• 03 - Combats de 1939 au 5 juin 1940

    - Dans ce Chapitre il vous sera raconté les opérations et les combats de la 19° division d'infanterie  pendant la guerre de 1939 à 1940 issue d'un ouvrage

    " Souvenirs et Témoignages sur les Opérations et les Combats de la 19° Division "

    par R. P. Louis Bourdais, S. J. Ancien Aumônier militaire.

    Ouvrage publier en 1947 par " l'amicale des anciens 1939 - 1940 du 41° RI "

     

    A la mémoire du capitaine Raoul DORANGE qui, dans le village de Fay, à la tête de la 10° Compagniedu 41°, pour sa patrie et son Dieu, a glorieusement offert le sacrifice de sa vie et de tous nos compagnons d'armes de la 19° division, qui ont farouchement livré bataille à un ennemi haineux et cruel, et sont morts avec un grand courage.

    L'auteur, l'ami, dédie son oeuvre.

    2 - La guerre - 1939 - 1940

  • Formation de la division

    La 19° DI, division d'active, a son centre à Rennes. Elle est aux ordres du général d'Arbonneau à la mobilisation.

    Elle est constituée, jusqu'au mois de mai 1940, par:

    - le 41°RI de Rennes, Colonel De Lorme.

    - le 117° RI du mans, Colonel Chalon.

    - le 71° RI de Saint Brieuc, Colonel Astolfi.

    - le 10°RAD de Rennes, Colonel Delalande.

    - le 210° d'Artillerie lourde,de Rennes, Lt Colonel Javourey.

    - le groupe de reconnaissance divisionnaire 21, Commandant Mozat.

    - 2° Cie du 8° Génie (télégraphie et radio).

    - 2° Cie du 6° Génie.

    Pendant la campagne, la 19° DI sera pourvue de 3 aumôniers: les RR. PP. Le Maux, oblat de Marie; Le Pape, mariste, Bourdais, de la compagnie de Jésus. Le troisième était attaché au 41° RI.

    Les hommes se recrutaient spécialement dans les départements de l'Ouest, mais aussi dans la région parisienne.

    D'une manière plus précise, on peut assigner comme origine:

    - 41°: Les départements bretons

    - 117°: La région du Mans

    - 71°: Les départements strictement bretons

    - 10° et 210° RAD: la même origine

    - GRD 21 (formé à Dinan et à Limoges ) la région Bretagne et Limousin

    - 8° Génie: La région parisienne

    Les 5, 6 septembre 1939, elle part de Rennes, débarque dans la région des Ardennes, à Liart, cantonne autour de Rethel, puis au nord de cette ville jusqu'au 9 novembre 1939.

    A cette date, elle est dirigée sur la Lorraine. Elle se concentre d'abord dans la région Dieuze-Château-Salins, puis monte à Hellimer, Hundling, Roulhing, Sarreguemines, pour faire face à la Sarre, entre Sarreguemines et Sarrebruck.

    Le 24 novembre 1939, elle prend possession de ce secteur qui, tout de suite, s'anime davantage.

    La guerre commence pour la 19° DI.

    Combats d'avant-poste devant Sarrebruck

     La 19° Division va rester dans ce secteur du 24 novembre au 8 janvier 1940.

    Le séjour sera pénible, car il faudra se défendre contre les incursions hardies d'un ennemi assez entreprenant. Nos hommes connaîtront d'abord la boue, l'eau, qui remplit tout de suite les tranchées, puis le froid intense du plateau de Lorraine.

    Le dispositif est organisé en profondeur; le 41° RI monte en premier avec le GRD 21.

    Le 41° installe ses avant-postes entre Kerbach et Welferding, en passant par Sarreguemine; dans ce sous-secteur plus tranquille, protégé par la Sarre, et la Blies, le GR restera jusqu'à la fin de notre séjour et laissera à nos successeurs une ligne continue de tranchées et de boyaux.

    Le 41° a une première ligne d'avant-postes au Moulin Neuf, au bois Ermerisch, au Brandenbush, à Grossbliederstroff, Welferding, au nord de la route Grossbliederstroff-Forfach, que borde un ruisseau qui se jette dans la Sarre. Lexing,un joli village traversé par ce ruisseau, constitue le centre de commandement de ces avant-postes; une deuxième ligne est installée au sud du ruisseau entre Lexing et Roulhinh; le PC du Colonel est à Nousswiller. Il a autour de lui la Cie de commandement et la Cie de pionniers de la division, rattachée administrativement au 117°.

    Le PC de l'Infanterie divisionnaire est à Woustwiller, à 5 km de Nousswiller et Sarreguemine. 

    Le PC de la Division est à Hellimer.

    Préparation militaire et morale de la 19°DI

    La région doit être charmante en été; elle est faite de collines, parsemée de bois; des ruisseaux coulent dans les vallées; on y rencontre de nombreux étangs. Pour cette raison, on l'estimait facile à défendre; aussi n'avait-on pas construit dans cette trouée de la Sarre d'ouvrages bétonnés; ceux qui existaient étaient loin en arrière.

    Des trois régiments d'infanterie, c'est le 41° qui passera le plus de temps en première ligne: 22 jours sur 45 que durera notre séjour.

    En cette fin de novembre, la boue a tout envahi: les hommes vivent là dans la nature; il est impossible de se faire des abris enterrés, car ils sont immédiatement envahis par l'eau. Pour se mettre à l'abri des bombardements, il faudra se contenter de légers abris, en surface, faits de rondins, sans consistance. Bientôt à la pluie succéderont la neige, puis un froid de - 25°.

    Le système adopté, pour un secteur aussi étendu, est celui des postes de combat, d'une section chacun, analogues à ceux que nous avons connus en 1916 - 1918. Avec cette différence importante qu'il n'y a pas d'abris souterrains, et presque pas de tranchées pour la raison déjà indiquée: l'eau sourd de partout, même sur l'Ermerisch et le Brandenbusch. A Grossbliederstroff, sur le bord de la Sarre, on organise 4 ou 5 maisons en blockaus.

    Comme l'ennemi s'infiltre facilement entre les postes, distants de 800 mètres ou plus, les corps francs des bataillons, constitués dès l'arrivée en Lorraine, circulent beaucoup toutes les nuits, pour donner à l'ennemi l'impression qu'on est partout. Au 41°, sous les ordres du Lt Duchêne, du sous-lieutenant Bellanger et de l'Adjudant-chef Lebreton, ils se montrent très actifs. Des rencontres avec des patrouilles allemande se produisent. Le procédé adopté par le Colonel de Lorme est vraiment efficace; les coups de main allemands échoueront toujours sur le 41°, sur le 117°. Nos camarades du 71° seront moins heureux.

    Les Allemands qui sont en face de nous, sont de la région de Sarrebruck; ces frontaliers connaissent parfaitement les cheminements de notre secteur; ils sont bien installés dans le village de zingzing, et dans les carrières sous l'Ermerisch.

    Depuis que, par un recul malheureux, une division de gauche, quelques semaines auparavant, a abandonné la hauteur dominante de Spicheren, notre position avancée, sur une longueur de 10 km, est dangereusement exposée. Il faut une vigilance de tous les instants, pour n'être pas tourné et enveloppé.

    Pour coordonner les moyens de défense, le Colonel De Lorme établot au centre, à Lexing, un chef excellent, le Capitaine Thouron.

    Dès que le 41° arrive, le secteur devient agité; parfois même beaucoup. Les bombardements ne sont pas rares, de jour et de nuit. Les Allemands tentent des coups de mains. Il y a, bien entendu, des morts et des blessés.

    Le 117° remplacera le 41° sur ses positions.

    le 71° RI eu moins de chance: un jeune sous lieutenant, de Goësbriand, s'acquit une réputation méritée de très bon et courageux officier; il y gagna dans une circonstance difficile, au bois Ermerisch, une citation à l'ordre d l'armée. Car ce jour là, Goësbriand sauva la situation. Une autre fois, à 8h00 du matin, une section qui se gardait mal fut faite prisonnière, et il y eut des tués. L'ennemi s'était avancé à la faveur d'un brouillard artificiel; plus tard, devant Péronne, le 41° s'emparera de pots de fumigènes dont étaient munis les Allemands.

    A l'égard du 71°, l'ennemi usa de stratagèmes qui n'eurent pas d'effet, pour essayer d'atteindre son moral. Au moyen de disques, il faisait entendre des chansons bretonnes, la Paimpolaise, par exemple. Une autre nuit, il installa une statue phosphorescente de Notre-dame de Lourdes, pour faire penser à une apparition; il recommença la nuit suivante, mais une patrouille alla rendre des comptes et rapporta la statue. Les Allemands avaient tout prévu, et usaient de tous les procédés.

    Le séjour du 71° fut abrégé; il descendit le 27 décembre avec plus de morts et de blessés que les autres régiments. Plusieurs avaient été victimes de la maladresse ou du mamque de sang-froid de leurs camarades. Il est vrai que ces postes de combat, installés dans les bois, très loin les uns des autres, risquaient de donner une impression d'insécurité.

    Le premier mort de la 19° DI fut un soldat du 41° RI: Jouan, un petit Breton de 21 ou 22 ans, ainé d'une famille de 10 enfants, tué par un obus sur son FM, le 20 novembre. Il fut enseveli à Roulhing; un prêtre de sa section, tout couvert de la boue des avant-postes, chanta la messe des morts; la section rendait les honneurs. Après l'absoute, le corps de Jouan fut porté au cimetière contigu à l'église. Le Colonel De Lorme prononça une courte, mais parfaite, allocution. Curieuse coïncidence: une batterie de 75 venait de tirer sur l'ennemi; la sonnerie aux morts dans le silence et dans la brume de novembre, et les canons reprirent leur tir. Ainsi les obsèques de cet humble camarade prenaient-elles un caractère inattendu de grandeur.

    Nos hommes n'avaient pas toujours l'indispensable. Je me souviens qu'un jour le Colonel De Lorme passa en revue, avec le Général d'Arbonneau, le corps franc du 41°, sur la place, détemprée par les pluies incessantes, de Lexing. Plusieurs étaient chaussés de souliers usés, l'un deux même, un vaillant garçon, dont je parlerai dans la troisième partie, avait les pieds dans l'eau. On n'avait pas de chaussures à leur donner. L'un des assistants envoya heureusement une de ses paires de souliers. Les gens de l'arrière, qui parlaient de la ( drôle de guerre ), ne se doutaient pas certes pas de ce dénuement.

    Les hommes supportaient avec courage leur dure vie.

    Il était réconfortant de les visiter à leurs emplacements de combats, et eux-mêmes étaient visiblement heureux de ces rencontres en des lieux dangereux avec leurs aumôniers.

    L'impression de solitude y était angoissante. Nous n'avions pas au même degré ce sentiment dans l'autre guerre, car nos lignes étaient beaucoup plus étoffées, et nos groupes se flanquaient mieux les uns les autres.

    Relevé par le 117°, le 41° Ri vint s'installer à Puttelange; le 2° Bataillon cantonnait sur les hauteurs au sud de la petite ville, le 3° dans les bois de Plaffenboesch; là, les hommes vivaient dans la nature, c'est-à-dire fort mal, presque en plein air, dans la boue d'abord, puis avec le froid rigoureux, dans la neige et le gel. Le 1° Bataillon était installé dans le village de Goebenhouse, à quelques kilomètres au nord. Les maisons de Puttelange étaient en assez piteux état; ceux qui nous avaient précédé n'avaient certainement pas mis d'ordre dans ces demeures vides de leurs habitants. On s'en doute. Mais le commandement n'y veillait peut-être pas assez.

    Il fallait organiser les arrières de notre secteur; il n'y avait à peu près rien; car la ligne Maginot s'interrompait dans cette trouée de la Sarre, ou l'on se croyait fort, parce que les étangs nombreux donnaient l'espoir d'inondations faciles.

    La garnison stable du sous-secteur de Puttelange était constituée par le 41° Bataillon de mitrailleurs coloniaux, le 174° de forteresse, des pionniers, d'autres troupes encore. Il était régi par un Etat-Major particulier. Un Colonel en avait la responsabilité.

    A Puttelange, le PC du régiment était installé dans l'hôtel de ville, sur la petite place ornée d'une fontaine, en face de l'église qui sur sa terrasse dominait la ville. L'artillerie allemande l'à, paraît-il, démolie en juin 1940. Il y avait également un temple et une synagogue qui étaient inutilisés.

    La 19° DI était composée d'hommes qui, en majorité, avaient des habitudes religieuses; il y avait dans les régiments 100 prêtes et 100 séminaristes.

    Tandis que nous étions à Puttelange, j'accompagnai à Morhange le Colonel De Lorme. Il allait remettre la médaille militaire à un soldat du 71°, mortellement blessé la veille à l'Ermerisch. Ce pauvre garçon mourut après notre visite, consolé par le baiser paternel du Colonel, qui n'oublia pas d'aller voir le séminariste Jean Bonis, le sergent aux mains arrachées. Une bienveillance si sincère touchait profondément les coeurs de nos hommes, simples et dévoués.

    Le 27 décembre, le 41° RI remonta en première ligne, ou il relevait le 71° Ri. Le froid était extrême: 20 degrés au-dessous de zéron; la neige couvrait la terre. Il semblait que les adversaires fussent également gelés ! Car nous fûmes fort tranquilles de part et d'autre. Mais il eu beaucoup de pieds gelés. La vie des hommes était fort pénible. Il fallut toutes les 48 heures relever les compagnies du Brandenbush et de l'Ermerisch.

    Le séjour de la 19° DI dans le secteur prenait fin. Pendant 45 jours, il y eut une vingtaine de tués et une centaine de blessés. Nos hommes avaient résisté avec courage au froid et aux coups de main; ils avaient supporté les bombardements et effectués un travail défensif considérable. A notre arrivée, il n'y avait pas de postes aménagé, pas de moyens de défense; en partant nous laissons le secteur paré contre les coups de main.

    Le 4 janvier 1940, la 14° Division ( 35° RI, 152° RI, deux bataillons de chasseurs ) remplacèrent la 19° DI dans le secteur du Brandenbusch; une autre division (la 7° Coloniale), le GRD 21 à Sarreguemines.

    La Division prit ses quartiers autour de Sarre-Union, le PC de la DI était à Dieuze; le 41° RI cantonnait à Sarralbe. Un effrayant verglas, qui depuis quelques jours rendait le ravitaillement fort difficile, gêna considérablement notre déplacement.

    Le Général d'Arbonneau venait de nous quitter, envoyé en mission à Ankara (Turquie). Le Général Toussaint, ancien attaché militaire à Rome, le remplaçait.

