• 08 - Le Front de la Vilaine

    08 - Le Front de la Vilaine

    Des Forces françaises de l’Intérieur engagées à Saint-Marcel partirent également sur le front de la Vilaine. Au 1er septembre 1944, elles tenaient un front de quelque 45 kilomètres allant de Fégréac à l’océan en passant par Redon. Dès le 14 septembre, les Allemands tentèrent une incursion entre Billiers et Arzal en jetant une flottille de bateaux à moteur de trois cents hommes dans la bataille. L’artillerie allemande appuya ce petit Débarquement. Les FFI de Vilaine ne purent accéder au secteur pris d’assaut et la section de Muzillac avait été dissoute quelques jours plus tôt. Heureusement, elle put être rapidement reconstituée. Dans la soirée, ce fut la seule couverture française. Le commandant français alerta également les deux compagnies du premier bataillon en réserve à Vannes. Ces derniers parvinrent sur la place de Muzillac vers 21h au moment où de puissants tirs d’artillerie furent déclenchés. Au cours de la nuit, les FFI parvinrent à enlever les positions prises par les Allemands qui finirent par rembarquer. A l’issue de cet échec, le commandement décida de renforcer le secteur de la Vilaine. Un certain nombre d’opérations permirent la capture de soldats allemands sans compter les tués comme le 20 décembre dans la nuit où les Allemands tentèrent de franchir la Vilaine. Ils furent repoussés, non sans avoir infligé des pertes aux unités françaises. 

    Le 20 mars 1945 au soir, une patrouille du 4e Rangers traversa la Vilaine dans l’autre sens. Elle parvint à capturer sans coup férir, en plein sommeil, tout un poste ennemi qu’elle ramena dans les lignes alliées. Le même jour, de sérieux accrochages firent une dizaine de tués ennemis et autant de prisonniers. Le 22 mars, une dizaine d’Allemands furent de nouveau abattus et le lendemain une embuscade fit huit prisonniers. Enfin, sur la Vilaine, le 24, les Allemands contre-attaquèrent en passant la rivière avant d’être de nouveau repoussés avec pertes. Ils parvinrent toutefois le lendemain à prendre pied sur la rive nord. Les avant-postes de la Chevalerie furent encerclés. Heureusement pour les résistants bretons, l’ennemi fut de nouveau repoussé, cette fois à la grenade… 

    Ces batailles parmi tant d’autres illustrent bien la nature des échanges des deux côté de la Vilaine, véritable barrière géographique. Maintes fois, les Allemands tentèrent de percer de l’autre côté de la rivière sans jamais y parvenir.

    La Poche de Saint-Nazaire

    Après la destruction du pont de La Roche-Bernard, le 15 août 1944, le détachement allemand qui tenait la tête de pont de Marzan et d'Arzal se retire sur la rive gauche. Désormais limitée au nord par la Vilaine, la  « poche » de Saint-Nazaire s'étend sur près de 2 000 Km²  Solidement établis de part et d'autre de la Loire , les Allemands interdisent aux Alliés l'usage du port libéré de Nantes comme du port de Saint-Nazaire resté entre leurs mains.

    1 - Les opérations militaires

    Sur le front de la Vilaine qui, seul , intéresse le Morbihan, les Allemands se bornent à des actions locales, d'abord pour protéger la « poche » pendant qu 'il s s'y organisent puis pour sonder les défenses alliées ou simplement tenir leurs hommes en haleine. Au début la faiblesse des effectifs qui leur sont opposés leur permet de passer la rivière comme ils le veulent.

    La 2e quinzaine d'août est marquée par une série d'incursions en territoire libéré. Des combats ont lieu les 15 et 16 août dans les marais de Rieux. Le 23, au Grenit en Rieux, un groupe allemand contraint le jeune Bernard Lemée à marcher devant lui et le malheureux est tué au premier choc avec les F.F.I. Une heure plus tard , l'ingénieur Tardivel est abattu d'une balle de revolver à bout portant dans le marais de la Chaussée de Cran. Le même jour un autre groupe franchit aussi la Vilaine mais près de l'estuaire et prend position sur le plateau de Penlan en Billiers ; après un vif engagement où la compagnie l'Hermier a deux tués, il est rejeté à la mer.

    Le 27 août, le lieutenant-colonel « Morice » nomme le commandant Caro chef du secteur Vilaine, de Redon à l'embouchure, avec la mission d'empêcher ces incursions ennemies sur la rive droite. Il disposera , outre les troupes déjà en place , de la totalité du 8e bataillon des F.F.1. qui fait mouvement le 28 vers Péaule. Le 12e bataillon, en amont, sera chargé de la défense de Redon.

    Le 29, les Allemands franchissent à nouveau la Vilaine pour venir au bourg de Rieux faire sauter le clocher ; ils prétendent qu'on sonne les cloches pour annoncer leur arrivée aux F.F.I. Une section du 8e bataillon les poursuit dans leur repli et perd un homme quand le tir des 88 et des mortiers ennemis s'abat sur elle pour couvrir le retour du commando. Le lendemain, au même endroit, une nouvelle patrouille allemande se heurte au feu des fusils-mitrailleurs et doit se retirer en laissant un blessé, et en abandonnant une mitrailleuse légère et des munitions. Les incursions cessent alors dans ce secteur. Mieux encore , un groupe de la compagnie Scordia , du 8e bataillon , franchit à son tour la rivière le 4 septembre et, guidé par un paysan de Nivillac, attaque un poste allemand avec succès. Néanmoins l'artillerie ennemie pilonne presque chaque nuit les positions des Français et maintient ceux-ci, dans l'ensemble, sur la défensive. Le commandant Caro ne dispose d'ailleurs que d'armes légères prises aux Allemands ou parachutées et ne peut entreprendre aucune action de quelque envergure.

    Dans la nuit du 9 a u 10 septembre, on repère des préparatifs pour traverser la rivière sur des radeaux. Au feu des F.F.I. répondent des canons de 105 qui tirent sur le château de la Cour de Marzan. Pour donner le change, un violent tir de barrage s'abat le 13 jusqu'à 15 h 00 sur la région de Rieux puis,le 14 à 17 h 45 , 300 hommes soutenus par l'artillerie, qui canonne Billiers et Muzillac, débarquent en deux points éloignés
    de 4 km , au Moustoir en Billiers et au Brouel en Arzal. Une compagnie de renfort du 8e bataillon prend la gauche du secteur, une compagnie du 1er bataillon la droite. A 23 h 00 arrivent 4 jeeps et 5 automitrailleuses américaines pendant que les Allemands envoient sur Muzillac une centaine d'obus de 105 et canonnent Billiers. Le lieutenant Fromentin est tué et sa section se replie. Les assaillants s'avancent de 4 à 5 km vers Muzillac que ses habitants ont précipitamment évacué dans la soirée puis se retirent dans la nuit après avoir incendié deux fermes. Cette opération leur a coûté au moins une quinzaine de tués tandis que les F.F.I. ont perdu 13 hommes, tués , blessés ou disparus. Il semble que le commandement allemand ait voulu vérifier la défense française et faire des prisonniers.

