• Le 1er mars 1946, la 19° D.I. est entièrement dissoute sur place à Rottweil. Ceux qui n’avaient pas fini leur temps ou qui voulaient faire carrière furent mutés séparément dans diverses unités en France, en Allemagne ou en Indochine.

    Ce fut l’ultime séparation, car chacun partit de son côté, les uns en Indochine, les autres  ailleurs, où se firent démobilisés.   Ainsi disparut l’ancienne 12° avant de se retrouver plus tard en amicale.

    (Ouest-France du ? janvier 1946)

    Avec les Bretons en forêt Noire

            LA DERNIERE PRISE D’ARMES DE LA 19e DIVISION

    Rottweil - janvier (de notre envoyé spécial) – Ce fut une cérémonie sobre, mais de poignante grandeur que les hôtes Bretons du Général Borgnis-Desbordes assistèrent dans la matinée du jeudi 24 janvier à Rottweil, ce coin de forêt Noire que nos armes conquirent où tant des nôtres sont tombés dans les suprêmes combats de la campagne d’Allemagne. Le Général commandant la 19° Division depuis sa formation, dont il fut l’artisan, jusqu’à cette dissolution imméritée qu’il tenta de tout son cœur d’éviter, avait tenu, avant même que soit connue cette mesure, à remettre en face de leurs anciens soldats, les maquisards, les premiers chefs de la Résistance, les Guillaudot, La Morlais, Berthaud,  Marceau, Morice, Le Garrec, tant d’autres dont les noms sont la fierté de notre province. Cette rencontre sur le sol de l’Allemagne au lendemain de tant d’épreuves, de souffrances, de tant de sacrifices était par elle-même fort émouvante. Les traques du maquis, les déportés politiques, les prisonniers des camps, sans la moindre arrière pensée de vengeance, mais avec par contre, le sentiment qu’enfin ils savouraient les fruits de la justice et mesuraient les moissons de la victoire, assistaient au dernier acte de la revanche. Le sort malheureux que le haut commandement impose à la Division bretonne a accentué le caractère poignant de cette cérémonie. Tout à la fois les invités du Général Borgnis-Desbordes ont salué leurs jeunes camarades, élevant fièrement dans le ciel de la forêt Noire les trois couleurs et ont dit adieu à ces couleurs qui portent en leurs plis, en chiffres d’or, le nom des glorieux régiments bretons: adieu à ces régiments dont les hommes, leurs anciens soldats, jusque là  groupés comme au maquis, vont se disperser le 1er février à travers l ‘armée : adieu à ces bataillons qui ne cherchèrent jamais à effacer leurs noms d’antan, les noms des chefs Le Cléach, Muller, Caro, Le Vigouroux, Frémont…

    Le Général de Monsabert devant le drapeau du 71ème  Régiment d’Infanterie

    Sous un ciel bleu mais sur un sol encore couvert de neige, à 9 heures au long de la Langestrasse, de la Koenigstrasse, de la Hechbrûcktorstrasse, les unités se massèrent. Tenue impeccable, uniformes corrects, armement net. Face à la tribune officielle, parée des écussons de la Division et des différentes unités qui la composèrent, prit place le drapeau du 71° RI de Saint-Brieuc, encadré d’un bataillon, la musique composée d’éléments des musiques du 71° RI et du 118° de Quimper. A sa gauche, se rangèrent les trois régiments d’infanterie de la Division ; le 41° de Rennes, le 71°, le 118° puis les bataillons ou escadrons du Génie, du Train, des Transmissions, la section de l’AFAT, les motos et side-cars du DCR, les compagnies Canon d’Infanterie en bataille ; l’artillerie divisionnaire, n° 19, les FTA ; le bataillon Médica, avec ses voitures légères.

    A 11 heures, sonnerie du garde à vous. Le Général Joppe, commandant l’Infanterie Divisionnaire n° 19, dont le PC est établi à Oberndorf, sur le Neckar, arrivait et prenait le commandement des troupes. Il accueillait peu après à leur descente de voiture, le Général Borgnis-Desbordes et ses hôtes Bretons, alors que la musique donnait le « garde à vous » « aux Champs » et « la Marseillaise » Après s’être incliné devant le drapeau du 71° RI, les invités du Général gagnèrent la Tribune Officielle ou les rejoignirent le Gouverneur Général Widmer, Gouverneur Général du Wurtemberg, le Colonel Barbier, représentant le général Koênig, Commandant en chef français en Allemagne, le Gouverneur Général Garnier-Dupré commandant le Cercle de Rottweil, le Commandant Périgondow de l’armée russe, le major Gazarov de l’armée Polonaise, M. Maisch directeur américain de l’UNRA à Rottweil, le Chanoine Grill, aumôniers de la 19° DI, Mme Lambert Directrice du Service Social de la Division, des Gouverneurs militaires, des officiers français, russes, et polonais. Des familles françaises se massèrent au côté de la tribune officielle. Près d’elles, dignement coiffées de hauts de forme, les notabilités allemandes locales.