    L'Alsace - La garde du Rhin (7 janvier au 17 mai 1940)

     

    La 19° DI partit de Dieuze pour l'Alsace. Le 41° RI débarqua à Montreux-Vieux le 9 janvier. Le froid était extrême. Nous retrouvions la neige et la glace de la Sarre. Les régiments cantonnèrent dans les villages autour de Montreux-Vieux, dans des conditions lamentables; de mauvaises granges, des écuries, ouvertes à la bise froide, accueillirent nos hommes. Heureusement, dès le lendemain, nous quittâmes ces villages inhospitaliers. Le froid était atroce; le verglas rendait la marche très difficile aux fantassins et aux équipages. Nous n'avions pas de camions pour nous transporter. Sur la route glissante, on avançait lentement, des hommes et des chevaux tombaient. Une voiture avec son conducteur et son attelage fut entraînée dans le canal du Rhône au Rhin qui borde la route. Heureusement la glace était épaisse et solide ! Il fallut toute une journée pour faire l'étape. Jusqu'à minuit, le Colonel De Lorme demeura sur la route pour surveiller l'arrivée de son régiment. Comment n'eût-on pas déploré une telle misère ! 

    On vivait sur de vieux concepts.

    Beaucoup de matériel s'imposait. Déjà la 19° DI, dans sa courte campagne en Lorraine, avait perdu la moitié de ses moyens de transport automobile. On ne le remplaçait pas; on ne le réparait pas. Il était visible qu'à l'arrière on ne travaillait pas, ou pas assez.

    Nous étions en Alsace, chère à nos coeurs. On ne saurai assez dire avec quelle cordialité nous y fûmes reçus.

    Préparation militaire et morale de la 19° DI

    Les familles s'ouvrirent à nos Bretons; des lits leur furent offerts; on les conviait à prendre place à table. Cette réception chaleureuse toucha profondément noshommes qui avaient grand besoin de repos. Il y avait une correspondance profonde de sentiments et de caractère entre les Alsaciens et les Bretons: pratique religieuse, âme volontiers sentimentale, volonté portée à l'entêtement, patience dans le travail furent surpris et heureux de voir leurs églises remplies par nos hommes; ils mettaient dans leur estime notre division au-dessus de la 14° qui nous avait précédés. Il regrettaient seulement que nos Bretons fussent trop portés à boire. Mais ils savaient reconnaître leur facilité à rendre service et, d'une manière générale, leur délicatesse dans leurs conversations avec les femmes. Des coeurs profondément français battaient dans ces poitrines alsaciennes; nos Bretons, par leur attitude, les confirmaient dans ces sentiments. Les curés d'Alsace, que mes fonctions m'appelaient à rencontrer souvent, étaient ardemment français, et se montrèrent fort accueillants à nos prêtres et nos séminaristes.

     

    Préparation militaire et morale de la 19° DI

    La 19° Division, concentrée autour de Mulhouse, était en réserve d'armée (VIII° Armée) en 2° ligne. Elle s'échelonna bientôt du sud de Neuf-Brisach à Sierentz. Un de ses bataillons (le 1° du 41° RI) fut, à la fin de janvier, poussé en première ligne, entre Kembs et Hombourg, au bord du Rhin.

    Le 41° RI d'abord à Illfurth (3° bataillon), Tagoslsheim et Luemschwiller, au sud de mulhouse, puis à la fin de janvier à Landser (P.C.R.I), Dietwiller (3° bataillon), Sierents (2° bataillon), Kembs, Niffer, Petit-Landau, Hombourg (1° bataillon) sur le bord du Rhin.

    Le P.C du 41° RI s'était établi dans une assez grande et vieille maison sur la place de Landser; le couvent des religieuses rédemptoristines logeait les officiers de la C.H.R; l'école d'Agriculture des Pères Salésiens servait au cantonnement de la C.D.T.

    La 19° DI devait, le cas échéant, assurer la défense de ce grand secteur: un travail intense fut demandé à nos hommes. Car en vertu des traités de 1815, la fortification de cette région n'était pas admise dans un rayon de 12 km autour de Huningue. Il n'y avait donc pas d'ouvrages entre Sierentz et la frontière suisse. La ligne Maginot, construite en 1934 - 1936, allait du nord d'Altkirch à Sierentz, qu'elle englobait, pour rejoindre ensuite le Rhin à Kembs. Dès le début des hostilités, la construction d'ouvrages bétonnés, au sud de Sierentz, avait été entreprise. Un certain nombre d'entre eux étaient déjà achevés. La ligne Maginot était constituée par des ouvrages d'artillerie à 2 pièces de 75; des ouvrages d'infanterie à 2 canons de 47, 2 mitrailleuses et 2 FM; un champ de rail à 5 bandes et des réseaux de barbelés les protégeaient. Il y avait en outre quelques cuvelages bétonnés pour les FM avec des barbelés. Il restait néanmoins beaucoup à faire pour consolider la ligne Maginot à l'intérieure de cette zone.

    La 19° DI fut employée au renforcement de la seconde ligne de défense et à la construction de bretelles.

    En face de nous, au contraire, les blockaus allemands étaient fort nombreux se flanquant de très près; en face de Kembs, l'ennemi avait édifié sur les premiers contreforts de la Forêt Noire un fort énorme, capable de tenir sous son feu la région entière. Très vite nos fantassins apprirent à construire des blockaus en béton; le travail était dur; ils passaient 6 à 8 heures sur le chantier, et avaient souvent 14 km de marche pour s'y rendre et en revenir. Le dimanche même n'interrompait pas toujours le travail, car on était pressé par le temps; il fallait des fortins, des abris, des fossés antichars.

    Néanmoins, une vie assez régulière s'organisait, conforme aux habitudes de la 19° DI.

    Il ne sera pas inutile de rappeler, pour souligner la préparation morale de la division, que l'approche de Pâques fut l'occasion d'une grande activité spirituelle pour les aumôniers.

    Bien que l'assiduité aux travaux de fortification laissât peu de temps pour des exercices de compagnie ou de bataillon, l'instruction des hommes ne fut pas cependant négligée.

    Au début de mai, le Colonel De Lorme fut appelé au XI° Corps, comme chef d'Etat-Major. C'était pour le 41° RI et la 19° DI une très grande perte. Il nous quittait, regretté de tous. Les hommes du 41° RI avaient en lui une confiance absolue, fondée sur l'intuition parfaitement justifiée de sa science militaire. Sans cesse, ils le voyaient sur le terrain, peu soucieux en apparence des détails, qu'il n'ignorait pas, mais dont il laissait le soin, comme il convient, à ses subordonnés. 

    Il fut remplacé par le Commandant Loichot, qui fut promu un peu plus tard Lieutenant-Colonel. Celui-ci venait du 152°RI, un beau régiment de l'autre guerre.

     

    Préparation militaire et morale de la 19° DI

     

    Entre temps, on bouleversait les cadres de nos régiments; déjà on avait pris au 41° RI, pour l'affecter à la formation des recrues, le chef de bataillon Courtel; des capitaines, anciens combattants de 1914 - 1918, avaient été envoyés à l'arrière, parce que l'on voulait des cadres plus jeunes, et n'avaient pas remplacés.

    Une modification importante survint dans la composition de la 19° DI; on lui ôtait le 71°RI qui devait renforcer une autre division; il devenait le 71° d'infanterie alpine. Ainsi se trouvait compromise l'homogénéité de la 19°.

    En échange, on nous donnait le 22° régiment de volontaires étrangers, unité de formation nouvelle à laquelle le manque de matériel de toute nature n'avait pas permis d'achever son instruction. Il nous arrivait mal équipé. les hommes n'avaient pas de havresac, pas de porte-épée, pas de courroie pour le fusil; des cordes tenaient lieu de courroies, et une toile de tente de havresac !

    Cette unité allait faire preuve de courage devant Péronne; elle était constituée de juifs étrangers, d'ancien soldats de l'armée espagnole et de russes. Les Espagnols spécialement déployèrent un magnifique héroisme dans les combats de la Somme.

    Nous arrivons au moment ou la 19° DI va quitter l'Alsace. Des nouvelles très graves nous parviennent. les Allemands ont envahi la Hollande et la Belgique, et bousculé, sous le poids de leurs divisions cuirassées, la petite armée Corap. Nos armées du nord luttent pour échapper à l'encerclement, car déjà les chars ennemis courent en direction d'Abbeville, et occupent la région au nord de la Somme. Le Général Gamelin veut tenter une suprême manoeuvre: essayer de faire rejoindre l'armée de Belgique, qui descendrait vers le sud, par une armée qui monterait vers le nord, par Péronne, et ainsi enfermer l'ennemi dans la poche qu'il a créé.

    La 19° Division est alertée; on l'estime bonne pour l'attaque et pour la défense. On la met en route, aussi vite qu'il est possible, le 16 mai 1940.

     

     

     


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  • Arrivée dans le Santerre.

    Compiegne

    Quand, le 10 mai 1940, l'armée allemande, forte de 190 divisions, se porte, de toute sa masse, à l'attaque des armées alliées, de la Hollande au Luxembourg, la 19° DI tient le secteur défensif en Alsace; elle garde le Rhin de Neuf-Brisach à Kembs.

    Elle est formée sous les ordres du Général Toussaint, des 41° et 117° RI, du 22° régiment de volontaires étrangers, des 10° et 210° régiments d'artillerie, du G.R.D. 21, de 4 compagnies de génies et des services.

    Les nouvelles les plus fâcheuses nous parviennent; l'ennemi concentre spécialement son effort sur la charnière de notre ligne: la Meuse dans la région de Sedan et la Semoy. La 9° Armée (Général Corap) et la 2° (Général Huntsiger), attaquées de front par des forces très supérieures en hommes et matériel, doivent reculer en combattant. Le 13 mai, les divisions cuirassées allemandes franchissent la Meuse (dans la région de Sedan, aile gauche de la 2° armée); elles prennent de flanc, par le sud, la 9° armée déjà pressée sur le front nord-est. Une poche se forme qui va s'agrandissant les jours suivants. Les blindés allemands s'engouffrent dans l'énorme trouée creusée par leur choc violent; elles repoussent la gauche de la 2° armée française, et préparent l'enveloppement de l'armée Corap; du même coup, les 7° et 1° armées françaises, l'armée britannique et l'armée belge vont être tournées; pour résister aux 6000 ou 7000 chars allemands nous n'avons que trois divisions cuirassées fortes de 150 chars, soit au maximum 500 chars. Le 16 mai, une panzer division atteint le camp de Sissonne, et bientôt l'ennemi va être à Abbeville, à l'embouchure de la Somme, et à Boulogne; il est maître de la rive droite de la Somme; les armées françaises sont coupées en deux. Le 19 mai, les Allemands passent la Somme à Péronne et se constituent une large tête de pont dans le Santerre.

    Tandis que les armées du Nord voient se resserrer autour d'elles une étreinte mortelle, le Commandement se préoccupe de grouper des forces pour tenter une ultime chance. La 19° DI va entrer en scène dans une région ou ne reste pas un seul français.

    Le 16 mai, la 19° DI est alertée; le 17, elle commence son mouvement. L'embarquement se fait dans les gares de Brunstatt, Dannemarie et Monteux-vieux, qu'il faut rejoindre à pied. Cet embarquement est lent, car les wagons n'arrivent qu'à peine; les voies sont embouteillées; par ses attaques incessantes sur les gares et les lignes, l'aviation allemandes apporte un trouble considérable dans les communications. La marche des trains amenant des réfugiés de Belgique ou du Nord contribue malheureusement à rendre plus précaires encore ces communications. Il faudra 56 heures à nos convois pour arriver dans la région de Creil-Compiègne ou doivent se faire les débarquements. Il ne sera guère possible de nous transporter plus près du terrain ou l'on nous attend pour essayer d'arrêter le ruée de l'ennemi.

    Il nous faut faire un long détour par Besançon, Dijon, Massy-Palaiseau, Archères, Creil, pour aller dans le Santerre.

    Nous traversons trop lentement la Franche-Comté. Une magnifique province. Autour de Paris, nos trains s'immobilisent. de malencontreux convois de réfugiés belges descendent vers le sud, ralentissant notre marche. Alors que toutes les heures sont précieuses, et que se joue le destin de la France.

    Le 19 mai 1940, le premier train du 41° RI arrive à un vingtaine de km de Compiègne. Il amène l'Etat-Major du régiment, la C.D.T, la C.R.E, une section de la C.A.3. Il est 4h00; le train stoppe; les signaux sont bloqués sur la voie bombardée violemment une heure auparavant. Une équipe du Génie, employée à la réparation de la ligne, compte plusieurs tués.

    Chapelets d'entonnoirs; trains déraillés; wagons en miettes; décombres d'une gare. tel est le spectacle qui s'offre au regard. Lentement le train se remet en route. A 2km de Compiègne, le Capitaine Soulas, de l'Etat-Major de la Division, et le Lieutenant Lucas, adjoint au Colonel du 41° RI, précèdent le convoi et se rendent à la gare de Compiègne, ou ils trouvent 2 officiers de la DI arrivés le veille avec le Général Toussaint. On ne sait ou sont les Allemands. Nos troupes débarquent ou elles pourront. le train va poursuivre sa marche, s'il le peut, jusqu'à Roye-sur-Matz. Il est 7h00. A Ressons-sur-Matz, nouvel arrêt. Le chef de gare refuse de laisser le convoi aller plus loin, carn dit-il, l'ennemi n'est pas loin. La DI avertie prescrit de débarquer à Ressons. On procède à cette opération aussi que le permet l'exiguïté du quai (il ne peut recevoir que deux wagons en même temps). A 8h00 cependant; tout est achevé. Le P.C.R.I est installé, les abords du village sont occupés, la D.C.A est en place.

    Une fraction du G.R.D 21 passe vers 12h00, montant vers le nord en reconnaissance. A 16h00, la compagnie divisionnaire antichars arrive heureusement pour renforcer les 180 hommes de C.D.T, qui couvrent, avec 3 équipes de FM, les canons de 25 de la C.R.E, et la section de mitrailleuses de la C.A.3, la région de Compiègne.

    Partie de Riedisheim et de Mulhouse le 16 mai, à 20h30, la C.D.A.C arrive le 19 à Villers-sur-Gouchy, ou elle passe la matinée dans un bois et se met en route au début de l'après-midi, pour Vandelicourt qu'elle atteint à 16h00. Le soir même, nouveau départ pour Ribécourt, ou, après une marche qui dure toute la nuit, elle s'arrête le 20 au matin. Elle y rejoint des éléments débarqués du G.R.D.21, qui y ont été appelés pour défendre les passages de l'Oise face au sud, le Commandant de l'armée craignant des infiltrations allemandes sur la rive sud de l'Oise. Elle n'y reste d'ailleurs pas. Elle part à 17h00, pour aller dans la région de Boulogne-la-Grasse avec un bataillon du 117°. Elle est bombardée sans dommage par l'aviation allemande.