    A la suite de cette attaque, le lieutenant-colonel « Morice » déc ide de mettre
    désormais à la disp osit ion du commandant Caro qu atre bataillons des F.F.I. : le
    1er dont le chef, le commandant « Hervé », a été appelé en ren fort avec deux
    compagnies le 14 septembre, le 8e et le l2 e , déjà sur place, et le l6 e , venu des Côtesdu-
    Nord, auxquels s'ajouteront un e compagnie de fu siliers marins dans le secteur
    maritime et un détachement léger de l'armée américaine qui cantonnera entre Péaule
    et Limerzel. Une compagnie de contre-attaque est mise en stationnement à Meucon
    pour atteindre dans les deux heures, n'importe quel point menacé ; enfin une
    compagnie de transports, créée à Vannes, regroupera les mo yens automobiles pour
    être en mesure de déplacer immédiatement les réserves.

    Malheureusement les F.F.I. ne possèdent pas d'artillerie et les Allemands tirent presque quotidiennement sur leurs lignes avec deux batteries hippomobiles, l'une de 105, l'autre de 77 et de 88 qui se déplacent sur la route de Pénestin à La Roche Bernard et de La Roche-Bernard à Théhillac. Ces bombardements causent des dégâts, notamment le 29 septembre sur le bourg de Béganne, mais font peu de
    victimes.

    Par contre le renforcement du dispositif de défense rend les incursions ennemies plus hasardeuses. Le 21 octobre, dans le secteur de Rieux, un commando qui a réussi à franchir la Vilaine doit la repasser une heure plus tard après un bref combat. Une nouvelle tentative, le 20 novembre, aux Vieilles Roches en Arzal, se heurte à une compagnie du bataillon de Vannes qui coule deux péniches de débarquement ; une
    vingtaine d'allemands sont tués ou jetés à l'eau. Dans la nuit du 21 au 22 novembre, le poste de garde situé au « Rohello » en Béganne est surpris par un groupe d'allemands qui ont traversé la rivière. Un soldat des F.F.I. est tué et son corps emporté à Saint-Dolay quand l'ennemi se retire. Ce petit succès encourage les Allemands à tenter dans la nuit du 28 au 29 décembre une nouvelle incursion : une dizaine de barques chargées de soldats tentent d'aborder près de Billiers mais elles sont repoussées après une lutte sévère.

    Cet échec incite les Allemands à plus de prudence ; ils ne chercheront plus beaucoup à franchir la Vilaine. Leur tentative la plus sérieuse en 1945 aura lieu le 2 février : une forte patrouille passée à la faveur d'une brume épaisse est contrainte dans la soirée de retourner sur la rive gauche.

    II - Les résistants morbihannais de la poche de Saint-Nazaire.

    Pendant l'hiver 1943 -1944, un groupe affilié à l'Armée secrète s'est constitué à La Roche-Bernard autour de l'adjudant Joseph Le Diagon, commandant la brigade de gendarmerie, et de l'ingénieur des ponts et chaussées Marrée, Il a bénéficié du parachutage effectué dans les marais de Limerzel dans la nuit du 3 au 4 août 1944 puis s'est trouvé isolé dans la « poche ».

    Quand le 8e bataillon prend position sur la rive droite de la Vilaine, le groupe de La Roche-Bernard y est rattaché et le 9 septembre 1944, Ie capitaine Villard, officier de renseignement du secteur, franchit la rivière pour nouer un contact avec la Résistance en pays occupé. Il demande que soient fournis régulièrement des renseignements sur tous les aspects de l'activité ennemie; il promet des armes et vers
    le 25 septembre un avion parachute sur le bord de la Vilaine, près de Saint-Cry, des fusils, des fusils-mitrailleurs, des grenades, des mitraillettes et des munitions ainsi que le matériel nécessaire pour installer une ligne téléphonique qui reliera en permanence les résistants du canton de La Roche-Bernard au P.C. du bataillon. Le 27 septembre, ce téléphone fonctionne : l'appareil est placé dans le tronc creux d'un
    vieux chêne près de la ferme de Larmor en Saint-Dolay ; le fil a été enterré sous l'herbe puis lesté pour tomber au fond de la rivière. Seuls ont le droit d'utiliser ce téléphone l'adjudant Le Diagon, son adjoint Le Calvé (gendarme également) et un instituteur privé de Férel, Paul Le Gall. Les armes parachutées ont été cachées dans le taillis de Kerlieu près de Saint-Cry.

    Avant l'installation du téléphone il fallait passer la Vilaine de nuit, en barque, à partir de Cran ou surtout de Larmor pour porter des renseignements aux F.F.I., ou pour aller s'engager dans leurs rangs. Le fermier de Larmor, Élysée Niget, abritait dans sa ferme les candidats au passage jusqu'à la nuit ; certains passèrent à la nage et même plusieurs fois comme Victor Le Guével, de Saint-Dolay, avec, sur le dos, le paquet de leurs vêtements ; non sans risque, car dans ce secteur, la Vilaine, large de 200 mètres, a des remous dangereux et des rives boueuses. Le Guével lui-même, bien que connaissant parfaitement les lieux, s'y englua une fois et faillit y rester.

    Le téléphone permet le fonctionnement d'un service d'aide aux russes et aux allemands qui souhaitent déserter. En deux mois, 26 soldats de la Wehrmacht franchissent la Vilaine pour se rendre. Il n'est pas trop difficle de repérer ceux qui désirent vraiment déserter. On les y encourage en insistant sur l'inutilité pour l'Allemagne de continuer une guerre qu'elle a irrémédiablement perdue et en leur proposant une aide
    désintéressée. Le soir convenu, on les conduit à Larmor avec armes et bagages. De Rieux ou de Béganne une barque vient les chercher, parfois deux ou trois d'un coup.

