
    Capitaine des FFI, il commande la 2ème compagnie du 2ème bataillon, qu'il a recrutée et opère à de nombreuses missions de sabotage. Blessé grièvement à Saint-Marcel et bien que soigné dans des infirmeries de fortune, il reprend le combat à la tête de sa compagnie et reste dans le maquis jusqu'à la fin des hostilités.
    Rayé des contrôles en septembre 1945, il est fait chevalier de la Légion d'honneur et décoré en outre de la Croix de guerre 1939/1945 avec palme. A titre honoraire, il est nommé lieutenant de gendarmerie.

    Jean Louarn

    Jean Louarn

    Né le 22 mai 1902 à Lampaul-Guimiliau (29), il entre dans la Gendarmerie en 1925. Après plusieurs affectations successives, il prend le commandement de la brigade de Guer en 1932.
    Dès la débâcle, il entre dans la Résistance en récupérant les armes abandonnées, pour constituer des dépôts. Nommé adjudant en 1942, il commande la brigade de Josselin. Il recrute des volontaires qu'il instruit et équipe, formant une section de combat dont il assure le commandement. Entrant dans le réseau « Action », il facilite l'évasion de personnes recherchées. Essayant d'éviter les représailles sur la population civile. Il dissimule chez lui le « Panier de cerises » avant son expédition à Londres. En mars 1944, il cache Paul Chenailler, alias « Colonel Morice », chef de l'ASM, et prend le maquis avec sa section. Le 18 juin, à la tête de ses hommes il se bat pour la défense du camp de Saint-Marcel. Le 5 juillet, il entre en vainqueur dans Josselin avec son unité.
    Lieutenant dès la Libération, il est nommé capitaine en 1952, commandant la compagnie de Ploërmel où il termine sa carrière militaire.
    Il est chevalier de la Légion d'Honneur, officier dans l'Ordre national du Mérite, médaillé de la Résistance et titulaire de la Croix de guerre 1939/1945 avec étoile d'argent.
    La salle de traditions de la caserne de gendarmerie de Vannes porte les noms des capitaines Guillo et Louarn.

    Gendarme Scordia

    Gendarme Scordia

    Affecté à la brigade de Malestroit, il rejoint le maquis début avril 1944 avec les gendarmes DESSUS et GLOUX.
    Il se consacre entièrement à l'organisation des FFI et à des actions de sabotage.
    Au sein des FFI, il est promu lieutenant, puis capitaine et prend le commandement de la 7è compagnie du 8è bataillon.
    Il s'illustre dans la recherche du renseignement et dans diverses actions de combat.

     

     


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  • Saint Marcel dans la tourmente.

    Jusqu'à présent, on ne trouvait aucun livre relatant la mise en place du maquis de la Nouette,
     le combat proprement dit et les représailles qui ont suivi ce tragique 18 juin 1944

    L'ouvrage illustré de 264 pages évoque la naissance du maquis dès 1943,
     avec l'arrivée de la 2e compagnie des parachutistes du SAS,
    les événements du début du mois de juin de la même année,
     le combat ou encore les incendies des fermes et châteaux du bourg.


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  • Le temps des premiers réseaux

    Dans les années 1940 à 42, si d'embryonnaires réseaux opéraient déjà dans certaines
    régions, notamment sur les côtes où des équipes de renseignement très actives
    agissaient, l'essentiel de la Résistance s'organisait depuis l'Angleterre.

    C'est ainsi que, dans le Morbihan, près du site où se tint la première bataille de la
    Libération, avant même celle du Débarquement en Normandie, les premiers
    réseaux se mirent en place en décembre 1942 autour de l'opération Cockle
    (coquillage en anglais). Celle ci se déroula dans la nuit du 21 au 22 décembre 1942 et se traduisit par le parachutage de deux agents sur l'étang au Duc de Ploërmel depuis
    l'Angleterre.

    Leur mission consista à recruter et former des petits groupes de volontaires dans le but
    de repérer des terrains de parachutage et, par la suite, d'y réceptionner et de camoufler
    les armes et les explosifs largués, destinés à servir dans de futurs sabotages et opérations de guérilla. Dès son arrivée, l'un des deux par le biais d'un camarade du commandant de la gendarmerie de Ploërmel, le lieutenant Téophile Guillo. C'est le début du réseau Action.