    Dans la nuit du 19 au 20 mai 1940, à 00h00, le 1° bataillon du 41° RI arrive à son tour; il était parti de Geistspitzen (Haut-Rhin) le 17 mai. la voie étant coupée au delà de Creil, il débarque à Canly (9km au sud-ouest de Compiegne) le 19 mai, vers midi. Des avions allemands, survolant le terrain, lancent des bombes qui font sauter un dépôt de munitions, non loin de là. Le soir, le 1° bataillon du 41° RI quitte Creil. Après une courte marche, il est enlevé en camion. L'aviation ennemie était là nombreuses, mais elle ne bombarde pas. Vers 23h00, le bataillon atteint La Neuville sous Ressons et Ricquebourg, à 1km au nord de Ressons-sur-Matz. Il est en place à La Neuville et Cuvilly vers 1h00 du matin; tout de suite, il se met à construire des barricades, car on redoute une attaque de chars au petit jour.

    A 22h00 et 24h00, notre G.R.D avait fait connaître qu'il n'y avait aucun ennemi au sud de l'Avre. Cependant à 1h00, on signale la présence d'éléments blindés à la droite du secteur. les éléments débarqués du G.R.D.21 et la C.D.A.C sont envoyés au plus vite pour border l'Oise et protéger notre flanc.

    Dans l'après-midi vers 18h00, une douzaine d'avions allemands survolent Ressons, bombardent la gare qu'ils n'atteignent pas; mais la féculerie proche brûle.

    Protégées par cette faible couverture, les unités de la Division arrivent péniblement.

    Le lundi matin 20 mai, dans la petite gare de Canly, un train transportant la C.H.R et des éléments du 41° RI est bombardé et mitraillé par des avions; il est 5h00. Je suis enveloppé d'éclats de bombe. Les projectiles sont tombés à 150 m de la voie. Le train stoppe: deux blessés seulement. La gare devant nous est détruite et en flammes. On ne peut plus passer. Des avions allemands tournent au dessus de nous. L'un deux est atteint. son équipage saute en parachute. Vers midi nous repartons; notre train repart en arrière, jusqu'à Longueil-sainte-Marie, pour prendre la direction de Compiegne. Des bombes sont tombées sur cette gare aussi mais les voies sont intactes, des bâtiments sont détruits. Nous descendons du train à Verberie.

    Arrivée dans le Santerre.

    Déjà cette gare a été bombardée.

    une quinzaine d'appareils ennemis reviennent, à deux reprises. le premier bombardement atteint la gare et le buffet; le deuxième frappe le 1° bataillon du 117° RI qui nous succède sur les quais de débarquement, couverts d'hommes et de matériel; il y a 3 morts et 15 blessés au 117°. Un mélange effrayant de cadavres d'hommes et de chevaux. Les voitures de la C.H.R du 41° RI n'étaient pas toutes parties encore. Le Bouvier, un conducteur de la compagnie de Commandement du 41°, est blessé. Le camion d'essence qui a reçu des éclats de bombe ce matin à Canly est cette fois incendié. Heureusement, le Lieutenant Austry, de la C.H.R, peut sauver le reste de nos voitures (7 ou 8).

    Nous nous dirigeons vers Compiegne. Vers 16h00, nous traversons cette ville, charmante en temps ordinaire. Entre l'Oise, l'hôtel de ville et l'hospice général, tout le quartier est en flammes; bientôt les maisons situées entre la gare et l'Oise seront incendiées. L'aviation ennemie a fait son oeuvre.

    Par un détour, nous accédons au pont encore intact et le franchissons. Survolés par des avions allemands, nous atteignons, à 19h00, Ressons-sur-matz; la féculerie brûle toujours; à diverses reprises, au cours de la journée, l'aviation ennemie est venue sur la petite ville, et à 9h00 du matin elle a de nouveau bombardé la gare.

    Pour quelques heures encore, l'Etat-major du 41° RI est installé à Ressons, ou règne une grande inquiétude; le bureau de poste ferme; l'exode des habitants continue.

    Toute la 19° DI doit se concentrer dans la région. Mais les unités arrivent difficilement.

    A 10h00, le bataillon se rend à saint-Maur. Un avion allemand qui revenait de larguer ses bombes sur Compiegne, tombe en flammes. On croise sur notre route, des réfugiés civils, des soldats par petits groupes, les uns à pied, d'autres à vélo ou à cheval. Ce sont des débris de notre armée de Belgique; ils sont fatigués et dans un état lamentable. Tous se plaignent d'avoir été décimés par l'aviation, sans avoir vu un seul appareil français. Le bataillon s'arrête l'après-midi dans les fermes. Les avions ennemis de reconnaissance sont toujours au dessus de nous. A 21h00, départ pour Fescamp, par Orvillers, Sorel, Conchy-les-pots, Boulogne-la-grasse. La nuit est si claire qu'il faut parfois se jeter dans les fossés pour éviter d'être repérés par l'ennemi. Il y a des incendies dans le lointain, on entend au nord-est de notre position une canonnade ininterrompue. Les hommes épuisés portent avec beaucoup de peine leur chargement. Ils accomplissent ainsi une étape de 20km.

    A l'aube du 21 mai, le bataillon atteint Fescamp et s'y organise immédiatement en point d'appui fermé.

    En cette soirée du 20 mai, la 19°DI reçoit l'ordre d'occuper défensivement, au fur et à mesure de l'arrivée de ses éléments, le massif de Boulogne-la-Grasse, pour couvrir les directions de Montdidier et d'Estrées-Saint-Denis. Les premiers éléments arrivés, c'est à dire le 1° Bataillon du 41°, 2° bataillon du 117°, 3° bataillon du 117°, sont formés en un groupe temporaire sous les ordres du colonel Loichot avec l'Etat-Major du 41° RI, seul Etat-Major de régiment débarqué.

    Arrivée dans le Santerre.

    A 21h00, le P.C.R.I du 41°  se transporte à Boulogne-la-grasse; le G.R.D.21 borde l'Avre; le 1° bataillon du 41° occupe Tilloloy et s'organise défensivement dans l'immense parc tout entouré de murs du château, sur la route de Compiegne-Roye; les 2 bataillons du 117° sont à Piennes, Renaugies, Fescamp et Bua, à l'est de Montdidier.

    Arrivée dans le Santerre.

    Nous avons que cette dernière ville n'a pas été visitée par les avant-gardes allemandes, car l'après-midi, au cours d'une reconnaissance qui n'était pas sans péril, le Colonel Paillas, commandant notre infanterie divisionnaire, s'y est rendu en auto, il n'y a trouvé personne. Seuls quelques pionniers y demeuraient, continuant le travail. Quelques rafales de mitrailleuse d'avion l'on vraiment poursuivi à son retour.

    Boulogne-la-Grasse, ou s'établit le P.C du 41°, est un fort joli village, au milieu des bois, sur un mamelon qui domine toute la contrée. Nous y passeront deux jours.

    Le P.C de la 19° DI qui était le 18 mai à Creil, le 19 à Compiegne, se transporte à Lachelle le 20; il sera le 21 à Cuvilly, le 22 à Tilloloy.

    Le 21 voit arriver les bataillons dont on était jusque là sans nouvelles.

    D'abord le 3° bataillon du 41° RI. La veille, son convoi survolé par des avions allemands, a atteint la gare de Creil. dans cette gare, encombrée de train, le débarquement ne peut se faire; la ligne bombardée est inutilisable; le convoi est ramené en arrière à Précy-sur-oise, à l'endroit même ou, 20 jours plus tard, mais réduit des 2/3, le bataillon devra défendre le passage de l'Oise. dans la forêt de Chantilly proche, sur la route du Lys, des camions et autocars du 22° train enlèvent, à 23h00, ses hommes et les transportent à 4 ou 5 km de Ressons-sur-Matz; ils y arrivent à 3h00 du matin, le 21, pour aller passer la journée dans un bois, près de Ricquebourg.

    Les villages se vident de leurs habitants, évacués par ordre, à moins que la peur n'y suffise.

    Les deux aviations sont actives.

    L'après-midi, le chef de bataillon et les commandants de compagnies vont reconnaître Crapeaumesnil. Ils sont mitraillés sans perte, par 40 bombardiers ennemis, escortés de chasseurs.

    A 21h30, le 3° bataillon du 41° part pour Canny-sur-Matz, à 8km. Il n'y a plus personne dans le village. on construit des barricades aux issues; on creuse des positions de défense pendant la journée du 22. Le chef de bataillon et les commandants de compagnies font une reconnaissance des Loges et du Bois des Loges, en vue d'une occupation défensive éventuelle.

    Le 2° bataillon du 41° nous rejoint lui aussi. Il à pu débarquer sans incident un peu avant Compiegne, et aussitôt il est monté à La Neuville-sous-Ressons.

    La journée du 21 s'est écoulée tranquille à Boulogne-la-Grasse. On songeait à s'installer défensivement dans ce village. le commandant Nicole, du 210 R.A.L.D, vient y chercher un observatoire et des emplacements de batteries.

    Le 22 mai, la 19° DI est à peu près rassemblée; seule son artillerie n'est pas toute arrivée. le groupement temporaire confié au Colonel du 41° RI est dissous, à l'arrivée du colonel du 117° RI et de son E.M.

    Le 23 mai, au petit jour, toute la Division se porte en avant en direction du Nord. Elle a, en effet, reçu dans la nuit du 22 au 23 l'ordre, pour le 23, d'abandonner sa mission défensive, de se porter sur la Somme de Bray-sur-Somme en deux temps, le premier devant avancer sa tête sur la ligne tenue par les éléments des G.R d'autres Divisions à hauteur de Marchelepot et au sud de la route Villers-Carbonnel-Amiens.

    Toutefois, deux bataillons du 22° Etranger doivent être maintenus sur l'Avre pour en garder les passages.

    Par Conchy-les-pots, nous allons à Hallu, sur la route de Chaulnes. Au cours de la marche, à Tilloloy, nous rencontrons le Général Toussaint. Il assiste à la montée des ses régiments. Nous traversons Roye, petite ville sur la grand'-route de Paris à Péronne; elle est évacuée; un escadron du G.R.D de la VII° D.I.N.A l'occupe. On ne sait trop ce qu'il y a devant nous. En fait il y a les Allemands, plus au nord, qui ont passés la Sommes et possèdent sur la rive gauche, de notre côté, une large tête de pont; non seulement Péronne, mais Pont-les-Bries, Saint-Christ sont à eux. notre situation est très précaire. Malgré nos efforts, nous ne pourrons reprendre tout ce terrain, et malheureusement l'ennemi restera maître de la boucle de la Somme. c'est de là qu'il partira à l'attaque le 5 juin.

     

     

     

     

     


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  • Le 2° Bataillon du 41° RI, sous les ordres du Commandant Pourcin, avait fait route le 23 mai pour Curchy, à l'est de Chaulnes, en passant par Ricquebourg, Beuvraignes, Hallu et Pouchy.

    Après une marche de 14 heures, il était arrivé à la tombée de la nuit. C'est avec ces hommes fatigués qu'il fallait tenter une opération importante.

    On s'en souvient, la mission assignée pour le 24 mai à la D.I. était de créer des têtes de pont sur la Somme, à Péronne et Cléry, après avoir réduit celles que l'ennemi s'était acquises à Pont-les-Bries, Saint-Christ et Epénancourt.

    Le 2° Bataillon avait à coopérer avec les chars et les chasseurs portés de la 4° D.C.R pour les opérations sur Pont-les-Bries et Saint-Christ. L'occupation de Pont-les-bries impliquait d'ailleurs que l'on fût auparavant maître de Villers-Carbonnel. La 6° Cie du 41° (Lieutenant Duchêne) fut désignée pour coopérer à cette opération avec les chars et les chasseurs portés.

    Sous les ordres du Capitaine-adjoint Dupuis, un groupement suivrait, qui ferait, hélas ! la route à pied, la 6° Cie devant être transportée par les voitures des chasseurs. Une section de mitrailleuses de la C.A.2 accompagnait la 6° Cie.

    Le P.C du Bataillon était établi à Curchy; il y avait autour de lui: une section de la 6° Cie (Sous-lieutenant Geffray); la 7° Cie (Lieutenant Bonnefils); les engins et la section de la C.A.2 (lieutenant Ravoux).

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Vers 23 heures, le soir du 23, le Lieutenant-colonel Loichot se rendit au 2° Bataillon. L'auto fonça dans la nuit opaque. J'admirai nos chauffeurs qui, dans une telle obscurité, sur des chemins inconnus ne nous égaraient pas. Au loin, dans un village, sur la rive gauche de la Somme, une distillerie, ou peut-être l'unsine de produits chimiques de Nesles, flambait. Une énorme torche. Elle brûla pendant 8 jours au moins.

    En passant par Pouchy et Puzeaux, nous arrivâmes dans une grande ferme à Curchy. Les hommes étaient autour du village et dans les dépendances de la ferme. Le P.C dans une cave profonde. L'obscurité et le silence étaient saisissants. Une poignée d'hommes dans cette immense solitude ! Quelles surprises ne pourraient se produire ?

    Deux femmes restaient dans le village. L'une d'un age assez mûr, et sa fille, une gaillarde aux lèvres peintes qui ne paraissait pas timide. Que faisaient-elles en ce lieu ? On se le demandait.

    L'heure H était 4 heures. Une vingtaine de chars et des chasseurs devaient prendre part à l'opération, s'installer à Villers-Carbonnel, jusqu'au moment ou la 6° Cie de Fonchette amenée par les autos-chenilles viendraient les relever, pour achever l'opération. Puisque nous suivrions à pied, il en résulterait que la 6° serait en pointe isolée du gros du bataillon, à une dizaine de km.

    Les chars n'arrivèrent malheureusement qu'à 5 heures du matin. Les équipages et les chasseurs faisaient très bonne impression, et paraissaient remplis d'ardeur. Les avions allemands nous survolaient et, par ce beau soleil, voyaient tout ce qu'ils voulaient.

    Après les chasseurs, le groupement Dupuis se mit en route. Le médecin Sous-lieutenant Jarry en faisait partie. Traversant la ligne de chemin de fer, le groupement alla jusqu'à Dreslincourt, à 1500 mètres au nord. Brusquement, l'avance s'arrêta. Je ne sais pourquoi; et l'on vint s'installer au abord de la station.