    Ces disparitions intriguent les officiers locaux de la Wehrmacht qui veulent en avoir le coeur net et tendent un piège. Un sous-officier sarrois, « Pierrot », qui commande la section en stationnement à Saint-Dolay, parle bien le français et inspire une certaine confiance aux gens du pays. Il s'ouvre de son désir de partir à un menuisier qui vient sur réquisition faire des réparations au cantonnement, Marcel Guyon. Celui-ci croit que c'est sérieux. Un premier rendez-vous réunit à la scierie de Saint-Dolay « Pierrot » et quatre autres allemands d'une part, Marcel Guyon, Paul David, débitant , et Pierre Le Pocreau, instituteur privé, d'autre part. Un deuxième rendez-vous, au même endroit, le 21 novembre, aboutit à un accord complet ; le départ est fixé à la nuit suivante. Au moment de se séparer, vers 19 h 00, Pierrot, subitement, brandit son pistolet : « Halte ! Haut les mains ! » Les trois français sont emmenés au P.C. du bourg où les attend le commandant du secteur, qui réside au château de Cadouzan. On les conduit ensuite, à pied , à Cadouzan. David, pieds et mains liés, va rester vingt heures de suite dans une cave. Guyon et Le Pocreau, par contre, sont immédiatement interrogés. Comme ils refusent de parler, ils sont soumis à la torture; renversés la tête en bas entre deux petites tables, ils reçoivent des coups de nerf de boeuf qui ne leur arrachent que des cris de douleur.

    Mais les Allemands possèdent une liste de suspects. Au cours de la nuit , ils arrêtent sept autres patriotes : à Saint-Dolay, Auguste Mahé, Alexandre Grayo et Joseph Guihard ; à Saint-Cry en Nivillac : Jean-Baptiste Desbois, boucher, et Maurice Jugan, mécanicien ; à La Roche-Bernard : Jean Bodiguel, boucher et à Férel : Paul Le Gall , instituteur privé. Tous sont emmenés le 22 au séminaire de Guérande où les interrogatoires et les tortures les mettent à rude épreuve. « Pierrot » dit à David : « Depuis quand êtes-vous chef de groupe? Il y a 24 h 00 nous ne savions rien de vous, maintenant nous savons ». Ne répondant pas , David reçoit sur le front un coup de nerf de boeuf qui le met K.O. Ses compagnons connaissent le même traitement, sauf Guihard et Jugan qui n'appartiennent pas au groupe. Le 23, les Allemands, guidés par Paul Le Gall, vont à Kerlieu s'emparer du matériel parachuté et découvrent le téléphone, ce qui aggrave singulièrement le cas des accusés. Le 24 novembre, dans l'après-midi, tous sont emmenés à la prison de Saint-Nazaire où on les met en cellule deux par deux. L'instruction de leur procès est rondement menée et les voici, nantis d'un avocat allemand, qui comparaissent le 8 décembre 1944 devant le tribunal de guerre. Après un simulacre d'audience, un quart d'heure suffit à leurs « juges » pour condamner à mort les huit membres du groupe.

    Dans la nuit, leurs gardiens viennent trois fois regarder au judas si l'un d'eux essaie de se sauver ou , peut-être, de se tuer. Au matin , David et Bodiguel se confient qu'ils ont fait voeux d'un voyage à pied à Sainte-Anne-d'Auray.

    Le 8 décembre, donc le jour même de leur condamnation, Jean-Baptiste Bodiguel a réussi à lancer un papier par la fenêtre de sa cellule alors que des maçons travaillaient à réparer les dégâts causés à la prison par un bombardement. Un maçon a recueilli le papier et son chef d'équipe l'a envoyé prévenir les familles. La représentante de la Croix-Rouge à La Roche-Bernard, Mme Boissière, a aidé celles-ci à
    voir le sous-préfet qui résidait à La Baule mais était en déplacement ; contacté en fin à 22 h 00 à Saint-Gildas-des-Bois, le sous-préfet se met au ssitôt en relation avec le général Jungk et le prie de surseoir à l'exécution des condamnés en attendant une communication importante. Les autorités américaines prévenues menacent le lendemain de fusiller dix officiers supérieurs pour chaque supplicié quand viendra
    l'heure de la reddition. Le 16 décembre, le général Jungk commue, pour les huit condamnés, la peine de mort en dix ans de forteresse. Les Allemands les libérèrent après l'entrée en vigueur de l'armistice , le 9 mai 1945.

    Au moment même où était anéanti le groupe centré à Saint-Dolay, un autre commençait à l'autre bout du canton une carrière des plus fécondes. Albert Chotard, débitant à Pénestin, prisonnier libéré en février 1943 dans le cadre de la relève, avait pris contact avec l'équipe de Le Diagon mais en restant sur ses gardes parce qu'il trouvait qu'on s'y montrait insuffisamment discret. Avec deux amis, Pierre Perraud,
    de Tréhiguier en Pénestin, qui est unijambiste, Jean Panhéleux, de Camoël, et une jeune cousine de Mme Chotard, Eulalie Noblet (« Lili ») qui habite avec ses parents dans leur ferme des Métairies en Nivillac , il constitue une équipe décidée à agir.

    Par les ouvriers de l'Organisation Todt qu'il avait interrogés pendant les travaux, Chotard connaissait dans tous leurs détails les ouvrages allemands de la région. Il en établit un plan, depuis la côte jusqu'à La Roche-Bernard, afin de le porter en zone libérée. Dans la nuit du 20 au 21 novembre 1944, Panhéleux et lui partent sous l'église de Pénestin ; deux marins de Tréhiguier, Herlé Cren et Francis Guillouzic leur font passer la Vilaine . Après une traversée de trois kilomètres, sans histoire, ils abordent le rivage de Billiers et vont réveiller le cultivateur de La Bergerie, qui ne s'attendait pas à pareille visite , pour qu'il aille chercher le bateau, ce qui est fait sans retard. Il les conduit ensuite à Coëtsurho en Muzillac où des F. F.I.
    doivent monter la garde. On y dort ferme et le chef de poste, en se réveillant, se montre fort embarrassé ! On les emmène d'abord à Prières où Chotard lâche un pigeon pour faire savoir à Pénestin que tout va bien ; il remet ensuite son plan au commandant des F.F.I. du secteur puis, à Vannes, on présente les quatre hommes à Lessoile, officier de renseignement du 1er bataillon des F.F .I. Celui-ci les informe de l'existence à La Baule du réseau « Berry » que dirige l'instituteur Henri Mahé, qui a déjà « fait du renseignement en 1943 et jusqu'en 1944, pour « Jade-Fitzroy ». Cren , qui a servi dans la marine de guerre, s'engage immédiatement ; les trois autres rentrent chez eux la nuit suivante.

    « Lili » établit le contact avec Mahé puis Chotard, Panhéleux, Perraud et la jeune fille le rencontrent dans les bois de Monchoix, à un kilomètre d'Assérac. Là, chacun se voit assigner sa tâche. A partir de ce moment, Chotard et Perraud recueillent les renseignements sur les positions, l'armement et l'activité des troupes allemandes de Saint-Dolay à l'estuaire de la Vilaine ; ils remettent leurs rapports à Panhéleux qui passe la Vilaine en canoë, habituellement entre la Grée en Camoël et Broël en Arzal , pour les porter à l'état-major français. De son côté , « Lili », à peu près deux fois par semaine, se rend à La Baule à bicyclette pour en remettre le double à Mahé.