    Ensemble, les trois hommes mettent en place une équipe de jeunes Morbihannais
    très active. Guy Lenfant (nom de code Le Breton), organisa plusieurs équipes de
    parachutage. Le commandant de la gendarmerie prit la responsabilité de tous les
    dépôts d'arme constitués en cachette. Leur transport fut confiée à d'autres recrues,
    comme Emile Guimard ou Raymond Guillard. Ce dernier, ainsi, participa à la plupart des parachutages dans le secteur de Sérent et Lizio et au convoiturage des
    précieux colis, au moyen notamment d'une Citroën 11 U équipée en gazogène et équipée d'un double fond. Le véhicule appartenait à la famille Malard, deux soeurs
    commerçantes à St-Aubin en Plumelec qui, au péril de leur vie et de celle de leur
    famille ne ménagèrent pas leurs efforts, aidées par leur employé Henri Tanguy.
    D'autres résistants (FFI essentiellement) furent hébergés secrètement dans la région
    jusqu'en 1944. Deux jeunes de Saint-Brieuc et Elven furent ainsi cachés à la ferme du
    Pelhué, en Plumelec. "Ils étaient recherchés par les Allemands, se souvient Joseph Jégo,auteur de Rage, action, tourments au pays de Lanvaux, interviewé en 2004. Nous
    avons assuré leur protection. A l'époque, nous étions encore tranquilles. Les
    Allemands ne contrôlaient guère le secteur pour débusquer les réfractaires du Service
    du travail obligatoire." Lui même s'est soustrait de ses "obligations" à l'âge de 21
    ans. " J'ai été convoqué au Service du travail obligatoire en 43. Je n'avais aucune
    envie de partir là-bas. Un ami m'a alors proposé de le rejoindre dans la Résistance. Je
    me souviens qu'il m'avait alors dit : comme ça, le jour où il se passera quelque chose ici, on sera au moins deux ! On barrera les routes ! En réalité, nous furent bien plus.

    Nous découvrîmes que de nombreux contacts avaient été déjà pris avec des engagés. "Au départ, on nous chargea surtout de porter des messages, en conviant en cachette de points de ralliement." Puis, les choses évoluèrent. En mai 44, Joseph Jégo
    participa à la destruction de rails de chemin de fer au Roc-Saint-André et à l'abattage de lignes électriques. Le groupe était aidé en cela par une agente de liaison parachutée
    depuis l'Angleterre, Jeanne Bohec, dit Micheline. "C'est elle qui nous a appris à
    faire des explosifs faciles à partir de produits en vente en pharmacie. Une autre agente
    de liaison, Annick Perrotin, fille de commerçants de Plumelec (et rattachée à la
    7e compagnie), a également beaucoup fait pour nous. " Les compagnies de gendarmerie
    non plus ne firent guère preuve de zèle pour dénicher les réfractaires au STO. "Des
    gendarmes de la brigade de Saint-Jean quittèrent leurs fonctions et rejoignirent le
    maquis. Leur brigadier chef se garda bien de signaler leur désertion." Les gendarmes
    de Malestroit soutinrent également le maquis dans les mois qui précédèrent la bataille. C'est début février 43 qu'eut lieu le premier parachutage, marquant une étape
    clef dans la constitution du maquis. D'autres suivirent jusqu'au mois de juillet dans tout le secteur. Autant d'opérations nocturnes qui n'étaient pas sans attirer l'attention des
    habitants avec le risque de venir aux oreilles des ennemis. Le ronronnement des
    avions au-dessus des drop-zones s'entendait plusieurs kilomètres à la ronde. Par chance, rares furent les incidents : la nuit du 22 au 23 mai à Lizio, un container frôle une ligne électrique. Le parachute reste accroché aux câbles, provoquant une grande lueur et une détonation. Le court-circuit contact prive la région de courant pendant 24 h. Mais le comité de réception parvient à localiser et récupérer l'indiscrète cargaison... de sept tonnes ! Toutes ces opérations permirent d'affiner le choix des drop-zones. La vaste clairière, bien protégée, de La Nouette en Sérent, retint l'attention des réseaux de résistance du Morbihan, dirigé par le colonel Morice.