    Pendant que nous restions là inactifs, les chars et les chasseurs étaient entrés dans  Villers-Carbonnel et s'en étaient emparé. Ils avaient eu quelques tués et blessés, mais ils avaient fait 40 prisonniers que les autos-chenilles ramenèrent en arrière, en venant prendre la 6° Cie, le section mitrailleuses du Lieutenant Le Guiner et la section C.D.A.C du lieutenant Froment. à 11h30 seulement, par suite du retard initial, l'embarquement peut se faire à la ferme de Fonchette. La colonne traversa Marchelepot onoccupé, et pénétra dans Villers-Carbonnel.

    Les chars avaient repoussé l'ennemi; mais celui-ci s'était retranchés autour du village, à l'ouest et au nord, à 300 mètres seulement, et tout de suite mis à creuser des retranchements. Les hommes du 41° RI, après avoir rapidement inspecté les maisons, le long de la rue principale, installèrent les F.M, les mitrailleuses et les engins face à l'ennemi, et commencèrent eux aussi à se faire des trous individuels.

    Alors les chars et les chasseurs partirent, vers midi, avec un matériel malheureusement diminué. Car une grave mésaventure leur arriva, conséquence de notre manque antérieur de préparation. Dans Villers-Carbonnel les chars furent à cours d'essence ! Ils n'avaient pas, comme les Allemands, de camions blindés de ravitaillement et de dépannage. une camionnette dut venir bien vite à l'arrière chercher un peu de carburant. Mais que de temps perdu, et le 41° ne disposait des blindés que jusqu'à midi !

    Un gros char B ne put quitter la position aventurée ou il se trouvait dans la plaine, à l'ouest de Villers, faute d'essence et faute d'équipage, car l'officier qui le commandait avait été tué, et ses deux compagnons avaient abandonné leur engin immobilisé pour essayer de gagner le village qu'ils n'atteignirent pas.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Un autre char R.35  par suite d'une rupture de chenille, ne revient pas non plus.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Un autre avait été mis hors de combat, dès la prise de Villers, sur la route, à l'entrée, par un obus de 37 allemand. Car l'ennemi était établi dans les fermes d'Horgny, au sud-ouest, et l'on ne pu jamais l'en déloger. c'est pourquoi les deux tentatives postérieures du 22° Etranger furent inefficaces.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Nous n'avions pas assez d'hommes ! On faisait attaquer une compagnie, là ou il fallu un bataillon. Ce n'était pas la faute du Commandement, mais des Français de la génération précédente qui n'avaient pas voulu avoir d'enfants. Conséquence de cet égoïsme meurtrier: nos jeunes gens mouraient inutilement, leur courage se dépensait en vain.

    La 6° Cie resta donc seule, à Villers-Carbonnel, dans une position assurément hasardée, car elle fort en pointe, et pont-les-bries n'était pas pris, bien que l'ordre en eût été donné.

    Duchêne y songeait bien. Mais les chars n'essayèrent pas, on le comprend; leurs chefs déclarèrent que c'était aux fantassins d'y aller. Ceux-ci vont tenter un commencement d'exécution pour un ordre impossible à réaliser par un si petit nombre d'hommes.

    En effet, dans le village aux maisons dispersées de Villers, la 6° Cie ne pouvait défendre qu'une partie du secteur ouest:

    La 1° et 2° Sections, avec les mitrailleuses de Le Guiner, occupèrent le cimetière civil à gauche et au nord du croisement des routes; la 3° et la 4° Sections firent face à l'ouest; Le canon de 25 fut pointé en direction du nord, au carrefour.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Pont-les-Bries, ou il s'agissait d'aller, est sur le canal latéral de la Somme, et sur la rivière. Le Lieutenant Duchêne prit avec lui la 3° Section, moins éprouvée, et il partit. Un par un les hommes passèrent le dangereux carrefour, et parcoururent 300 mètres sur la route qui descend vers Pont-les-Bries. Le feu des Allemands était intense, et Duchêne perdit beaucoup d'hommes, atteints par les obus fusants. De l'endroits ou il était parvenu, l'officier commandant les chars avait pu constater la présence de batteries et de mortiers ennemis. Duchêne estima qu'il était impossible d'aller plus loin, et, ayant obéi, revint prendre position entre le cimetière et la 4° section.

    Pendant toute la journée, mais surtout jusqu'à 16h00, les bombardements furent fréquents et violents.

    La 6° Cie fit 5 ou 6 prisionniers, et elle découvrit, dans une cave, un cavalier du G.R d'une autre division, demeuré là caché depuis 3 jours. Il était absolument hébété par ces jours de transes.

    Les pertes de la 6° Cie furent sérieuses, car à la seule 4° section (Sous-lieutenant Geffray), il y eu 5 tués et 8 blessés. On put déjà constater que, parmi les gradés, les pertes étaient plus nombreuses.

    Vers 16h00, une Compagnie du 22° Etranger (qui pendant l'après-midi s'était emparé de Berny-en-Santerre) arriva en renfort avec son échelon. Elle s'établit dans la partie est de Villers, face à la Somme. Elle subissait, dès lors, avec la 6° Cie, les bombardements.

    Vers 19h00 l'ordre d'évacuer fut donné. Duchêne se refusa d'abord à l'exécuter, il assurait que l'on pouvait et devait maintenir, bien que la position fût dangereusement en pointe. Il fallut, pour qu'il acceptât, un nouvel ordre écrit, donné par le Capitaine du 22° Etranger. Cette décision n'émanait certainement pas du Général commandant la division, ni du Colonel paillas, commandant I.D 19. on ne pouvait emporter les morts. On les laissa dans le poste de secours installé par le Médecin-lieutenant Zarakowitch auprès de l'église. Les blessés furent chargés sur les chenillettes. Comme elles devenaient par là même indisponible pour le transport de matériel, on les porta en totalité à dos d'homme !

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Le repli se fit en ordre parfait, par des sections échelonnées sur la route, l'une s'arrêtant et faisant le coup de feu, pendant que l'autre passait. La 6° Cie dut ainsi faire face au tir ennemi, et elle rentra à Marchelepot. Le 22° Etranger procéda de la même façon.

    Peut-être faut-il regretter cet abandon de Villers-carbonnel. car jamais, par la suite, le 22° ne peut le garder, en dépit de la tentative renouvelée le 26 et qui échoua, devant une contre-attaque allemande, faite par des engins blindés venus de pont-les-Bries.

    Villers n'était qu'à 7 km de Péronne, et dans la nuit du 25 au 26 mai, nos camarades du 2° Bataillon du 117° allaient s'emparer du village de Belloy, à gauche.

    Pendant que nos camarades de la 6° Cie livraient ce sanglant et inutile combat, que devenait le chef de bataillon et le groupe qui le suivait ?

    Il s'était établi sur la ligne de chemin de fer, autour de la gare; il ne s'y passa rien.

    A la tombée de la nuit, on alla chercher à Marchelepot, les blessés de la compagnie duchêne. Sur la route, à l'entrée de ce village, des chars attendaient le crépuscule pour faire une petite attaque.

    Le lendemain matin du 25, le P.C du 41° RI quitta Hallu, après les obsèques des deux camarades de la 11° Cie tués dans la progression, la veille, pour s'établir à Vermandovillers, au nord-ouest de Chaulnes, à proximité du 3° Bataillon qui était à Estrées, et du 1° Bataillon à Soyécourt. Le 2° Bataillon du 41° RI continuait de travailler dans la région de Licourt, à droite de notre dispositif, ou il sera remplacé quelques jours plus tard par le 112° RI de la 29° Division, qui viendra s'intercaler entre nous et la Somme.

    Chaulnes, ou nous passons, est une petite ville groupée autour d'une belle église neuve; les maisons, elles aussi sont de constructions récentes, comme il arrive souvent dans ce pays ou tout a été détruit en 1914 - 1917. Le Général Toussaint, avec l'Etat-Major de la D.I., y était installé. Il fut rejoint, le 30 mai, par le Colonel Paillas, chargé jusqu'à cette date de la couverture du flanc est de la D.I. avec P.C à Omiécourt.

     


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  • Le 2° Bataillon du 41° RI à Epénancourt

         Pendant que le 1° Bataillon se préparait à attaquer Assevillers, dans la nuit du 25 au 26 mai, le 2° Bataillon relevait tranquillement à Epénancourt, petite localité située entre Saint-Christ et Pargny, à notre droite, nos camarades du 117° RI.

         La nuit précédente, par une petite action bien conduite, la 3° Cie du 1° Bataillon du 117°, avec la section de la C.A.1 de l'Adjudant-chef Cado, avait occupé ce village, couvrant ainsi Pargny.

         La 3° Cie du 41° RI du Lieutenant Guilloton et une section de la C.A.2, embarquées sur les autos-chenilles, furent portées jusqu'à Potte, sous la protection des chars, et de là, par ses propres moyens, alla replacer à Epénancourt, sans incident, le 117° RI. Il n'y aura aucune perte, jusqu'à la relève par le 112° RI de la 29° D.I.

    L'occupation de Saint-Christ

         Le P.C du 2° Bataillon du 41° RI s'était établi le 23 mai , au soir, à Curchy et le 24 mai à Dreslincourt, avec la 7° Cie, une section de mitrailleuses et la section d'engins de la C.A.2, et que le bataillon devait appuyer les opérations de Ponts-les-Bries et Saint-Christ. On a vu également ce qu'il advint à Villers-Carbonnel et Pont-les-Bries. L'opération sur Saint-Christ n'avait pas réussi davantage.

         Le 25 mai, à midi, le groupement Pourcin fit mouvement vers le nord: une section de la 7° Cie du Sous-lieutenant Mignard et une de la C.A.2 du Lieutenant Oertel se rendirent directement à Licourt; le reste (3° section de la 7° Cie, une section de la C.A.2 et la section d'engins) avec la section de commandement du Bataillon, occupa Pertain.

         La 6° Cie était demeurée à Marchelepot, à son retour de Villers-Carbonnel, le soir du 24 mai, à 22h00. Elle y avait rencontré le Commandant Hermann, du 1° Bataillon du 41° RI avec une partie de son bataillon. Le matin du 25 mai, Hermann avait quitté Marchelepot; vers 10h00, 2 compagnies du 22° Etranger vinrent l'y remplacer. La 6° Cie resta dans ce village jusqu'au soir du 25 mai.

         A Pertain, on commençait à s'installer.

         Le Colonel Paillas, Commandant l'I.D, y vint  le 25 donner ses ordres pour l'occupation de Saint-Christ.

         Cette action opération fut confiée à un détachement commandé par le Capitaine-adjoint Dupuis, et comprenant: 3 sections de la 7° Cie (Lieutenant Bonnefils), 1 section de mitrailleuses (Sous-lieutenant Oertel), 2 canons de 25 de la C.A.2 (Sous-lieutenant Cocault). Les mortiers ne viendront que le lendemain soir.

         Le détachement Dupuis, parti à 21h00, le 25 mai, passa la barricade de Marchelepot à 22h00; il avançait sous la protection de 6 chars (deux sections) dont le tir nourri chassa l'ennemi établi à Saint-Christ. Les hommes du 41° s'installèrent défensivement dans le village, aux abords du pont.

         En ce portant en avant, pour reconnaître le terrain, le Sous-lieutenant Oertel fut frappé mortellement.

         La journée du 26 mai fut tranquille, ainsi que le nuit suivante du 26 au 27 mai.

         Pendant ce temps, en arrière, le Lieutenant Ravoux montait dans la journée du 26 à Licourt, avec la section mitrailleuse disponible. Le Sous-lieutenant Geffray, avec la 4° section de la 6° Cie, l'y rejoignit ce même jour à 16h00; le chef de bataillon, Commandant pourcin, y arriva avec le reste de la 6°, à 18h00.

         Licourt est à 2km de Saint-Christ; on le mit tout de suite en état de défense, avec l'aide de deux sections de chars. La journée du 27 mai allait être mauvaise pour le 2° Bataillon, car les Allemands avaient résolu de reprendre Saint-Christ.

         Le bombardement, continu, préparait une première attaque que l'ennemi déclancha vers 12h00; elle échoua, ne nous faisant que quelques blessés. Mais le bombardement dura, assez intense, et atteignit le P.C.

         Vers 15h00, le Capitaine Dupuis fut très grièvement blessé; le Sous-lieutenant Lemée blessé également, Le Lieutenant Bonnefifs, très atteint aux deux jambes, en se portant au secours du Capitaine Dupuis, expira à 19h00. Beaucoup de Sous-officiers et d'hommes se trouvèrent frappés mortellement ou blessés. Le Sergent Wyss et le soldat Chauvin sont tués sur leur mitrailleuse; le sergent-chef Rio, de la 7° Cie, est blessé grièvement.

         Vers 16h00, le bombardement redoubla d'intensité, des obus incendiaires atteignirent près du pont, sur le canal, des maisons qui brûlèrent; certaines étaient occupées par nos postes; la conséquence fut un recul, vers la droite, de notre dispositif.

         Ce bombardement continua jusqu'à 19h00, nous causant de nouvelles perte.

         Alors l'ennemi passa à l'attaque, pour la seconde fois; nos hommes se trouvèrent débordés; les Allemands venaient en effet par l'avant, par la gauche, par la droite. Il est probable que des éléments ennemis avaient franchi le canal, des deux côtés de Saint-Christ.

         Les renseignements ne parvenaient pas; le nombre des défenseurs était fort réduit, et l'attaque paraissait d'importance. Le Capitaine Dupuis, quoique blessé, exerçait encore son commandement du poste de secours ou il avait été transporté. Il donna l'ordre d'évacuer.

         Les blessés et les morts, un petit groupe de combattants valides, le Médecin-lieutenant Zarokowitch, demeuré avec ses blessés, les infirmiers et les brancardiers, au nombre de 8, tombèrent entre les mains de l'ennemi. Une quarantaine d'officiers, de sous-officiers et soldats de la 7° Cie, une quinzaine de la section de mitrailleuses furent tués, blessés ou portés disparus.

         Les rescapés, conduits par le Sous-lieutenant Mignard, se replièrent sur Misery, ou ils passèrent la nuit; et de là, ils gagnèrent Marchelepot le mati du 28 mai, et Licourt le soir.

         L'ennemi ne poursuit pas son avantage; il avait atteint son but: la tête de pont de nouveau lui appartenait.

         Pour peu de temps. Car l'intervention immédiate du Colonel Paillas, commandant l'I.D 19, chargé de la couverture du flanc est, va rétablir promptement la situation par la reprise de Saint-Christ.

         Au moment du repli sur Misery et Marchelepot des restes de la 7° Cie, il s'était rendu en auto à la sortie nord de Marchelepot. une formation de chars de tenait camouflée sans un bois, au sud de ce village. Le Colonel s'adressa à elle, et fit envoyer une section à hauteur de Misery, sur la route de Marchelepot à Saint-Christ, pour limiter le repli. Cette première disposition prise, il rentra aussitôt à son P.C d'Omiécourt, et monta sur le champs une contre-attaque, avec l'appui des chars, pour réoccuper Pont-Saint-Christ.