    Un jour, Chotard va chercher à Vannes un poste émetteur. De retour, il le dépose à Camoël au moulin d'Ambroise Panhéleux d'où le frère de celui-ci, Jean, le porte à La Baule, la nuit même, à bicyclette. Désormais quand on doit passer, Mahé, grâce à l'émetteur, prévient le service français de renseignement et un bateau qui appartient à la propriétaire du château de Broël traverse la Vilaine pour venir chercher l'émissaire du groupe. Pour l'atteindre, celui-ci doit parfois entrer dans l'eau jusqu'au ventre!.
    Le 30 janvier 1945, le bateau de Broël n'étant pas venu , Chotard s'arrange avec Yvonnick Tara, commissaire-priseur de Brest qui s'est trouvé bloqué dans la poche, pour prendre une plate sur la plage de Pourbrantais. Un cultivateur, Joseph Gilbert, transporte le bateau dans une charrette à boeufs, sous des roseaux, et le dépose sous sa ferme du Lienne d'où cinq hommes le transportent à bras jusqu'à la
    rivière. Il est 21 h 00 et le brouillard est si dense qu'il faut attendre 5 h 00 du matin pour partir. Perraud, qui conduit la plate, réussit alors à transporter Panhéleux sur la rive droite sans trop de mal mais au retour, tandis que Panhéleux fait route vers Vannes, il se perd dans le brouillard , ne peut voir Chotard qui l'attend sous le Lienne pour lui désigner le terrain d'accostage et touche terre à cinquante mètres d'un poste allemand placé sur la route de Tréhiguier. Il s'aperçoit qu'il se trouve près de la ferme du Branzais, s'écarte et longe le rivage jusqu'à ce que les coups de sifflet de Chotard qui s'impatiente le guident jusqu'à son lieu d'accostage. Le cultivateur du Lienne a tout juste le temps de venir avant le jour pour reprendre la plate et la camoufler chez lui sous des roseaux. Panhéleux reviendra le lendemain par le canoë de Broël.

    D'autres passages s'effectuent pendant toute la durée de la poche, surtout à Cran ou du côté de Théhillac soit pour communiquer des renseignements soit pour échapper aux Allemands et l'on est surpris que ceux-ci ne réagissent pas à ces allées et venues incessantes qui pour être clandestines ne sont pas indécelables. Sans doute sont-ils trop peu nombreux pour surveiller efficacement un front si long.

     

     

     

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    2ème section, 7ème compagnie, 2ème Bataillon du 41ème R.I.

     

    Béganne - Sur le Front de la Vilaine

     

    Béganne - Sur le Front de la Vilaine

     

     

     


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  • Roger. Né le 16 décembre 1923. Il s'engage dans la Résistance en juin 1944, à la 1ère compagnie du 1er bataillon du Morbihan. Il fera par la suite une carrière militaire qui le conduira en Allemagne, en Indochine et en Algérie.

    Ami entends-tu n°117 - 118 - 119 année 2001

     Résistant de la première heure, président du Comité de Vannes de l'A.N.A.C.R. , vice-président départemental, profondément attaché aux valeurs de la Résistance, notre ami Roger Le Boulicaut nous a quitté. Son souvenir restera gravé dans nos mémoires.
    Quelques mois avant sa disparition, Roger avait transmis à la rédaction de notre revue le récit très précis des actions périlleuses accomplies alors qu'il combattait à la tête de sa section sur le front de la poche de Saint-Nazaire:
    Missions secrètes très utiles...
    Par devoir de mémoire, nous publions, à partir de ce numéro, le récit du Sergent Roger Le Boulicaut du 41ème régiment d'infanterie, 3ème bataillon.

    Première mission

    Ceci n 'est pas écrit pour tirer gloire des faits mais pour établir la vérité, raconter ce que je sais. En lisant le livre "Le Morbihan en guerre" que Roger Leroux a écrit suivant des témoignages plus ou moins exacts, et enjolivés on pourrait penser que le front de la Vilaine était une véritable passoire que chacun pouvait franchir à sa guise.

    J'étais à l'époque de ce front, sergent, chef de groupe et j'ai occupé à peu près tous les postes depuis Cromenach en Damgan jusqu'à Arzal en face de l'actuelle usine d'épuration des eaux de la Vilaine. Le poste que j'ai occupé le plus longtemps a été celui de Broël en octobre 1944 jusqu'au 15 ou 20 janvier 1945. Pendant cette période à cet endroit il n'est passé que le camarade Marcel Gouret de Pénestin qui a fait un aller et retour de quelques jours. Il était à la 10 ème Cie du 41 ème R.I. ex 1 ère Cie du 1er Bataillon F.F. I. du Morbihan.

    Ma compagnie qui stationnait au manoir de Broël était la 9me Cie, ex-Cie de commandement du 1 er bataillon , capitaine Le Frapper. Mon poste était à environ 1 km en avant, directement au bord de la Vilaine dans un pavillon de chasse , assez confortable, avec cheminée, et le bois ne manquait pas.

    En arrivant sur le bord de la Vilaine, je m'étais vanté auprès de qui voulait l'entendre que je connaissais bien l'autre côté de la rivière et que s'il fallait quelqu'un pour traverser j'étais volontaire. C'était faux car je ne connaissais que la Roche Bernard, la route de Nantes et celle de Saint-Nazaire par la Brière, c'est-à-dire par Herbignac, La Chapelle des Marais et Saint Joachim. A Pénestin , Camoël, Férel, Asserac, je
    n'avais jamais mis les pieds . . .

    Par contre, j'avais un point de chute en Brière , 2 km plus loin que Saint Joachim. La famille de ma future épouse y était réfugiée de Saint Nazaire dans une petite maisonnette inconfortable ou plutôt la dépendance d'une maison qui était une sorte de cabanon buanderie. Saint-Nazaire était rasé et il fallait bien faire avec ce que l'on trouvait. Toute la famille était donc enfermée dans cette poche de Saint-Nazaire avec les 20 000 allemands et environ 100 000 civils dont plus de 20 000 se trouvaient au sud de la Loire qui était un peu une poche dans la poche.

    Un vendredi de décembre, le 15, mais je ne suis pas absolument certain de cette date, on me fit savoir que je devais me rendre au P.C. du bataillon qui se trouvait à Muzillac et le lendemain me voilà donc
    parti avec le camion de ravitaillement. Je ne savais pas ce que l'on me voulait.

    En débarquant du véhicule je tombe face au commandant Le Vigouroux qui d'emblée me dit froidement : Alors, c 'est vous qui passez de l' autre côté? Je ne pouvais plus reculer !!... et il me dit :
    " Voyez le lieutenant Roy qui va vous expliquer de quoi il retourne..."