    Il était 11 h   15, quand arrivèrent les autos d’où descendirent les Généraux Goislard de Monsabert, commandant supérieur des TOA ; Lanclud, directeur de l’UNRA, commandant en 39-40 de la 19° DI ; Sevez commandant le 1er corps d’armée ; Schlesser commandant la 5° DB. La Marseillaise éclata. Le Général de Monsabert et les autres Généraux qui l’accompagnait s’inclineront longuement devant le glorieux drapeau du 71° RI

    Le Général Borgnis-Desbordes présenta au Général Monsabert les personnalités bretonnes, puis les généraux passèrent devant le front des troupes, en voiture découvertes.

    Après la revue le Général de Monsabert  félicita le général Borgnis-Desbordes de la belle tenue des troupes bretonnes

    (Ouest-France du 25.3 1946)

    LA DISSOLUTION DE LA 19° D.I.

    Voici la lettre adressée par M. Michelet, ministre des armées, au Général Borgnis-Desbordes :

    Mon Général

    Au moment où va être dissoute votre 19° division d’infanterie, cette unité d’élite, issue de la Résistance, a laquelle vous avez su inspirer le véritable sens de la discipline tout en lui conservant le caractère enthousiaste et passionné de ses origines, je veux vous adresser au nom de la France, à vous, à vos officiers et à vos soldat, nos adieux les plus affectueux.

     

    Je me plais à souligner la reconnaissance que la France garde toujours à ces héros de la 19° D.I. qui donnèrent au Pays l’exemple d’une unité courageuse et ordonnée, image de la nouvelle armée dont la France sera fière de s’enorgueillir désormais.

     

    Croyez mon Général, à mes sentiments cordialement dévoués.

                            MICHELET.


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  •     La Division bretonne est en Allemagne

    Dernière parade en Forêt Noire

     L'Etat-major de la 19 D.I.

     Elle occupe le sud du Wurtemberg

    Ces jours-ci, le 25 octobre, croyons-nous, la 19° Division d’Infanterie stationnée depuis fin juin dans la région de Châteauroux, a fait mouvement vers l’Allemagne. Son P.C. s’établit dans le sud du Wurtemberg, entre Rottweil et Siegmarigen. L’heure attendue depuis quatre mois a enfin sonné à la grande joie des soldats de cette unité à qui pesait la prolongation du cantonnement sur les rives de l’Indre ou de la Claise. Nous n’irons pas jusqu’à écrire que la population témoigna de l’hostilité aux Bretons, encore que quelques incidents tendraient à l’établir mais il est bien certain  que la sympathie ne régna point entre les Berrichons et les gars de l’Ouest. Ceux-ci, de plus, eurent à souffrir et du climat trop continental et du ravitaillement pas assez substantiel.

    Cadeau d’anniversaire 

    L’ordre de mouvement vers l’Allemagne est un cadeau d’anniversaire. La 19° D.I. a pris corps, en effet le 25 octobre 1944, en Bretagne, à Rennes et sur les fronts de Lorient et de Saint-Nazaire. 

    Le 8 août précédent un télégramme officiel de l’Etat-Major Général d’Alger, adressé au Général commandant les forces françaises en Grande Bretagne prescrivait de mettre sur pied en Bretagne cette Division et, dix jours plus tard, le Général Borgnis-Desbordes était chargé de cette mission. Le mois n’était pas achevé que déjà ce jeune et dynamique chef se jetait au travail., appuyé par le Général Allard, commandant la XI ° Région.

    Unité Bretonne

    Le Général Borgnis-Desbordes, après des contacts avec les chefs départementaux des FFI et les Commandants des différents bataillons de maquisards, dont plusieurs faisaient face à l’ennemi installé à Brest, Crozon, Lorient, Quiberon, Saint-Nazaire, put constituer des régiments. La tâche fut plus aisée dans les Côtes du Nord ou le Colonel Marceau disposait d’effectifs nombreux, dans le Finistère et dans le Morbihan qu’en Ille et Vilaine où les effectifs étaient bien moindres.