         Le Commandant Pourcin, avec la 6° Cie (lieutenant Duchêne), la section de mitrailleuses Le Guiner, et 6 chars de Licourt exécuteraient cette opération.

         Sur l'ordre du Colonel Paillas, le départ de l'infanterie et des chars se fait au petit jour, car l'officier commandant les chars trouvait plus avantageux de ne pas travailler dans l'obscurité de la nuit. Le Colonel se porte sur la position de départ, à la sortie sud-est de Misery.

         A 2h00 du matin, le 28 mai, le détachement se mit en route, de Licourt, conduit par Pourcin; celui-ci pour entraîner ses hommes marchait en tête.

         Les alentours du pont parurent d'abord vides d'ennemis. Mais à 3h45, le Commandant Pourcin fut blessé par une balle tirée d'une maison située sur la gauche, dans la rue principale. Les chars firent un bon nettoyage.

         Il fallut évacuer le Commandant; il n'y avait presque plus d'officiers au bataillon. Il n'en restait que 5.

         Aux abords du pont, le centre du village forme une cuvette. Pour éviter l'écrasement par les minen qui tombaient en grand nombre, Duchêne et Le Guiner placèrent leurs hommes autour des rue de saint-Christ, en arrière, sur les pentes, et ils commencèrent à creuser des retranchements.

         La journée du 28 mai fournit encore, par les minen, son contingent de victimes: une dizaine de tués et des blessés plus nombreux. Les brancardiers venaient de licourt et faisaient la navette pour ramener les blessés et les morts. pour accomplir cette rude besogne, ils devaient franchir une crête battues par les tirs Allemands. leur zèle n'en fut pas ralenti. On ne saurait trop louer le courage de nos brancardiers.

         Le capitaine Thouron vint prendre commandement du 2° Bataillon.

         Le G.R.D.21 arriva aussi, dans la matinée du 28. Son chef, le Commandant Cottin, envoya dans l'après-midi, à 16h00, des patrouilles sur la rive gauche de la Somme.

         Le 29 mai dans la soirée, le 112° RI (de la 29° D.I) releva le 2° Bataillon du 41° RI sur ses positions de Saint-Christ, Epénancourt, Licourt. Notre bataillon passa la journée à Omiécourt, et le 30 mai à 22h00, vint à Vermandovillers, ou il laissa la 7° Cie, et la 3° section de la C.A.2. Le 31 mai, à la tombée de la nuit, il releva, par ses autres compagnies, à Herleville, un bataillon du 31° tirailleurs algériens, de la 7° D.I.N.A.

         A la même heure, un mouvement plus général s'exécuta: la 29° D.I. se plaçant à notre droite, la 19° D.I. s'étend un peu sur la gauche. le premier bataillon du 117° RI relève notre 3° bataillon à Estrées-Deniécourt; le 3° Bataillon du 41° RI garde Faye, mais prend Soyécourt dans l'axe de faye, au sud; le 1° Bataillon du 41° RI se substitue au 31° R.T.A à Faucaucourt.

         Le G.R.D.21 s'installe à Lihons, derrière le 41) RI, à 2 km de Vernandovillers; la C.H.R du 41° RI y était déjà.

         A Vermandovillers se tiennent maintenant:

    - Le P.C du 41° RI avec la compagnie de commandement

    - La 7° Cie du 41° RI

    - Une section du génie

    - Le P.C du 3° groupe du 10° R.A.D (Commandant Schérer)

    - Le P.C du groupe Nicole du 210° R.A.D

         Les batteries sont autour de Vermandovillers, ou détachées en antichars dans les points d'appui.

         L'aviation allemande est maîtresse du ciel; le 2 juin, à 12h30, plus de 200 avions passent au dessus de Lihons, en route pour bombarder la banlieue de Paris. 

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Vaines tentatives pour atteindre la Somme et Péronne.

    La 19° D. I. doit essayer de s'emparer de Péronne et de franchir la Somme, tout au moins devra t-elle faire effort pour dégager toute la boucle du fleuve.

    Le G.R.D.21 participe à ces efforts par ses reconnaissances du 24 mai.

    Le 41° RI entre Vermandovillers, Soyécourt, Estrées-Deniécourt, faye. Il échoue devant Assevillers.

    Le 22° Etranger prend Berny le 24 mai: il ne réussit pas à aborder Barleux le 26 mai, ni à garder Villers un instant occupé de nouveau.

    Le 117° RI occupe Belloy le soir du 25 mai, et n'arrive pas à déboucher sur Flaucourt le 26 mai.

    Tentatives pour approcher de Péronne.

    Tandis que le G.R.D.21 arrivait à Rosières, dans la journée du 25 mai, et poussait le soir son escadron motos à Soyécourt, le 41° RI s'était mis en route, parallèlement, pour atteindre Chaulnes aux premières heures de la nuit. Nous n'étions pas encore à la route nationale d'Amiens à Saint-Quentin, et Péronne était à 8 ou 10 km au delà. Dans cette zone, déjà l'ennemi s'était établi sur de fortes positions.

    Le Lieutenant colonel Loichot, et son chef d'Etat-Major, le Commandant Pigeon, précédaient nos colonnes, lentes à monter, parce qu'elles étaient à pied et épuisées par ces longues marches, accomplies avec un lourd chargement. J'accompagnait le Colonel.

    Nous nous arrêtâmes dans un village abandonné. Le Colonel assista au défilé de ses hommes, exténués, au pas cadencé. Il pleuvait doucement; des avions ennemis nous survolaient.

    L'auto du Colonel repartit. Nous allions en avant, dans la plaine, immense et déserte, pour reconnaître les villages. Ils étaient vides; et l'on était empoigné par une extra-ordinaire  impression de solitude et d'insécurité. C'était un peu une aventure. Il n'y avait pas un soldat français devant nous, et nous ignorions ou étaient les Allemands. Enfin, nous arrivâmes à Hallu. L'église était fermée. Le P.C du 41° RI s'installa dans une ferme, au carrefour face à cette église. Une maison plus vaste et belle était solidement close, et nous n'y entrâmes point. Nous resterons à Hallu jusqu'au matin du 25 mai.

    Les bataillons du 41° RI occupent des villages au nord et à l'est. De même ceux du 117° RI et du 22° Etranger.

    la 19° D.I. doit reprendre Péronne et les ponts de la Sommes, pour essayer de monter vers le nord. Mais tous les ponts depuis Nesles, derrière nous à l'est, jusqu'à Amiens à gauche sont aux mains de l'ennemi qui s'est constitué une solide position sur la rive sud du fleuve. La zone de combat de nos bataillons s'étend de Foucaucourt au sud de Pargny, à notre droite.

    Conformément à cette directive, dans la matinée du 24 mai, le 3° Bataillon du 41° RI prendra possession d'Estrées-Deniécourt; le 2° bataillon du 41° RI attaquera en direction de Villers-Carbonnel et Pont-les-Bries; il occupera les jours suivants Epénancourt et Saint-Christ.

    Dans cette même journée du 24 mai, le 1° Bataillon du 22° Etranger s'emparera de Berny; le 25 mai, le 2° bataillon du 117° RI se saisira de Belloy-en-Santerre; le 26 mai, le 1° Bataillon du 41° RI échouera dans sa tentative conte Assevillers. Le 1° Bataillon du 117° RI occupera sans difficulté la région de Pargny.

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Le matin du 23 mai, à 3h00, le bataillon passe par le bois des Loges et poursuit sa marche par Crapeaumesnil et Any, passe l'Avre à Roiglise; des avions allemands survolent la colonne qui se dirige sur Puzeaux  près de Chaulnes par carrepuis, Liancourt, Fonchette; cette longue étape ne s'achève qu'à la tombée de la nuit. Le bataillon, toujours survolé par l'aviation ennemie, construit des barricades aux issues de Puzeaux.

    Le lendemain, 24 mai, traversant Chaulnes, Vermandovillers, Soyécourt, le bataillon monte en marche d'approche pour occuper Estrées-Deniécourt, que le G.R.D.21 est venu reconnaître. A 8h00, les compagnies se mettent en route, La 10° et la 9° en première échelon, suivies des mitrailleuses et de la 11° en deuxième échelon.

    Trois avions ennemis lancent des bombes et mitraillent à basse altitude, près du bois, à la sortie de Chaulnes. Les premiers obus fusants ennemis apparaissent au-dessus et en arrière du bois situé entre Soyécourt et Estrées. Au débouché de ce bois, la 11° traverse en ordre un tir de barrage qui tue les soldats Ramel et Le Bris, et fait quelques blessés. Auparavant la 9° Cie, quelque peu désaxée vers la droite, avait pris contact avec l'ennemi et s'était arrêtée au sud-est d'Estrées. dans Estrées, le commandant Jan arrête le reste de son bataillon et s'y organise défensivement. La 11° Cie, reforcée d'une section de mitrailleuses, se forme en deux points d'appui fermés dans la partie ouest. Nos feux d'armes automatiques arrêtent des éléments isolés d'infanterie venant de Fay et d'Assevillers. On perçoit le bruit de la fusillade contre le 22° Etranger qui attaque Berny. L'artillerie donne de part et d'autre. On est sans liaison avec la gauche.

    Le 25 mai, tout le bataillon creuse des trous individuels, et d'autres plus larges pour les équipes de FM. L'artillerie allemande bombarde Estrées, spécialement les carrefours, et certaines partie de la route qui le traverse. Nos canons répondent avec vigueur, et envoient leurs rafales sur l'ennemi qui travaille avec une activité fébrile à s'organiser en face de nous, débarque de nombreux renforts et du matériel derrière Assevillers, du côté de Flaucourt et Becquincourt.

    On installe un observatoire dans la brèche faite hier, 24 mai, dans le toit du café, à l'angle de la route d'Assevillers, par un obus allemand.

    La 11° Cie est avertie que demain 26 mai, à l'aube, elle devra marcher sur Fay, village situé à 1 km au nord du carrefour ouest d'Estées; renforcée d'une section de mitrailleuses, elle enlèvera ce village et deviendra ensuite compagnie du 2° échelon du 3° Bataillon, si celui-ci appuie l'attaque que le 1° Bataillon (Commandant Hermann) doit effectuer sur Assevillers, à 3h30. Le 3° Bataillon du 41° RI dans l'hypothèse du succès dépasserait le 1° et pousserait sur Herbecourt. 

    Au coucher du soleil, le Capitaine Fauchon se met en observation à l'ouest d'Estrées et, à la nuit, conduit une patrouille, armée d'un FM, à la lisière du bois sud de fay pour voir si l'ennemi n'occuperait pas ce bois. Ce qui pour la progression du lendemain serait un obstacle sérieux, surtout s'il y avait une mitrailleuse allemande. Fauchon repère seulement quelques sentinelles à la corne sud-est du bois et près de la première maison de Fay. Le local de la bascule sur la route de Fay n'est pas occupé. Le Capitaine Fauchon obtient qu'une section de mitrailleuses (section Saillard) se tienne pendant sa progression à l'ouest d'Estrées, pour neutraliser par ses feux les armes ennemies, s'il s'en révélait à la lisière du bois ou à l'entrée sud de Fay.

    Le 26 mai, le 1° Bataillon par d'Estées pour attaquer Assevillers. Les 9° et 10° Cie du 3° Bataillon restent dans le point d'aapui, mais la 11° Cie va s'établir, à 3h00 du matin, en avant de Fay, au nord-ouest, pour protéger, sur la gauche, le dispositif d'attaque du 1° Bataillon du 41° RI et, éventuellement, préparer le débouché du 3° Bataillon. 

    Au point du jour, le capitaine fauchon place la section Saillard, et le Sergent  Roussel avec un FM au local de la bascule, sur la route de fay, pour provoquer en temps utile par quelques rafales sur le bois la riposte ennemie qui décélerait une arme automatique allemande. La 11° cie attaque en colonne double: à gauche, section Lebreton, suivie à 100 mètres de la section Philippe; à droite, la section Holtz, suivie de la section Véron. les deux groupes de la section de mitrailleuses Catherine-Duchemein sont intercalés entre les deux échelons. Le Capitaine Fauchon marche au centre droit à hauteur des éléments de têtes, la section de commandement (Adjudant Maignant) derrière lui, ainsi que le mortier de 60 ( Adjudant Baot de la C.R.E).

    L'occupation de fay, manoeuvré par la droite, et nettoyé par la 4° section ( Sous-lieutenant Philippe) se fait sans autre incident, qu'un blessé ( soldat Bourel de la section Lebreton). La Compagnie, en colonne double, suit les foulées des colonnes allemandes dans l'herbe humide et s'arrête à 500 mètres au delà de Fay, au sommet d'une crête, d'ou les vues sont superbes (rapport du capitaine Fauchon).

    La crête dont parle Fauchon est de médiocre hauteur, deux ou trois mètres tout au plus, mais étendue; elle est située à 400 mètres environ au nord, un peu avant le carrefour des routes qui divergent vers Dompierre et Assevillers.

    Le Capitaine est un remarquable soldat; il comprend les nécéssités de l'action et n'hésite par à interpréter les ordres qu'il a reçus dans le sens le plus favorable à ses camarades du 1° bataillon qui se battent à se droite. Il s'installe hors du village, parce que, de la crête, il a des vues sur Assevillers et Dompierre, et peut surveiller le ravin, fort dangereux pour nous, qui descend de la sucrerie Dompierre sur fay, par la gauche. Fauchon estimait qu'il avait là, mieux que dans le village, ses hommes en main.

    Mais il faut noter que les ordres donnés étaient différents. fauchon devait tenir Fay, s'y retrancher; l'installation dans le village s'imposait, si l'on ne voulait pas s'exposer à être tourné et enveloppé par des éléments ennemis s'infiltrant derrière la 11° Cie, à la faveur des couverts boisés, à l'ouest. 

    Quand, dans l'après-midi, le Lieutenant colonel Loichot viendra à fay, il modifiera le dispositif en conformité avec les instructions antérieures.

    Fauchon eût désiré une liaison plus étroite avec le 31° R.T.A qui occupait à sa gauche le village de Foucaucourt, situé à plus de 2 km. C'est un fait à noter que cette absence de liaison trop fréquente entre les bataillons ou les compagnies. Il s'explique partiellement par la forme que les circonstances imposaient chez nous à la guerre: le manque d'hommes ne permettait pas d'étoffer les attaques, et il y avait nécessairement une longue distance entre les groupements: deux km, davantage parfois.