    Celui-ci que je connaissais bien, depuis la libération de Vannes, avait les fonctions d'officier de renseignement du bataillon. Il m'explique donc qu'il fallait passer la Vilaine pour entrer en liaison avec un certain monsieur Mahé, instituteur à la Baule ; le jeudi suivant à l'adresse de mon choix. Le jeudi, car c'était le jour à cette époque où il y avait congé scolaire hebdomadaire.

    Il me fallait passer la Vilaine le dimanche soir et nous étions le samedi matin. Il me fallait récupérer mes vêtements civils car je n'allais pas traverser en sergent. Il me fallait emprunter un vélo pour aller jusque chez moi à Sarzeau à 25 km. Le lendemain, j'étais de retour avec mes vêtements civils, prêt pour le soir au P.C. de la compagnie. Nous attendions le lieutenant Roy avec les documents et aussi l'heure de la marée haute pour éviter de m'enliser jusqu'au ventre dans la vase des rives . Le capitaine a soif, aussi il ordonne au sous-officier d'ordinaire : Diberder, allez donc me chercher une bonne bouteille de vin pour donner du courage à ce garçon qui va franchir la Vilaine pour passer chez l'ennemi ! Pour peu il ne me restait pas une goutte.

    Vers 18 h 30 le lieutenant arrive avec les documents. Je ne les ai pas vus, ils étaient enfermés dans une pompe à insecticide qui s'appelait je crois "Flytox " , mais l'on n'en voit plus depuis longtemps. Si je suis
    pris, je dois faire mon possible pour faire disparaître le tout ! Comment ? Ce n' est pas très discret comme cachette, mais je n'ai plus beaucoup de temps pour trouver un autre moyen. Et de toute façon il n'est pas facile sur un homme de cacher des documents, aussi insignifiants soient-ils...

    Nous voilà donc partis pour la Vilaine à 1 km. Je suis bien escorté! Nous sommes bien 7 ou 8. Le moins rassuré est certainement mon frère Raymond de 5 ans mon aîné qui commande la section et a pris le
    commandement de mon poste en mon absence. Je suis confiant ! Depuis longtemps j'ai repéré l'autre rive et l'itinéraire que je vais emprunter. Le canot pneumatique à 2 places qu'a déjà emprunté une fois Marcel Gouret il y a déjà un certain temps, est là.

    La marée est haute et l'eau au ras des herbes. Pour avoir les pieds bien au sec plus tard je me déchausse et me voilà pieds nus dans la neige. Ce n' est pas agréable et c'est même très froid. Il doit faire moins
    5 ou 6 degré. Pas de cinéma ! Je saute dans ma barque qui flotte sur un petit étier et en route pour la rive ennemie...!l devrait, je pense , faire clair de lune mais le temps est couvert, donc idéal. Assez clair pour me
    guider et depuis que j'observe cette rive je la connais bien. Pas de lumière bien sûr , pas un bruit sauf celui du clapot. Marin rameur, il ne me faut que quelques minutes pour traverser. A cet endroit, l'estuaire ne doit pas faire plus de 150 mètres de large.

    Assis sur le côté de ma barque , je commence par me laver un peu les pieds, mais il n'y a pas trop de dégâts. Quel bonheur aussi d'avoir les pieds bien au chaud après ces 10 minutes ou peut être 15 dans dans ce froid. Je n'ai pas les pieds gelés !

    Bien vite je m'écarte de la rive en portant mon canot pour éviter de laisser des traces dans la neige. De toute façon, l'endroit ou j'étais était dégagé, en vue de mon poste, et dans la journée ne peut s'y aventurer. La nuit on ne verrai pas mes traces ! J'ai repéré un buisson à environ 50 mètres et je m'y dirige pour y cacher mon canot et mes rames. Il me faut dégonfler cet engin à deux compartiments et ce faisant, il me semble qu'il fait autant de bruit qu'un veau qui beuglerait et je pense que je vais réveiller l'estuaire tout entier. Pourtant rien n'a bougé et je cache le tout dans le buisson. Me voilà donc libre en territoire ennemi. Je n'est plus que mon Flytox comme arme. Attention les mouches !!! Sur moi j'ai un semblant d'attestation qui dit que je me suis présenté à la gendarmerie pour déclarer la perte de mes papiers et que je me nomme Marchand Jean. Le cachet de la gendarmerie de Muzillac a été tourné  en l'apposant de façon qu'on ne puisse pas lire le nom. Comme faux papiers, vraiment la fin du fin, merci lieutenant Roy ! Je me dirige maintenant vers la ferme du Lestin que je vois depuis trois mois depuis mon poste, en faisant toutefois attention aux coins des haies propices aux guets. Rien ne bouge et à la ferme brûle une petite lumière. Autant que je me souvienne, j'étais plus ou moins attendu. je frappe, on m'ouvre et toute la famille du fermier est là. je pense qu'il n'est donc pas beaucoup plus de 20 h 00. Je n'ai pas perdu de temps . . .  

    Tout en buvant un coup de cidre comme il se doit, je demande des renseignements sur les Allemands du coin de leurs emplacements. Camoël qui est à 1 km est occupé dans une partie ouest, mais Assérac ou je dois me rendre pour mon premier rendez-vous n'est pas occupé.

    Je leur parle bien sûr de la situation générale, car ils sont sans nouvelles récentes. Après environ 1 h 00, je demande un coin pour passer la nuit et avec une couverture je monte au grenier à foin. J'ai demandé au fermier de me réveiller avant 7 h 00 mais il n'a pas cette peine car le froid s'est chargé de le faire. Un coup de café ersatz et deux tartines de pain beurre, et me voilà  parti pour Assérac en contournant camoël par l'est. En arrivant aux premières maisons du village, j'avise un paysan qui s'affaire à sa meule de paille. Il est tout surpris, je lui ai fait peur je crois. Je lui demande de me conduire au plus vite à la route d'Assérac, et en route il me raconte sa guerre 14 - 18. J'ai gagné un temps précieux avec cet homme et j'ai évité le risque de m'égarer. Pour Assérac, la route est libre et directe. A l'époque, il n'y a que celle-ci.

    A 9h30, je suis à Assérac et je me présente à l'épicerie bazar du village tenue par une dame seule qui à l'air de se méfier de moi. Je lui demande à voir Mr le Maire Crusson et elle me dit qu'il arrivera vers 10h00. Il habite à deux ou trois km, aussi je lui demande de me prêter son vélo, mais elle n'y tient pas, aussi je lui laisse une caution suffisante et j'enfourche le vélo. Je n'ai pas fait un km que je rencontre Monsieur Crusson dont la dame m'a donné le signalement. Il est lui aussi en vélo et je lui fait signe de s'arrêter. Je me présente en lui remettant  mon Flytox qu'il enfourne dans son sac. M'en voilà débarrassé !! Il me certifie que le colis arrivera avant le soir chez Mr Mahé à La Baule avec l'adresse que je lui remets pour le rendez-vous que je fixe le jeudi après midi à la Guillardais en Saint-Joachim.