    Surnommé La Baleine, le terrain fut retenu pour les premières réceptions dès mai 1943
    avec l'accord et l'aide de la famille Pondard, propriétaire de la ferme de la Nouette. Il
    sera utilisé lors de la fameuse bataille et fera office de base (commandement, infirmerie, dépôt) en juin 1944. Les FFI savent alors qu'ils pourront compter sur plusieurs centaines voire milliers d'hommes, plus ou moins formés, épaulés par les Special Air Service.

    C'est quelques semaines avant seulement, que la décision d'organiser l'opération de
    déstabilisation, parallèlement au débarquement, depuis le terrain de La Baleine fut prise. Le commandant FFI Morice, de son vrai nom Paul Chenailler, et son adjoint Emile Guimard se trouvaient dans leur poste de commandement à Saint-Aubin en Plumelec quand ils entendirent les vers de Verlaine annonçant Les Sanglots longs des violons de l'automne bercent mon coeur d'une langueur monotone. Quatre agents de mission et trois agentes de liaison sont à leur côté, prêts à intervenir : ordre fut en effet donné de rallier tous les commandants de bataillons pour les aviser de rejoindre l'Etat major dans la soirée. Le Colonel Morice annonça la mobilisation générale avec pour consigne de se rendre au terrain de La Baleine par petits groupes. En l'occurrence, Joseph Jégo rappelle dans son ouvrage que l'Etat major fut quelque peu ulcéré de voir débarquer à La Baleine les troupes de maquisards à près de cent : Dans la région de Ploërmel, citons des actes
    de résistance isolés, spontanés : le Liziotais Pierre Golvet fut ainsi l'un des premiers
    résistants de la région en permettant dès 1940 à plusieurs prisonniers de s'enfuir.

    Après la débâcle française et la constitution de la zone occupée, les Allemands
    ordonnèrent aux anciens combattants de se présenter en mairie à leur convocation pour
    les démobiliser et les envoyer en Allemagne comme prisonnier de guerre. Pierre Golvet
    obtint la complicité du maire de l'époque de Pontivy, Eugène Frotté, pour faire extraire
    plusieurs prisonniers de Lizio (il en fut de même à l'échelle de nombreuses communes)
    à leur transfert vers l'Allemagne.

    En 1944, le Liziotais, remplaçant du maire, fait prisonnier en Allemagne, parvint également à empêcher les Allemands de mettre le feu à la ferme de La Grée-aux-Moines, domicile du commandant Emile Guimard lui-même, activement recherché
    par l'occupant. Il est à noter bien sûr "Le périmètre du camp de Saint-Marcel fut sans cesse élargi, au fur et à mesure qu'arrivaient les maquisards. Au bout d'une
    dizaine de jours, nous étions deux mille puis deux mille cinq cents et enfin probablement plus de trois mille ! On ne s'attendait pas à autant de monde. Il fallait alimenter le siège en permanence. Tous les fours à pain des fermes environnantes tournaient à plein régime et des charettes apportaient quantité de viande, de cidre... Le rythme était ponctué chaque nuit par les parachutages d'armes et de munitions. Ce fut comme ça jusqu'au matin du 18 juin !" - et la liste est non exhaustive - la participation active des soeurs de la communauté des Augustines, à Malestroit, à commencer par soeur Yvonne Aimée. La communauté accueillit dès mai 40 des réfugiés religieux et civils, une femme enceinte juive traquée par les Allemands en octobre 1941, des soldats du Nord de la France... Elle tint tête à la Wehrmacht désireuse d'occuper la clinique en ne lui concédant qu'une petite partie des locaux tout en continuant à soigner en cachette en 1943 et 1944 des aviateurs américains, des FFI blessés et même le général Audibert, chef de la Résistance de l'Ouest, qui fut hélas repéré et arrêté par les Allemands en découvrant dans ses effets personnels une valise à double fond. La clinique a soigné de nombreux résistants et plus d'une dizaine de parachutistes à l'issue de la bataille de St-Marcel. A l'issue de la guerre, soeur Yvonne Aimée reçut six médailles françaises, anglaises et américaines.


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