    Fauchon " s'enterre sur place, en arc de cercle largement étalé, épousant la ligne des crêtes au nord et au nord-ouest de Fay, avec, à droite, de la route de Fay à la sucrerie de Dompierre, le mortier de 60 et un groupe de mitrailleuses allemandes; mais grâce aux trous individuels et aux camouflages, nous n'avons aucune perte ".

    Des patrouilles allemandes essaient d'aborder Fay, vers midi. Elles sont repoussées par le tir de nos mitrailleuses et du mortier. vers 16h00, l'ennemi sort de Dompierre avec l'intention de déloger la 11° Cie de la crête, en la tournant par le ravin boisé de l'ouest, et tente de mettre en position une mitrailleuse lourde. Par le mouvement en avant et les feux des sections Lebreton et Philippe, l'effort de l'adversaire est enrayé. Henri Corre, un vaillant soldat de la section Lebreton, dont j'aurai à parler ailleurs, confirme, dans ses notes, le rapport de fauchon: " Par un brusque mouvement sur la gauche et le feu nourri de nos armes automatiques, l'ennemi sera repoussé ". En effet, nos FM dirigés par le Lieutenant Holtz, obligent les Allemands à se replier. Le Sergent Angibault, comptable de la compagnie, mentionne que ce jour là plus 10000 cartouches de mitrailleuses furent consommées par les tirs de la 11° Cie.

    L'artillerie des deux partis avaient beaucoup donné. Les pertes infligées à l'ennemi avaient permis de le bluffer, et il n'insista pas davantage contre fay.

    Le calme se fit enfin; il pleuvait. Des avions allemands se montraient encore; nos hommes creusaient des trous individuels, car ils pensaient devoir rester là. Mais l'attaque du 1° Bataillon, à droite, avait échoué. A 23h00, la 11° Cie reçue l'ordre de regagner Estrées. Fauchon eût voulu, disent ses hommes, demeurer sur ses positions. Mais en raison de l'échec du 1° Bataillon, et de l'ignorance ou l'on était des forces et des intentions de l'ennemi, la prudence commandait de rassembler pour la nuit le 3° Bataillon à Estrées, pour qu'on ne risquât point une dangereuse dispersion, la 9° Cie dans la nature, à l'est d'Estrées.

    Le 27 mai, on commença d'édifier à Estrées de solides barricades, sur la route d'Amiens. L'ennemi se montra devant le secteur ouest, mais disparut devant le tir de nos armes automatiques.

    Au matin du 27 mai, le Commandant Jan demande au Capitaine fauchon s'il est volontaire pour retourner à Fay. La réponse est immédiate et affirmative. fauchon part avec un groupe de soldat, soutenu à vu par le reste de la section Philippe, patrouiller dans la lisière boisée à gauche de la route de la bascule à Fay. Il constate que Fay est libre; et la 11° Cie, en groupement temporaire avec la 4° section de la C.A.3 (qui n'a plus que 3 pièces en état de tirer), fait sans incident à 15h00 l'occupation de Fay, avec mission d'y tenir pour permettre des opérations projetées.

    La 11° Cie, comme la veille, était suivie par le médecin Adjudant renault, et l'équipe de brancardiers du Caporal-chef Lécrivain.

    Ces incohérences apparentes dans les décisions, faisaient un peu grogner les officiers et les hommes.

    Immédiatement on creuse des retranchements, qui furent occupés d'une manière permanente.

    Pendant 3 jours, avec antrain, la 11° Cie organisera la défence d'appui, en construisant des barrages aux issues, et en préparant des emplacements pour les armes automatiques. mais il fallait souvent repousser de petits détachements ennemis, qui venaient reconnaître  les positions et harceler nos hommes.

    Fauchon établit, comme la première fois, des éléments avancés de jour à la crête, à 500 mètres en avant de Fay.

    Au crépuscule, il obtient un tir de notre artillerie sur l'observatoire allemand de la sucrerie de Dompierre.

    Dans la nuit du 27 au 28 mai, de minuit à 1h00 du matin, les canons et les minenwerfer allemands bombardent Fay. Il n'y avait heureusement dans le village que la section Philippe et le mortier de 60mm de l'adjudant Baot; les pertes se limitent à deux blessés graves: Le Sergent Roussel et le soldat Cagnot. Le chevet de l'église est percé par les obus, et des maisons avoisinantes  sont détruites.

    dans l'après-midi, le 28 mai, un détachement d'assaut ennemi vient occuper le petit bois circulaire, situé entre la route de Fay-Dompierre et celle de Fay-Assevillers. Il soutient, par des feus nourris de mitrailleuses, d'autres groupes qui attaquent la section Holtz sur son flanc droit. tandis que Holtz se défend par le feu et le mouvement en avant, le Capitaine Fauchon se porte à sa hauteur avec le groupe Le Goff (section Lebreton) et une mitrailleuse. le feu par salve du groupe Le Goff d'abord, puis le tir fauchant de la mitrailleuse, réduisent au silence les Allemands du boqueteau, et les contraignent à s'en aller. mais l'ennemi réagit par une rafale de minen qui arrose le groupe Le Goff: un avion Dornier descend en piqué sur le groupe. Fauchon fait tirer le FM et la mitrailleuse sur l'avion; les fusils de Le Goff et de la section Holtz font de même. Le Dornier arrête sa descente, tente de filer en rase-mottes, puis après une déviation va s'abattre en flammes dans les bois, à 1 km au nord de fay; on entend, avec les hourras de nos hommes, l'éclatement du chargement de bombes qu'il transportait.

    Une patrouille, dirigée par le sergent Gabé, va fouiller le boqueteau.

    Le Lieutenant-colonel Loichot et le Commandant Jan viennent à fay; il est prescrit au capitaine Fauchon de resserrer le dispositif de la 11° Cie dans le village, vu la situation du bataillon.

    Le 29 mai est encore marqué pour la 11° Cie par quelques incidents. Une patrouille du Sous-lieutenant Philippe inspecte le ravin boisé à l'ouest de Fay; une autre du capitaine Fauchon à la crête occupée la veille, au nord, reçoit de flanc, du versant ouest du ravin boisé, des rafales de mitraillettes. Le tir d'une de nos mitrailleuses rétablit le calme dans ce ravin.

    Vers 10h30, l'ennemi essaie de s'infiltrer par le ravin, à l'ouest toujours. On l'aperçoit heureusement à moins de 1000 mètres environ. le mortier de l'Adjudant Baot l'empêche d'aller plus loin, et peut-être même le met hors combat, car on ne voit venir et s'en aller que des brancardiers.

    Pendant l'après-midi, une groupe allemand venu de Dompierre met en batterie une Minenwerfer derrière le bois, au nord-est du ravin, à gauche de Fay. L'observateur Jules Le Saignoux ayant décelé d'une façon très précise cette pièce, un tir de mortier le dédruit rapidement, et son équipe se replie en emportant ses morts. Des éléments qui s'étaient rapprochés sous bois et tiraient à la mitraillette se retirent également.

    A la nuit se produisit un incident qui eût pu avoir des conséquences fâcheuses. Une note du Lieutenant-colonel Loichot avait prévenu Fauchon que des chars, accompagnant deux sections de voltigeurs du 1° bataillon, progresseraient su Fay pour nettoyer les arrières du point d'appui des infiltrations ennemies, dans les bois au sud-ouest et à l'ouest. Fauchon devait, à 21h00, se rendre à leur rencontre pour donner au commandant des chars les renseignements indispensables. Vers 21h30, les chars dont les mitrailleuses avaient le bruit que les mitrailleuses allemandes, débouchent sur fay par le sud, tirant à l'aveuglette, à droite et à gauche, au canon et à la mitrailleuses. par miracle, personne n'est atteint. En dépit des signaux, les chars continuent à tirer et ne s'arrêtent qu'au moment ou le Capitaine Fauchon peut, près de l'église, s'aggriper au char de tête et se faire reconnaître !  

    Les équipages descendirent de leurs engins, prirent le café et repartirent. Le Lieutenant avoue qu'il avait juste assez de carburant pour rentrer ! Jamais plus la 19° D.I. revit de chars français. Fauchon était furieux. On le comprend sans peine.

    Cette aventure devait avoir le 7 juin pour fauchon une conséquence regrettable. Ce souvenir, note-t-il dans son rapport, devait au matin du 7 juin me faire croire, devant la cessation de tir d'un char dont le chef se dressait en levant les bras, qu'il s'agissait encore une fois d'une méprise de ces nouveaux français, dont on nous avait laissé espérer à maintes reprises une contre-attaque en notre faveur; et cette méprise, si courte fut-elle, devait faciliter à l'ennemi la mise hors de combat des survivants de la 11° Cie jusqu'alors jamais vaincue.

    Pendant tout ce temps le Médecin Renault avait installé son poste de secours dans la grande ferme Howard, à l'ouest du village. Il n'eut pas à faire oeuvre médicale sérieuse avec la 11° Cie, puisque, outre les deux morts, elle n'eut, en ces jours-là, que 3 blessés. ses brancardiers se muèrent en cuisiniers, et une partie de la compagnie eut recours à leurs bons offices; car ils avaient recueilli les vivres trouvés dans les maisons, et pour suppléer aux insuffisances du ravitaillements, ils distribuaient un utile supplément de vivres. 

    Sur tout le front du 3° Bataillon, l'infanterie allemande manifeste une activité de patrouilles. On a constaté, en effet, à Estées, le 29 mai vers 10h00, que des petits groupes ennemis de 3 ou 4 hommes, porteurs d'armes automatiques, partaient d'Assevillers, en utilisant le terrain avec beaucoup d'habilité.

    A diverses reprises, des avions allemands passent en rase-mottes sur Estées dans la matinée du 29 mai; et vers 18h40, un violent bombardement met à mal la maison de la poste, ou l'on avait installé le 2° observatoire du bataillon.

    Au cours de la nuit du 29 au 30 mai, alerte à fay. Profitant du brouillard et se couvrant du feu d'une mitraillette et d'une mitrailleuse, une patrouille de stosstruppen s'avance contre le groupe de combat Gabé (de la section Holtz) en position dans des trous individuels à quelques mètres devant le carrefour nord de fat (route de Dompierre et d'Assevillers). Gabé et ses hommes résistent bravement sur place avec leur FM et une mitrailleuse. Les allemands se retirent en hurlant, emmenant leurs blessés. Malheureusement , il y a chez nous un mort, le tireur du FM, Joseph Bigot. Dans son rapport, le Lieutenant Holtz signale la brillante conduite de tout le groupe Gabé, et particulièrement celle du soldat Bigot et Salaün. L'ennemi laisse sur le terrain du matériel qu'une patrouille rapporte au jour.

    Dans le secteur ouest de Fay, du côté du ravin, le capitaine Fauchon resserre le dispositif de la compagnie, et dans l'après-midi s'en va lui-même donner la chasse dans ce ravin boisé à une patrouille ennemie.

    A 12h30 déjà une autre patrouille allemande était arrivée à 30 mètres de fay, par le bois de l'ouest, là ou se trouvait une petite chapelle sur le bord de la route, tout près de la ferme Howard. D'un coupe de fusils, le sergent Angibault la mit en fuite et quelques hommes nettoyèrent les bosquets d'alentour (la chapelle à été détruite par l'attaque du 5 juin).

    Vers 16h00, on annonce comme prochaine une attaque générale allemande avec des chars. L'ordre est de laisser passer les engins blindés, si on ne peut les détruire, et de stopper, par le feu, l'infanterie qui les suivra. Le général en chef donne cette consigne " Tenir ou Mourir "

    A 22h00, la 9° Cie (Capitaine Dunand) relève à Fay la 11° Cie, qui descend à Estrées. Le personnel médical reste en place. Deux jours plus tard la 9° Cie subira un coup de main allemand qu'elle repoussera.

    Vendredi 31 mai, quelques tirs d'armes automatiques sur des isolés allemands venant d'Assevillers.

    Des avions ennemis viennent à 4h00 du matin, mitrailler nos hommes sur leurs positions. Le soir, à 19h00, 6 avions de chasse allemands passent à basse altitude, sur Estrées. un bimoteur, touché par des rafales de nos armes, fait un piqué, et file vers l'ouest. de la fumée s'en échappe; le pilote saute en parachute, l'appareil disparaît derrière le bois du Satyre. Le Lieutenant Holtz revient avec la trappe de l'avion, sur laquelle on relève deux tâches de sang. Avec étonnement on lit sur ce débris, en français " Ouvert . . . Fermé " Nul n'a jamais su si cet avion était français ou allemand.

    Vers 22h00, le 1° Bataillon du 117° RI prend à Estrées la place du 3° Bataillon du 41° RI qui s'en va à Soyécourt, mais garde Fay. Le 1° bataillon du 41° RI quitte Soyécourt pour remplacer le 31° Tirailleurs algériens à Foucaucourt.

    A Soyécourt, la disposition suivante est adoptée: la 10°  Cie, les mortiers de 81, les mitrailleuses de 20, la C.A.3, forment un point d'appui fermé dans la partie est et sud du village, autour du P.C du Commandant Jan, avec un canon de 75 et les pièces de 25.

    La 11° Cie s'installe en P.A autour de l'église, la mairie-école, à l'ouest, avec la 4° section de la C.A.3, un canon de 25 et un de 75.

    La 9° Cie est à Fay.

    Contre attaque de Fay par le capitaine Dunan ( 31 mai au 1er juin 1940 )

    Dactylographié par Georges Guéneron le 1er juin 1940

    Le 30 mai, vers 22h00, la 9° Cie du 41° RI relevait dans le village de fay la 11° Cie et prenait à son compte la défense du village. A 2 km en avant de la route Amiens - Péronne, Le village de Fay représentait, à la tête d'un ravin montant de Dompierre et de la somme, un point d'appui important qui, en liaison à l'Est avec Belloy en santerre, devait permettre une reprise de la progression vers Assevillers et le Nord. Depuis plusieurs jours, des patrouilles allemandes étaient venues tâter notre dispositif, un coup de main était donc à prévoir. La journée du 31 et le début de la nuit du 31 mai au 1er juin furent employées à l'amélioration des conditions de défenses. Le dispositif réalisé le matin du 1er était le suivant:

    - Le lieutenant Payen avec une section de la 9° Cie et le mortier de 60 avaient pour mission de garder les issues ouest du village, face au ravin boisé venant de Dompierre ( la sucrerie ).

    - L'adjudant-chef Le Denmat et la 2° section gardaient le carrefour des routes de Dompierre et d'Assevillers au nord du village.

    - L'adjudant-chef Le Moal cdt la 3° Section, renforcé d'un groupe de mitrailleuses du sous-lieutenant Vaillant de la C.A.B.3 ( compagnie d'accompagnement de bataillon ) installé au cimetière, flanquaient le village vers l'Est.