    Nous redescendons vers le village et Mr Crusson me dit qu'il a rendez-vous avec l'officier Allemand qui s'occupe du ravitaillement des troupes de la région. C'est tout à fait normal, puisqu'il est le maire. Je n'ai pas à m'inquiéter !! Cet officier arrive et je n'ai pas vu d'Allemands en liberté depuis la prise de Vannes. Il me serre la main, comme à Mr Crusson et nous nous attablons au café pour boire un coup de muscadet. Le café sert un peu de P.C au maire et je pense qu'il y passe autant de temps qu'à la mairie. Il est vrai que c'est mieux chauffé.

    Après le départ de l'officier, nous allons tout de même à la mairie, et monsieur Crusson me dit qu'il lui a demandé qui j'étais. Il a répondu que je cherchais des bestiaux à acheter. Je devais avoir une drôle d'allure de marchand de vaches . . .

    A la mairie, dans une salle ou étaient confectionnés les colis pour les prisonniers de guerre en Allemagne, il y avait un stick de biscuits de guerre, et monsieur Crusson voyant que cela  m'intéresse me dit de me servir  pour la route et je ne m'en prive pas. Les poches pleines, je reprend la route pour Herbignac, il doit être près de 11 h 00.

    Toujours à pieds, je ne tiens pas à m'attarder, car j'ai encore des km à faire avant le soir. Je suis léger, sans bagages et vers midi, je suis à Herbignac à 6 km 500. Personnes sur les routes, et pour cause, il fait si froid que les gens restent chez chez eux, civils et militaires. A peine quitté Herbignac, une voiture allemande me double. Les passagers me regardent, mais la voiture ne s'arrête pas. Pourtant j'aurais bien fait quelques km en voiture, à condition qu'on me demande pas mes papiers.

    Vers 13 h 30 je suis à la Chapelle des Marais 6 km. Il m'en reste une bonne dizaine avant d'arriver à saint-Joachim. Et toujours personne sur la route ! même dans les villages et les hameaux que je traverse, j'ai l'impression que tout est déserté. Tout en marchant, je  grignote mes biscuits et je réfléchis . . . Si en arrivant à La Guillardais je ne trouve personne, que ferais-je ? car je suis sans nouvelles depuis presque cinq mois et ils pourraient avoir déménagés. Il est justement question d'évacuer les inutiles de la poche vers la France libérée. Sur place, j'aviserai. je suis toutefois assez optimiste. Je pense aussi que maintenant, vue la situation, tout le monde doit faire plus ou moins la résistance.

    Vers 15 h 30 ou 16 h 00 je suis arrivé à Saint-Joachim. Village étiré sur près de deux km et seules trois ou quatre personnes dans la rue. Il fait si froid et il y a encore plus de neige que vers la Vilaine. Heureusement ça ne glisse pas.

    Je suis arrivé. Il doit être 16 h 00. Je frappe à la porte de la maison, disons plutôt la cabane. On m'ouvre et tout le monde est là, surpris bien sûr car inattendu !!

    Depuis mon départ de Camoël le matin, j'ai du faire 30 à 35 km et ce n'est pas fini. Dans cette maisonnette, je ne veux pas m'imposer, car il n'y a que deux lits. Le père, la mère et les deux filles dont celle que j'ai choisie.

    Me voilà donc reparti avec elle pour demander une chambre ou j'ai déjà couché quelque fois. La dame dont je cite pas le nom, accepte de céder une chambre, mais me signal que le couvre feu est à 19 h 30.

    Nous repartons et voilà qu'à peine sorti, nous croisons une charrette allemande avec le conducteur et un autre soldat qui le suit à pied. C'est un Géorgien. Je l'ai reconnu !! Il était dans mon village jusqu'à leur retraite en août. Je l'ai vu le premier, aussi je ne perds pas le nord et fais comme si je ne l'avais pas remarqué. Lui aussi a du me reconnaître car il s'est arrêté pour nous regarder, se demandant peut-être ou il m'avait vu. Nous continuons et rentrons à la maison car la nuit tombe.

    Voilà une situation inattendue, et si celui là était chez moi, il doit y en avoir d'autres qui me reconnaissent.

    De toute façon, je n'avais pas l'intention de sortir au risque d'être contrôlé et de plus il fait si froid que je n'ai rien à faire dehors. Je n'ai plus qu'à attendre mon contact avec Mr Mahé pour le jeudi et j'ai prévu de rentrer le vendredi soir.

    Le soir après la soupe, je n'ai plus envie de sortir, d'abord de peur de tomber avec une patrouille, ensuite parce qu'il fait encore plus froid et que suis très fatigué. J'ai du faire plus de 35 km depuis la Vilaine et je n'ai mangé que des biscuits. Je demande donc à rester dormir à la ferme. Me voilà casé pour quatre jours tranquille, sans sortir.

    Une bouche de plus à nourrir alors c'est déjà restreint; une soupe et légumes, pommes de terre et rutabagas, très peu de pain. Merci à ceux qui m'ont hébergé.

    Le jeudi en début d'après midi, arrive enfin Monsieur Mahé en vélo depuis La Baule qui se trouve à plus de 20 km. Nous faisons connaissance et il me remet ce que j'ai à ramener  à l'état major. Ce n'est pas un Flytox mais un gros tube de pharmacie que l'on peut mettre aisément dans une poche. Nous discutons un moment et il me donne quelques renseignements complémentaires verbaux. Je lui fais part de mon départ le lendemain vers 10 h 00 pour passer la Vilaine comme prévu le vendredi dans la soirée. Je pense qu'il me faut environ 6 h 00 de marche pour faire mes 30 km sans me presser. Quel avantage si j'avais un vélo !! Et que de fatigue en moins.

    Le lendemain 10 h 00, je suis au bourg de saint-Joachim. J'ai à peine fait quelques centaines de mètres, que je remarque un homme en vélo. Il a une drôle d'allure, un vélo un peu rustique comme ceux des allemands. Il doit porter des bottes, mais le pantalon les cache alors qu'il fait plutôt un temps à le rentrer. Il y a pas de neige car il a du neiger encore lundi. J'ai l'impression d'être épié; l'homme me double et avant la sortie du bourg il me redouble encore. Il s'était donc arrêté quelque part. Je le revois encore deux fois sur la route vers Camerun et Camer. Ou il m'épie, ou il m'escorte !! Peut-être envoyé par Mahé pour me protéger ? Si c'était un Allemand, je pense que j'aurais été interpellé. A midi, je suis à La Chapelle des Marais et j'entre dans un café pour boire un coupe de blanc et je demande à la dame qui est seule si je pourrais avoir à manger. Elle ne dit rien, mais me sert une bonne soupe et deux oeufs sur le plat. Après cette pause, je reprend la route vers Herbignac. Je n'ai plus revu mon escorteur !! Est-ce une idée ou une coincidence ? Personne sur la route, ni voiture, ni piéton, ni vélo. Il fait moins froid et la neige commence à fondre. Ce n'est pas plus mal pour marcher.