    Les Côtes du Nord donnèrent le 71° R.I. dont le commandement fut confié au Colonel Languillaire, assisté du Colonel Marceau. Le 118° R.I. commandé d’abord par le Colonel Fauche puis par le Colonel Jouteau se fit de deux bataillons du Finistère et d’un bataillon du Morbihan. Le Finistère fournit en outre un bataillon de tradition du 43° RI  qui constitua le centre d’instruction divisionnaire dont le commandement incomba au Colonel Curt. Quand au 41° RI, le vieux et glorieux régiment de Rennes, il fut formé d’un bataillon d’Ille et Vilaine – le Bataillon Frémont – et de deux Bataillons du Morbihan, le tout sous la direction du Colonel Duranthon. 

    Côtes du Nord, Morbihan, Finistère, et Ille et Vilaine donnèrent ensemble naissance au 10° RAD, commandé par le Colonel Vermeil de Conchard, et au 19° dragons, commandé par le Colonel Adol, ainsi qu’aux bataillons ou compagnies de Q.G., de Génie, de Train, de Transmissions, de Santé, et des FTA.

    Des Chefs chevronnés 

    Le Général Borgnis-Desbordes « magnifique soldat, aimé de tous » a dit de lui récemment le Général Allard – riche d’un beau passé militaire, venu d’outre-mer après avoir combattu en Afrique du Nord, en Italie, dans l’Ile d’Elbe, fit preuve de beaucoup de tact dans la composition de l’encadrement de sa division. Aux troupes qui s’étaient illustrées dans la résistance, il fallait des chefs dignes d’elle, alliant la valeur au mérite, capables de comprendre leur âme. Ces chefs, le Général Borgnis-Desbordes les trouva parmi ses camarades de l’armée d’Afrique. Il confia le commandement de l’Infanterie au Colonel Henri Joppé, blessé à Cassino. Le commandement de l’artillerie, c’est au Colonel Conchard , chargé par le Général de Gaulle du ralliement des possessions insulaires à sa cause, qu’il le confia.Enfin, il appela au commandement des régiments des Officiers - nous les avons déjà nommés – qui avaient fait preuve et de courage et de compétence et de noblesse … 

    Fraternité au feu 

    De part et d’autre du côté des maquisards Bretons comme du côté des chefs venus d’Afrique ou des cadres subalternes, il y eut quelque appréhension au premier contact, mais cette appréhension se dissipa vite. Sous le même drapeau ces êtres aux origines différentes, dont plusieurs avaient errées sur des voies opposées, se trouvaient enfin rassemblés par un même idéal et oeuvraient pour un même but. Ces soldats du maquis, ces officiers d’Afrique, ces rescapés du drame de l’obéissance –marins de Dakar et de Mersel-Kébir, combattants de Syrie et autre – s’ouvrirent les uns aux autres, se comprirent les uns les autres, s’aimèrent fraternellement. Et cette fraternité s’accusa au feu, chacun se plaisant à souhaiter qu’elle survive à la démobilisation, malgré les compétitions partisanes, les luttes électorales.

                                                                                      Robert Marcillé


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  • Le 24 décembre 1945 à minuit, à la Caserne ‘Napo ‘de Rottweil en Forêt Noire, il y a de la neige partout. Il fait très froid et l’ennemi n’a rien laissé en état de fonctionnement derrière lui, même pas les chaudières de chauffage central de la caserne.

    Mais, c’est notre premier Noël de Paix et à notre tour comme occupants. Alors, des guirlandes de circonstances ont été installées partout, dans les couloirs, dans les réfectoires... Les repas, depuis la veille, sont améliorés et le vin n’est pas rationné. Des poêles a bois de fortune ont été installés au réfectoire et l’on se promet de passer une nuit de conquérants dans ...la caserne, car tout le monde est consigné pour ne pas risquer de désordres en ville.

    Sans doute grâce à la présence de l’état major de la 19e D.I. du Général Borgnis Desbordes en ville, des souvenirs avaient été confectionnés à notre intention par la fabrique d’insignes Moker de Rottweil. (des boîtes de cigares et cigarettes, des blocs-notes à en-tête de la Division …) Ci-dessous un exemple de ces coffrets souvenirs aux armes du 41ème régiment d'infanterie que les camarades seront fiers de ramener à la maison plus tard.

    Pendant ce temps en ville, des anciens nazis se chargeaient parait-il, de diffuser à notre égard la plus mauvaise publicité. Pour la population, nous sommes les terroristes Bretons qui tiraient dans le dos de leurs soldats au temps de l’occupation allemande en France. . Et le dernier événement connu alimentait les conversations ne contribuait pas à l’apaisement.

    C’est vrai que des camarades de la région de Saint-Méen le Grand, Montfort, se promenant en ville, étaient tombés nez à nez sur le pont du Nekar à Rottweil avec un Allemand bien connu chez nous qu’on surnommait "menton de galoche" Au temps de l’occupation, il était adjudant  au camp d’aviation de Gaël en France et s’était mal comporté avec les civils.