    - Le Sous-lieutenant Mauduit Cdt de la 4° section gardait dans les environs de l'église les couverts sud du village.

    - Le P.C avec le 2° groupe de mitrailleuses du S/Lieutenant Vaillant étaient installés face au N.O entre le lieutenant Payen et l'adjudant-chef Le Denmat.

    Les liaisons avec l'arrière avaient été soigneusement étudiées en prévision d'un coup de main possible, un E.R.17 ( poste de radio ) avait même été détaché avec le capitaine Commandant la 9° Cie.

    Dans la soirée du 31 mai vers 22 h 00, le sergent Raymond, s/officier adjoint du Lieutenant Payen avait remarqué un affolement anormal des troupeaux de vaches errants en liberté et le dispositif de veille avait été renforcé, vers 3 h 00, le s/officier de garde entendit très nettement parler allemand près de la barricade derrière la chapelle, il donna l'alerte. Un quart d'heure après, on entendit hurler des commandements et les allemands au nombre d'une cinquantaine se ruaient à l'attaque de la barricade. Le soldat Mignard ouvrit le feu au F.M. au bout de quelques rafales, le F.M s'enraya. Les allemands qui s'étaient repliés revinrent à l'assaut au lance-flammes, à la grenade et les défenseurs débordés furent dépassés par les allemands qui pénétrèrent dans le village. Arrivés devant l'église, ils se trouvaient devant la section Mauduit qui ouvrit le feu avec ses F.M et ses V.B ( fusils à grenade ). Devant la violence de la riposte, l'assaillant montant vers le Nord et entraînant les restes de la section Payen, s'est présenté devant le P.A ( poste avancé ) formé par le P.C et le 2° groupe de mitrailleuses, et pénétrant dans la cour de la ferme se voyant tourné le s/lieutenant Vaillant aidé de 2 mitrailleuses modifia sous le feu de l'assaillant son emplacement de batterie et ouvrit le feu à 10 mètres sur l'ennemi qui repris son mouvement de repli vers le Nord.

    A la lueur des incendies et des fumigènes qu'ils avaient allumés pour couvrir leur repli et grâce au jour qui commençait à se lever, les assaillants furent cloués au sol par le feu conjugués des points d'appui du P.C et du point d'appui de l'Adjudant chef Le Denmat.

    Vers 6 h 00 , le jour étant complètement levé, le Capitaine Dunand donnait ordre à la section Mauduit de reprendre la partie Ouest du village puisque tout laissait supposer que la section Payen avait été enlevée. Tandis que le groupe Jost  se portait à la barricade, les groupes Gontier et Bourhis déblayaient les jardins N.O du village et faisaient, appuyés par la section Le Denmat la moisson de prisonniers et du matériel. Vers 8 h 00 dans la cour du P.C se trouvaient rassemblés avec 29 prisonniers et 16 cadavres ennemis, 36 fusils, 3 mitraillettes, 3 mitrailleuses légères, 2 lance-flammes, 30 grenades, 10 pots fumigènes et tout un lot d'équipements.

    NDLA: La croix de guerre fut attribué au capitaine Dunand le 27 juin 1940 par le Chef de Bataillon Jan, Commandant du 41° R.I.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Parti de Geistspitzen (Haut-Rhin) le 17 mai, embarqué à Dannemarie, le 1° Bataillon du 41° RI suivi le même itinéraire que les autres unités de la 19° Division.

    La voie étant coupée au delà de Creil, il débarqua le 19 mai vers midi, près de cette ville. Des avions allemands survolaient le terrain; ils lancèrent des bombes qui firent sauter un dépôt de munitions, non loin de là.

    Le soir, il quitta Creil; après une courte marche, il fut enlevé en camions. L'aviation ennemie était nombreuse, mais ne bombarde pas. Vers 23h00, il atteignit La Neuville sous Ressons et Ricquebourg, à 1 km au nord de Ressons-sur-Matz. On redoutait une attaque de chars, au petit jour, le lendemain. Aussi travaille-t-on tout de suite avec ardeur à la construction de barricades.

    Le soir du 20 mai, le bataillon s'en va par la route de Tilloloy. Depuis le 16 mai, les hommes n'avaient presque pas eu de sommeil; ils étaient harassés. Au milieu de la nuit, on arriva à Tilloloy. Immédiatement, on s'installa pour se défendre, et l'on perça les murs entourant le parc du château de Tilloloy. Le 1° Bataillon demeure dans le bois jusqu'au matin du 23 mai.

    Beaucoup d'avion allemands occupèrent le ciel pendant ces jours là.

    Le 23 mai, des camions emportèrent les compagnies à Chaulnes. Elles arrivèrent sous la pluie dans cette ville marquée par la guerre. Des maisons s'étaient écroulées sous les bombes; une usine incendiée fumait encore.

    Il y avait à Chaulnes un peloton motocycliste du G.R de la 7° D.I.N.A. Ce G.R était formé d'escadrons venus de la Légion étrangère. Précédé de son chef, un lieutenant coiffé de son képi bleu, le peloton partit en reconnaissance vers l'est. Il revint une heure après. Il avait rencontré des éléments ennemis , un des cavaliers avait été tué.

    Alerte générale. Le G.R tout entier de la 7° D.I.N.A  arrive pour renforcer le 1° Bataillon du 41° RI; des 75 de notre 10° R.A.D accourent au galop. On attendait l'ennemi, qui ne vient pas. la nuit fut calme.

    Le 22° Etranger était venu se placer à la droite du 1° Bataillon du 41° RI. Il ne tarde pas à envoyer à Chaulnes une cinquantaine de prisonniers, enlevés à Berny, dans la journée du 24 mai.

    Le moral de nos hommes était gonflé à bloc.

    A Chaulnes, le 1° Bataillon s'était divisé:

    Dès le soir du 23 mai, le Commandant Hermann y laissant les 1° et 2° Cie, s'installa à Merchelepot, au nord-est; il y avait avec lui la 3° Cie du Lieutenant Hertzog, 2 sections de mitrailleuses de la C.A.1, quelques canons de 25. Ces éléments restèrent à Marchelepot jusqu'au matin du 25 mai.

    Sans perdre un instant, les compagnies de Chaulnes, comme celles de Marchelepot, travaillèrent à la mise en état de défense des villages, par l'érection de barricades aux issues. Tout était utilisé pourvu que ce fut lourd; les amas de pierres se mêlaient aux grosses voitures de charroi ou aux instruments aratoires.

    Le matin du 25 mai, le 1° Bataillon du 41° RI reçut l'ordre de se rapprocher de la route Amiens - Saint-Quentin, atteinte la veille par le 3° Bataillon du 41° RI et le G.R.D.21.

    Les éléments de Marchelepot et ceux de Chaulnes se rassemblèrent à Soyécourt, en vue de l'attaque projetée sur Assevillers.

    Au départ de Chaulnes, la 1° Cie marchait en tête, disposée en échelons débordants, à travers les champs. Dans le même temps, passèrent au galop des batteries du 10° R.A.D. Elles s'en allaient occuper leurs emplacements de combat.

    Après avoir traversé Vermandovillers, le 1° Bataillon du 41° RI prit possession de Soyécourt, et de suite creusa des retranchements.

    Bientôt l'ordre fut communiqué aux hommes de se préparer pour le lendemain du 26 mai (un dimanche) à l'attaque d'Assevillers. On procéda immédiatement à le reconnaissance de la base de départ.

    Ce n'est jamais sans émotion qu'un soldat, même aguerri, apprend une nouvelle de ce genre. Mais les hommes du bataillon avaient un moral élevé; ils étaient très résolus, certains même joyeux; tous étaient persuadés qu'ils seraient vainqueurs dans ce combat. Les prêtres dans les compagnies et l'aumônier se mirent à la disposition de leurs camarades.

    Il pleuvait. Le temps s'annonçait assez mauvais pour le lendemain. Le canon faisait entendre son grondement sourd.

     

     

     

     


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  • Le 1° Bataillon du 41° RI a pour mission de s'emparer d'Assevillers. Ce village est situé à 2 km 600 au nord d'Estrées. Sur la colline, il domine toute la contrée. Le clocher permet de tout voir à 10 ou 12 km alentour. Les AIIemands y avaient installé un observatoire et un poste de mitrailleuses lourdes qui nous firent beaucoup de mal. Ils disposaient en outre de la haute cheminée de la sucrerie et du clocher de Dompierre, observatoires excellents sur toute la région.

    Deux batteries de 150 étaient établies à droite et à gauche de la sortie sud de Dompierre (l'une dans la carrière de la briqueterie); d'autres batteries existaient aussi autour d'Assevillers.

    Entre Assevillers et Estrées se trouvent trois boqueteaux de médiocre étendue, mais épais.

    A 4 heures du matin, le 1° Bataillon sort d'Estrées et se déploie pour progresser en direction du nord. 

    La 1° Cie (Lieutenant de Saint-Sever, à gauche); la 3° Cie (Lieutenant Hertzog, à droite); la 2° Cie
    (Lieutenant Gomet) à 300 mètres derrière. Le chef de bataillon Hermann, avec sa section de Commandement et les engins, suit de près.

    L'attaque d'Assevillers le 26 mai.

    L'attaque d'Assevillers le 26 mai.

    La C. A. 1 (Capitaine Guizouarn) prendra position derrière la 1° Cie. Les canons de 25 seront en batterie
    dans un champ de blé, au nord et à gauche du premier boqueteau. Le Capitaine Guizouarn et le Lieutenant Le Quellec, avec la 3° Section de mitrailleuses, s'établissent devant les canons de 25.

    La progression doit se faire dans les luzernes hautes et les blés, humectés de rosée.

    A 4 heures, le canon donne le signal du départ. On avance d'abord sans difficulté sérieuse.

    Les pièces du 10° R.A.D. font tomber abondamment leurs obus sur Assevillers et les boqueteaux qui l'encadrent.

    Déployés en tirailleurs, les hommes progressent, comme pour une manoeuvre, dans un ordre impeccable.

    Ils sont pleins d'ardeur, et se réjouissent déjà de la défaite de l'ennemi ( ils vont voir que ce n'est pas la guerre en dentelles). On entend le cri : « Allez ! Dessus ! » et même des plaisanteries et des rires.

    Les voltigeurs ont. mis baïonnette au canon. Mais on avance toujours sans rien rencontrer, dans le léger brouillard du matin.

    Assevillers disparaît dans la fumée.

    Nos hommes avaient fait un peu plus d'un ·kilomètre quand soudain, les mitrailleuses allemandes ouvrent le feu. Le Sergent Beaulieu, de la 1° Cie, s'écroule, tué net. D'autres tombent, tués ou blessés. Les hommes se couchent pour laisser passer l'averse. Le terrain est cornplètement découvert; il n'y a pas un trou, pas un talus, pas un arbre (en dehors des boqueteaux).

    Des coups semblent arriver de 2 side-cars abandonnés au milieu de la plaine (ceux de notre G. R. D. 21). Nos fusils répondent.

    Mais la ligne de tirailleurs est encore loin de l'objectif. Elle avance par bonds rapides, en profitant des moments où notre artillerie donne avec plus d'intensité.

    L'artillerie allemande, dirigée par un petit avion, entre en scène à son tour. Les obus tombent un peu partout; les balles claquent de tous les côtés. C'est le bruit formidable du combat, familier, jadis, à quelques anciens.

    Les voltigeurs arrivent dans un champ de luzerne, où ils progressent en rampant, jusqu'à la lisière nord, première ligne à atteindre.

    L'attaque d'Assevillers le 26 mai.


    Les F. M. sont mis en batterie aux abords du village, à quelques centaines de mètres. Pendant ce temps. la 3° Cie occupe le deuxième bois à droite, et s'y installe.

    On attend le signal à feu blanc qui doit faire reprendre la marche; le temps passe; la pluie se met à tomber; les hommes sont fourbus; toujours couchés dans la luzerne, ils sont dans l'expectative; quelques-uns, même, malgré la canonnade qui ne ralentit pas, s'endorment. On ne doit pas s'en étonner, depuis bientôt 10 jours ils n'ont presque pas dormis et ont fait de longues étapes.

    Il y a de nouveaux blessés. Un obus tombe entre le Sergent Seigneur de la 1° Cie et son tireur; il n'éclate pas heureusement. Un projectile couvre de terre le Lieutenant Sebag, le Sergent-chef Levitre, le Sergent Morazin. Ils n'ont aucun mal, mais les éclats frappent Le Lieutenant Le Quellec, de la C.A.1, qui se tient à 20 mètres sur leur gauche.

    Toute la journée va se passer ainsi. Les compagnies ne peuvent aller plus loin. Elles essuient le feu des Allemands de face et sur leur flanc droit.

    On aurait dû penser que, sans chars, un petit bataillon ne prendrait pas une position dominante, transformée en une série de blockaus, défendue par un ennemi nombreux et résolu à la tenir à tout prix, parce que la conservation de Péronne en dépendait. On était d'ailleurs averti; deux jours auparavant, en effet, l'escadron de Silans, du G. R. D.21, avait essayé d'entrer dans Assevillers; sa tentative avait échoué, avec des pertes sérieuses, là même où nos fantassins étaient arrêtés. Aux divers échelons de I'armée, on avait pu lire le compte rendu de la reconnaissance.

    Il est vrai que la situation si critique exigeait que l'on fît des efforts pour améliorer notre position. C'est l'honneur de la 19° D.I. d'avoir obéi à des ordres qui s'avéraient impossibles à exécuter, vu la faiblesse de nos effectifs et de nos moyens.

    D'une fenêtre du bureau de Postes d'Estrées où l'on avait établi un observatoire pour le 3° BatailIon du 41° RI, le Commandant Jan et le Lieutenant Hervé voyaient l'attaque se dérouler comme un film. Voici ce qu'ils notent, à la date du 26 mai, dans le journal de marche du bataillon.

    « La courte préparation de l'artillerie sonne énergiquement les lisières sud du village d'Assevillers que masque un léger rideau de brume matinale, les boqueteaux, la plaine cultivée séparée par la route, au tournant de laquelle on voit encore les carcasses des motos et side-cars de notre G.R.D. »

    « Le 1° Bataillon, toujours en ordre, les atteint, les dépasse, approche de l'objectif »

    « Les tirs s'abattent sur lui, percutants, puis fusants, par groupe de 4, avec leur éclat blanc et leur petit nuage; les fantassins disparaissent dans la fumée, la terre et la poussière soulevées, et poursuivent leur route en avant.

    « On entend bientôt la cadence rapide et légèrement irrégulière  des mitrailleuses allemandes qui débitent des chargeurs entiers.

    « La Compagnie de gauche ( 1° ) semble avoir débordé le village.