    Vers 14 h 30, je suis à Herbignac aussi désert qu'à l'aller le lundi. Je suis en avance sur mon horaire et je ne m'attarde pas. Je ne vois pas d'Allemands et pourtant il y en à, mais à l'abri. En route pour férel à 6 km , il est inutile d'arriver trop tôt.

    Vers 16 h 00 je traverse férel sans encombre et mets le cap sur Camoël. Il me reste encore 5 à 6 km jusqu'au canot sur les bord de la Vilaine. C'est certainement la route la plus dangereuse, car elle longe la Vilaine. Le pays est boisé de pins, et j'aperçois des ombres près d'un feu, sans doute une roulante. Je sais que l'artillerie est dans le secteur. Je redouble d'attention et arrive aux abords du village de camoël.

    Aux premières maisons, je bifurque à droite et descends vers mon canot. Là je fais très attention, les derniers 100 ou 200 mètres sont très dangereux, car en cinq jours, on pu trouver mon embarcation et m'attendre. Mon canot est encore et avec la pompe à pied il est vite gonflé. Je traverse la Vilaine rapidement, et personne ne semble m'avoir vu. Pourtant ils savaient que je revenais ce soir. J'arrive au P.C je pense vers 19 h 00 escorté de mon frère tout heureux de me revoir.

    je viens de passer cinq jours dans les lignes ennemies sans alertes sérieuses, et je pense que mon meilleurs allié a été le froid, car je n'ai pas vu dix Allemands sur mon parcours et pas beaucoup plus de civils. J'ai du parcourir 70 km en deux jours de marches, j'ai respecté l'horaire que je m'étais fixé.

    Le commandant Le Vigouroux est au P.C de la compagnie avec le lieutenant Roy et celui-ci veut tout de suite ouvrir le tube de documents et se fait rabrouer par le commandant. J'ai tout juste le temps de voir qu'il doit s'agir des défenses de La Baule, du Croisic et de Saint-Nazaire. Le tout sur du papier calque très fin et si bien plié qu'il n'arrive plus à le remettre en place.

    Mission accomplie. Pourtant le lundi matin en déjeunant en face de la ferme, j'ai promis à la fermière de lui ramener avant les fêtes, du café, du sucre et du chocolat. Le dimanche soir suivant, en uniforme et en arme avec un de mes hommes, Marcel Mahé, en un aller et retour de deux heures environ je tiens ma promesse . . .

     

     

     

     

     

     

     


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  • Début août, Muzillac et la rive droite de la Vilaine sont évacués par les Allemands, grâce aux Américains. La rive gauche fait partie de la poche de St Nazaire jusqu’en mai 1945. 

    Les forces allemandes déclenchent, le 14 septembre 1944, une attaque sur le front de Vilaine. Deux groupes de combat totalisant environ 300 hommes traversent l’estuaire. Ils alignent leurs canots pneumatiques pour créer une passerelle et débarquent vers 18H au Moustoir en face de Tréhiguier.

    Les soldats FFI, qui devaient surveiller la Vilaine, étaient occupés à faire les battages à Bourgerel, et plus précisé- ment à manger, après les travaux, dans la ferme TABARD. Des bœufs sont attelés sur la batteuse pour la déplacer dans la ferme JEGO. À l’annonce du débarquement, c’est la débandade. Toutes les familles évacuent les villages d’Arzal, Billiers, Muzillac proches de la Vilaine, en laissant les vaches dans les prés ou les marais. Malgré les balles qui sifflent, quelques personnes restent et se cachent.

    Ce débarquement est soutenu par un barrage d’artillerie, qui pilonne notamment les villages de Billiers et de Muzillac. La 1re compagnie du capitaine GOUGAUD (1er Bataillon F.F.I. du Morbihan) loge à l’abbaye de Prières. À l’annonce de l’attaque, ils se déplacent en camion vers les bords de Vilaine. À Kerantré, le lieutenant Fromentin est abattu et les FFI, mal armés, reculent vers Muzillac. Des soldats français (compagnie LHERMIER) sont envoyés de Vannes en renfort, ainsi que des Américains avec jeeps et automitrailleuses. Les détachements allemands ne progressent que de 4 à 5 kilomètres vers Muzillac, qui est évacué de ses habitants par précaution. Les Allemands sont bloqués au niveau du Rohec. Ils incendient un tas de paille à Kerantré et brûlent les corps de deux d’entre eux, avant de se retirer, de l’autre côté de la Vilaine, pendant la nuit en fin de soirée.

    Après une nuit passée chez des amis, ou de la famille, jusqu’à 10 personnes par pièce, les évacués regagnent leurs fermes. Ils ne constatent aucun vol dans les habitations, ni pertes humaines. Cette évacuation restera marquée dans les mémoires.

    Personne ne connaîtra la raison de cette attaque, ni le nombre exact des pertes allemandes.

     


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  • Texte issu du journal de la résistance bretonne n°99 de 1996

    Nous voici à Marzan !!! cette commune dont le nom est venu s'ajouter à la longue liste des communes martyrs de France et du Morbihan, avec ses 15 victimes innocentes de la guerre.

    Voici un peu plus de 52 ans, en ces lieux, était stabilisé le Front de la Vilaine. Sur la rive gauche, environ 25000 soldats de l'armée allemande, bien armés, aguerris et déterminés à nous créer le plus de soucis possible, pour nous immobiliser ici et empêcher  l'utilisation des ports et les approvisionnements des armes alliées. La même tactique était appliquée à Royan, La Rochelle, Lorient et Dunkerque.

    En faisant sauter le pont de la roche Bernard le 15 août 1944, la route de Saint-Nazaire nous était barrée sur 60 km, de Billiers à Redon.

    Bien entendu, sur le Canal de Nantes à Brest et au sud de la Loire, la même chose était faite par les allemands, enfermant avec eux plus de 100 000 Français qui eurent encore à souffrir de privations et de manque de liberté pendant 9 longs mois de plus que nous. Pourtant, à cette troupe confinée dans son réduit, il lui manquait une chose primordiale: L'ESPOIR. Il avait changé de camp.