    Alors, ces camarades et la prévôté qui se trouvait à proximité n’ont pu s’empêcher de lui donner une raclée, dont il a dû se souvenir longtemps. Mais, dans la nuit, un des nôtres avait été balancé par-dessus le pont et était retrouvé mort au fond du Nekar le lendemain matin.

    Cette histoire ajoutée à d’autres, ne fît qu’exacerber les esprits au fur et à mesure que les verres se vidaient car la haine et la guerre nous habitaient encore. Certains chantaient la valse des vaches et parlaient d’aller tondre une allemande.

    Notre cordonnier qui avait perdu un proche dans un camp de concentration nazi, ressassait ses souvenirs dans l’alcool. Se levant soudain, il disparaît du réfectoire. On apprendra ensuite, qu’il s’était rendu dans son atelier pour se saisir d’un tranchet avant de se diriger vers la chambre isolée où étaient cantonnés quatre soldats allemands prisonniers, chargés des corvées dans la caserne.


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  • Après la capitulation allemande du 8 mai 1945, le capitaine Jubin raconte dans son livre "Espère à vie" que le Bataillon resta encore sur place quelques semaines afin de s'occuper des nombreux prisonniers allemands

    Entre le 11 mai et le 13 juin 1945, la 3ème  Cie (qu’on appelait toujours la 12ème ) avait rejoint Rohan pour cantonner dans une école au bord du canal. Le capitaine Jubin avait fait un discours de circonstance, relatif à l’opération publique et généralisée d’ échange des billets de banque qui avait pour objet de démasquer dans la population les profiteurs de guerre, invitant donc les camarades ˆ échanger aussi les rares billets qu’ils possédaient.

    Le 14 juin, la 19ème  D.I. toute entière quitta définitivement les lieux. Le capitaine allait pendant ce temps nous quitter pour participer à un stage de déminage dans la région de Plestin-les-Grèves, truffée de mines. Il raconte dans son livre comment il fallait avancer prudemment en sondant le terrain avec une baïonnette inclinée au maximum, afin de détecter le corps de la mine. Car avec la baïonnette tenue verticalement, nous risquions d'appuyer sur la tête du bouchon allumeur ou de toucher une de ses antennes, ce qui aurait bien entendu provoqué l'explosion. Une fois la mine détectée, il suffisait d'introduire une goupille de sécurité dans le trou de l'allumeur et de dépoter. Ensuite, passer à la suivante, toujours avec les mêmes précautions, en restant bien dans l'axe de la rangée...

    Le 18 juin, jour anniversaire de l’appel du Général de Gaulle et sur son invitation personnelle, la 19°ème D.I. (Division d'Infanterie bretonne) était appelée pour défiler à Paris. Certains ont défilé, d'autres pas ; les tenues de bien des camarades de la 12° n’étaient pas assez présentables pour une telle cérémonie. Ceux-là, ils seront juste admis à contenir la foule sur les Champs-Élysées pendant le défilé. La 12° était alors cantonnés au Pont de Neuilly.

    Le 20 juin 1945, tout le 41ème  R.I. rejoint Châteauroux (dont l’ex-12ème) est cantonné à NIiherne dans la grange d’une ferme, où l'auteur l'a rejoint le 25 octobre 1945, après sa convalescence.

    Le 15 octobre 1945, la 3° (ex-12°) est dissoute à son tour. Car à partir de cette date, les Unités sont réorganisées en vue de l’organisation de l’occupation française en Allemagne. La 3°, ex-12° devient alors la 1ère Cie du 41° R.I. sous les ordres du lieutenant Michel. La première Compagnie est toujours rattachée à la 19° D.I. du général Borgnis-Desbordes.

    Le 16 octobre au matin, notre capitaine FTP/FFI Constant Jubin raconte qu'il doit enlever ses galons de capitaine FFI pour devenir sous-lieutenant de l’armée régulière, entouré de plus en plus de planqués pendant l'occupation et qui reprennent du service. On les appelle les "Naphtalinés" Un certain nombre "des petits gars" comme disait le capitaine, quittèrent l'armée, leur engagement pour la durée de la guerre ayant pris fin.

    Les Français se déclinaient alors en catégories :

    -les traîtres qui s'engagèrent dans la milice et les collabos notoires.

    -les dénonciateurs de tout poil responsables de tortures, de déportation...

    -les S.T.O. volontaires pour l'industrie de guerre allemande.

    -ceux qui avaient tenté de jouer sur les deux tableaux.


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