    La veille, nous étions les soldats de l'ombre, ne nous déplaçant que la nuit en nous cachant pour ne pas être surpris pas cet ennemi implacable, qui toujours, nous recherchait et nous pourchassait. Nous étions à peut près bien armé en armes légères qui nous avaient été parachutées ou que nous avions prises à l'ennemi dans des embuscades que nous lui tendions, quelque fois victorieuses, mais souvent, hélas, meurtrières. Il fallait pourtant harceler cet ennemi redoutable. C'était l'un des principaux objectifs des maquis. Faire en sorte qu'en aucun lieu, à aucun moment, l'ennemi se sente en sécurité ! Je pense sincèrement que cet objectif fut atteint et que nombre d'unités allemandes ne purent rejoindre le Front de Normandie où elles auraient pu faire changer le cours de la bataille. Une citation Américaine à toute les unités F.F.I du département du Morbihan, atteste que nous avons rempli notre contrat.

    Nous étions enfin face à l'ennemi, au grand jour. Seule, la Vilaine, dans sa neutralité, nous séparait, elle nous protégeait contre un retour de l'ennemi, mais il fallait ouvrir l'oeil. A plusieurs reprises, il franchit le Vilaine. D'abord le 23 août à Billiers, alors que nous n'étions la que depuis deux ou trois jours, nous eûmes 2 morts et 7 blessés. Il était revenu à la pointe de Penlan pour reprendre les munitions qu'il avait laissées dans sa précipitation quelques jours auparavant ( un prisonnier que nous avions fait nous le confirma lors de son interrogatoire ). La douzaine d'hommes débarqués la nuit repartit la nuit suivante sans rien pouvoir emporter. Au retour à Pénestin, ils n'étaient pas au complet. L'un d'eux se noya en voulant rejoindre à la nage, et peut-être d'autres . . .!!!

    Puis ce fut l'attaque du 24 septembre au Moustoir en face de Tréhiguer. Cette fois, l'ennemi était en force et il fit même donner l'artillerie qui tira jusqu'à Muzillac. La 1ère Compagnie du 1er Bataillon F.F.I perdit 6 hommes et eut de nombreux blessés. Avec des renforts arrivés de Vannes en toute hâte, l'ennemi fut repoussé, emportant avec lui une partie de ses morts et blessés. Il brûla aussi des morts dans une meule de paille à Bourgerelle. On nous l'a confirmé. Qu'étaient-il venus faire la ? Peut-être essayer de se ravitailler ? Peut-être tâter nos forces et poursuivre sur Vannes ? Nous ne l'avons jamais su. Toujours est-il qu'il fut contraint de se replier avec des pertes plus importantes que les nôtres.

    Il y eut une autre tentative à Noël 1944 à Vieille Roche en Arzal. Là, nous fûmes prévenus à temps par Jean Panneleux résistant de camoël, qui vint  jusqu'au bord de la Vilaine, au péril de sa vie, en face de mon poste, nous avertir que les Allemands amenaient des barques à Vieille Roche pour une traversée.

    La 1ère Compagnie devenue 10ème compagnie du 3ème Bataillon du 41ème R.I fut avertie et se prépara à recevoir les visiteurs. Les armes automatiques furent tellement bien huilées qu'au moment d'ouvrir le feu, elles étaient gelées. le temps de les dégeler, le plus naturellement du monde, heureusement, les armes individuelles purent ouvrir le feu. Dans la nuit, il y eut des cris, et ce ne furent pas des cris de joie. Il y eu certainement des morts et des blessés et les barques firent demi-tour.

    Du côté de Rieux, il y eut aussi quelques tentatives sur la rive droite. Au Pont d'Aucfer, nous déplorons un mort dans les rangs du 9ème bataillon.

    Devant le pont détruit de la Roche Bernard, deux hommes de la 11ème Compagnie du 3ème Bataillon du 41ème R.I sautèrent sur une mine.

    Le jour de cessation des hostilités, un homme de cette même compagnie ne pensant déjà plus à la guerre, reçut une balle en plein front. Ce fut peut-être, le dernier mort de la guerre et certainement le dernier du front de la Vilaine.

     

     

     

     

     


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  • En juin 1944, après les violents combats de SAINT-MARCEL, les Résistants et les parachutistes de la France Libre ont pris le maquis. Début août les forces blindées américaines du général WOOD libèrent RENNES puis VANNES mais ne s’engagent pas fermement vers LORIENT et NANTES.

    Les Allemands en profitent pour replier leurs forces sur deux points stratégiques LORIENT et SAINT NAZAIRE.

    Les forces américaines reprennent leur progression et libèrent NANTES le 12 août. Les troupes allemandes retraitent vers SAINT NAZAIRE.

    Le 17 août Hitler ordonne à toutes ses troupes situées à l’ouest de la Loire de se replier vers l’est… Sauf les poches qui devront être défendues « jusqu’à la mort ». La poche de SaintNazaire est défendue par 30 000 soldats allemands dont 700 officiers. Les troupes françaises sont alors constituées de formations issues de la Résistance provenant soit du Morbihan, soit de Loire Inférieure et vont atteindre 16 000 hommes. Elles sont en cours de transformation en unités d’active et reprennent les appellations des régiments dissous en 1940 : 41ème Régiment d’Infanterie, 19ème régiment de Dragons, 4ème Régiment de Fusiliers marins…

    La Poche de SAINT NAZAIRE s’étend de la Vilaine au nord à PORNIC au sud sur km2 . 130 000 civils y sont prisonniers.

    Dès le 23 août les allemands tentent des actions au nord. Le 14 septembre 300 allemands traversent la vilaine et se heurtent aux hommes du 1er bataillon FFI du Morbihan. Un violent combat s’engage, tout près d’ici, au Moustoir. Au cours de l’action 6 patriotes sont tués parmi lesquels le Lieutenant Jean FROMENTIN authentique héros de la Résistance morbihannaise.

    Les forces françaises s’organisent sous le commandement du général CHOMEL. Renforcées par une division d’infanterie américaine (94ème puis 66ème DI) les forces françaises s’étoffent et mènent des combats sporadiques contre les troupes allemandes de la Poche.

    Le 7 mai les allemands capitulent à REIMS. L’amiral DOËNITZ donne l’ordre aux Poches de se rendre. La cérémonie de reddition de la Poche de SAINT NAZAIRE a lieu le 11 mai 1945 à BOUVRON (LA).

    Les soldats français du Front de la Vilaine se sont battus dans des conditions particulièrement difficiles. Très mal équipées (chaussures civiles parfois sabots, équipements allemands reteints, récupération d’étoffes civiles pour confectionner des uniformes, avec des armes hétéroclites souvent récupérées sur l’ennemi) ils étaient cantonnés dans des abris de fortune et ravitaillés par la population locale, elle-même très pauvre.

    Ils ont été occultés de la mémoire collective. Aujourd’hui nous réparons cette triste omission.


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