    « 5h45, au moment ou l'on pensait que le village allait tomber en nos mains, la progression du 1° bataillon est arrêtée. Aucune manœuvre de son chef, aucun tir d'artillerie, ne parviendront à la déclouer du sol, ou les mitrailleuses ennemies, qui on d'excellents champs de tirs, la fixent »

    En effet, au moment ou nos hommes n'étaient plus qu'à 500 mètres d'Assevillers, et abordaient le glacis qui monte jusqu'au village, les Allemands réagissent vigoureusement, non seulement contre les compagnies de tête, mais aussi contre notre bois; il leur est facile de constater que tout passe par ce bois, non seulement les blessés, mais le ravitaillement amené par les chenillettes sont des engins parfaitement adaptés à leur rôle dans la bataille.

    Le tir de nos canons est également vigoureux; nos artilleries sont vraiment admirables par leur science du tir et leur courage. La portée de leurs pièces est inférieure a celle des pièces allemandes de même calibre; mais notre matériel est formidable de précision, et nos obus sont de bonne qualité.

    Du reste, l'ennemi tire bien. A certains moments surtout, son bombardement est violent; et nous sommes dans l'axe de tir, ininterrompu, de la mitrailleuse du clocher d'Assevillers.

    Le chef de bataillon, sa section de commandement, le poste de secours sont le petit bois, derrière les compagnies engagées.

    Le Médecin-sous-lieutenant Viaud a choisi pour son poste l'endroit le plus central, le plus propice aux évacuations, mais aussi un des plus exposés. Il sera dur, dangereux, d'y rester toute la journée. Il n'y a pas d'abri; la nappe de balles passe à 1 mètre sur notre tête. Les blessés nombreux, par leurs propres moyens ou apportés par les brancardiers dont la tâche est pénible et périlleuse. La tranchée étroite et assez profonde creusée par l'équipe sanitaire sauve plus d'une vie, car les obus tombent sur le bord même.

    un trou de 2 mètres de long sur un mètre de profondeur sert au pansement des blessés allongés. Il n'est pas facile de donner des soins dans ces conditions.

    Notre bois devait paraître un volcan, à certaines heures, à nos camarades du 3° Bataillon, qui nous regardent d'Estrées. Le docteur Renault, qui voyait le spectacle de Fay dit: « C'était un vrai barrage sur le 1° Bataillon » Sous l'avalanche, Viaud conserve le plus grand sang-froid.

    Depuis une douzaine d'heures, l'attaque n'avance plus, ou, quand notre ligne cherche à progresser en rampant ou par bonds, elle est immédiatement immobilisée par les rafales. Avec leurs outils individuels, les hommes commencent à s'enterrer.

    Deux sections de la 1° Cie subissent des pertes plus sensibles que les autres. A la C.A.1, elles sont minimes, mais il n'y a pas de tués; le Lieutenant Le Quellec est blessé. A la 2° Cie, les pertes sont assez importantes; la 1° Section, Sous-lieutenant Servais, est spécialement éprouvée, presque anéantie, écrit l'Adjudant-chef Rochard (de la 1° Cie). Tous les témoignages concordent à cet égard.

    Les brancardiers parcourent la plaine, en tous sens, très bravement, car ils sont parfois visés par l'ennemi, pour relever les blessés et essayer de ramener les morts.

    Ils font avec courage leur devoir, ceux du 41° RI et ceux du G.S.D venus en renfort.

    Vers 18h00, on annonça que Gomet, le Lieutenant de la 2° Cie, était très sérieusement blessé, à son poste de combat, à la hauteur du dernier bois le plus proche d'Assevillers. Il fallait allez dans la plaine. Trois brancardiers partirent avec l'aumônier. Ils avançaient sous le feu des canons allemands, en position au nord et à l'est. Les obus les accompagnaient. A leur droite, une mitrailleuse, installée à la lisière du bois, les avait pris pour cible. La luzerne, heureusement était très haute. Ils trouvèrent enfin Gomet qu'ils rapportèrent avec beaucoup de peine, car le fardeau était lourd et sur ce terrain dangereux, il fallait souvent faire des pauses. Au retour, une mitrailleuse du 3° Bataillon, en position dans la partie ouest d'Estrées leur tire dessus, les prenant sans doute pour des Allemands.

    La journée finissait tristement. Le matin, nous pensions bien prendre Assevillers.

    Vers 22h00, il fallut abandonner le terrain; les brancardiers avaient ramenés des blessés, rapportés les corps de nos morts, sauf 6, qui ne purent être retrouvés dans l'obscurité, et qui reposent à Assevillers, avec leurs camarades du G.R.D.21 tués l'avant-veille.

    Nous rentrâmes à Estrées d'ou, le matin nous étions partis pleins d'espoir. Le 1° Bataillon regagna ses emplacement à Soyécourt, dans l'attente de la reprise de son attaque manquée. Le Sous-Lieutenant Péan prend le commandant de la C.A.1; il remplira très bien sa fonction dans les jours qui vont suivre.

     

     

     

     

     

     


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  • Vermandovillers est situé à 2 km 500 de Chaulnes, dans la plaine. Tout y était neuf, jusqu'à la coquette église de briques, qui en forme le centre. Car le Village a été réédifié après l'autre guerre. De longues et meutrières batailles y ont été livrées, il y a 23 ans. Le cimetière allemand, avec ses innombrables croix alignées, en témoigne.

    Le P. C. du Lieutenant-colonel Loichot fut établi dans une ferme à gauche; et une autre à droite, un peu avant la sortie nord, sur la route de Soyécourt. Le P. C. du Commandant Schérer, du 3° Groupe du 10° R.A.D, un peu plus loin. Le P. C. du Commandant Nicole, du 210° R. A. L. D s'installe dans la grande ferme, au croisement des routes de Lihons et Chaulnes; les 155 furent mis en position à une courte distance.

    Le poste de secours du Régiment fonctionnait dans une ferme très importante au centre de Vermandovillers. Il y avait, au milieu des bâtiments d'exploitation, une jolie maison de maître; elle devait disparaître dans la bataille.

    Dès qu'il devint évident que d'attaquants nous allions être attaqués, le Lieutenant-colonel Loichot travailla avec une grande énergie à créer des défenses autour des Villages occupés par le 41°. Il rendit par là un très grand service.

    D'autant plus qu'il fallait obtenir cet effort d'hommes fatigués. Autour de Vermandovillers, il fit .creuser une
    tranchée continue, avec un boyau de communication entre le P. C. et la ferme centrale, où le matériel de la Compagnie de Commandement et de la section du Génie avaient été remisé.

    En outre, il fit disposer en abris deux caves du P.C. reliées par un boyau.

    Tous ces travaux se révélèrent très utiles, du 5 au 7 juin, car ils devinrent une protection pour les hommes, moins faciles à atteindre, grâce à l'étroitesse des tranchées, et les appareils de radio purent fonctionner sans aucun arrêt, dans une maison située entre la cave servant de P.C. au Colonel et le P.C. de la C.R.E. Des coureurs faisaient la liaison. Les bombardements violents firent peu de victimes.

    Dans les autres villages, plus étendus, la garnison était plus dispersée; il fallut se contenter de courtes tranchées, suffisantes pour recevoir les équipes de fusils-mitrailleurs ou d'armes automatiques. Partout des barrages furent établis, faits de matériaux divers, machines agricoles, grosses pierres, etc . . . De nombreuses mines antichars furent également posées.

    Le ravitaillement se faisait mal, ou même n'arrivait pas. On recourut aux animaux abandonnés par les villageois. L'eau était fort limitée, car les autorités, au moment de l'évacuation, avaient interrompu le service d'adduction, et les puits étaient rares. Or, il y avait beaucoup de chevaux dans les compagnies régimentaires et les batteries. Les caves furent d'un grand secours pour désaltérer les hommes.

    Les troupeaux erraient dans les champs. Spectacle affligeant ! Les vaches qui n'avaient pas été traites depuis plus de 10 jours et plus encore, meuglaient d'une façon lamentable. L'intendance prescrivit, trop tard, de les réunir pour qu'ils fussent rassemblés à l'arrière, et mis en sûreté. Un parc fut établi près de Lihon, pour 800 bêtes. 

    Le P.C du 41° RI à Vermandovillers.


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  • Pour nous, désormais, il n'est plus question de combat offensif; nous n'avons ni les hommes en assez grand nombre, ni le matériel nécessaire. Nous devons nous résigner à attendre l'attaque allemande. Pour essayer d'y parer, le commandement modifie la répartition des unités et ordonne d'intensifier l'organisation défensive des points d'appui.

    La relève des tirailleurs, à Foucaucourt, par le 1° Bataillon du 41° RI, fut marquée d'un incident fâcheux. Plus nerveux que nos fantassins les tirailleurs usaient volontiers de leurs armes sur tout ce qui bougeait ou paraissait suspect. La 3° Compagnie marchait en tête; une sentinelle indigène ouvrit le feu sur les
    hommes du 41° qui avançaient en bon ordre; un soldat de la section de tête, Le Rest fut tué; l'adjudant de Compagnie Kermarec, le sous-lieutenant Aladel, et quelques hommes furent blessés et durent être évacués. L'alerte passée, les sections prirent leurs emplacements. La nuit fut très calme, contrairement aux nuits précédentes, car les Africains tiraillaient continuellement. Les positions des armes automatiques,
    probablement repérées par l'ennemi, furent changées.

    A Foucaucourt, cornme dans les autres points d'appui, on se donna beaucoup de peine pour mettre en état de défense le village. Dans ces premiers jours de juin, le caporal-chef Denis et le soldat Garnier, de la 1° Compagnie, furent tués par le même obus fusant, au cours d'un bombardement sur un bosquet, au sud-est de la route, où était installé leur F. M.

    Le P. C. du Chef de Bataillon était un peu après l'entrée sud du village. Le poste de secours était à côté.

    Dans la petite cave qui lui servait d'abri, le commandant Hermann reçut, le 2 ou le 3 juin, l'ordre de prendre le commandement du 22° Régiment de Volontaires étrangers. Le capitaine Giovanini, adjoint au Commandant du 2° Bataillon du 117° RI, le remplaça.

    Dans l'attente de l'attaque allemande.

    Le départ d'Hermann nous fut une perte très sensible. Iferrnann était d'origine alsacienne, et d'une famille de soldats. Il était sous-lieutenant quand éclata la guerre de 1914. Il tenait de sa province une nature un peu rude, un caractère d'une grande droiture, une volonté forte qui n'excluait pas la bonté. Il servait depuis longtemps au 41°, et on l'appréciait. Il connaissait nos Bretons, les aimait, et savait les commander. S'il était rude pour les autres, Hermann l'était d'abord pour lui-même. De bonne heure le matin dans les secteurs les plus calmes, on le rencontrait botté, sanglé, monocle à l'oeil, suivi de son chien, une bête
    vigoureuse et qui montrait des crocs solides. L inspection du chef commençait. Car Hermann l'était, par l'énergie de sa résolution au service d'une intelligence claire et d'un cœur loyal. Dans les circonstances difficiles où nous étions engagés, Hermann allait montrer, dans le commandement du 22° Etranger, ce que peut une tête froide, jointe à un courage tranquille et tenace.

    Le 3° Bataillon travaillait à Soyécourt depuis le soir du 31 mai. Le commandant Jan conduisait son Bataillon avec une fermeté bienveillante, qui avait conquis les cœurs de tous ses hommes. Il avait une grande expérience de la guerre et de la troupe. Tous ses galons, depuis le premier jusqu'à ceux de lieutenant, avaient été gagnés sur les champs de bataille de la guerre 1914-1918. Tous ceux qui l'ont connu me sauront gré d'évoquer en passant cette belle figure de soldat. On aura fait le portrait de Jan en disant qu'il avait une âme droite, modeste, courageuse.

    Qu'il me soit permis d'accorder un souvenir spécial à l'un des officiers du 3° Bataillon: le capitaine Dorange, qui devait tomber héroïquement le 5 juin à Fay. Prêtre du diocèse de Rennes, Dorange avait fait à Paris d'excellentes études de théologie; il occupait une charge importante; un. très bel avenir paraissait lui être promis; sa culture, unie à une grande distinction, l'y prédestinait. Dorange était aussi soldat dans toute la force du terme; Il se faisait remarquer par son caractère généreux, son ardente foi patriotique. Le
    colonel de Lorme, qui savait apprécier les hommes, l'avait en haute estime.

     Coupe de main allemand sur Fay.

    Dans le point d'appui de Fay, la 9° Compagnie (capitaine Dunand) avait relevé la 11°, vers 10h30 le soir du 31 mai. Quelques heures après, un événement assez important devait se produire dans ce petit village. Pour la compréhension des faits, il est utile de rappeler que les sections de la 9° étaient ainsi réparties:

    Le lieutenant Payen, avec la 1° section et le mortier de 60, avait pour mission de garder les issues ouest du village, face au ravin boisé venant de la sucrerie de Dompierre. » Elle occupait la ferme Howard et ses alentours.

    L'adjudant-chef Le Demnat, avec la 2° section, gardait le carrefour des routes de Dompierre et d'Assevillers, au nord du village.

    L'adjudant Le Moal et la 3° section, renforcée d'un groupe de mitrailleuses du sous-lieutenant Vaillant (C. A. 3), installé au cimetière, flanquait le village vers l'est.

    Le sous-lieutenant Mauduit, avec sa 4° section, gardait, dans les environs de l'église, les couverts sud du village.

    Le P. C. de Compagnie, avec le 2° groupe de mitrailleuses du sous-lieutenant Vaillant, était installé face au nord-ouest la ferme Crow entre le lieutenant Payen et l'adjudant-chef Demnat. (Rapport officiel sur le coup de main.)

    La Section de Commandement, sous les ordres du sergent-chef Marrec, devait défendre le P. C. de Compagnie. Elle était dans la ferme Crow.

    Le poste de secours du docteur Renault occupait la cave de la ferme Howard, sous la maison de maître. L'endroit assigné au Docteur avait été mal choisi; c'était le plus menacé du village de Fay.

    Des deux fermes Howard et Crow, il ne subsiste presque rien; elles ont été la proie des flammes ou se sont écroulées sous les obus.

    Dans l'attente de l'attaque allemande.

    Pour tout ce qui concerne Fay, Renault est un témoin de premier ordre, car il est resté, dans ce point d'appui, du 26 mai au 8 juin, et il y a fait preuve d'un courageux dévouement, avec le caporal-chef brancardier Lécrivain et le soldat Duval. J'ai eu également à ma disposition quelques notes du
    sergent-chef Marrec, et enfin le rapport officiel, très insuffisant. Je mettrai entre guillemets ce que j'emprunte au rapport.

    Dans la soirée du 31mai, vers 22 heures, le sergent Raymond, sous-officier adjoint du lieutenant Payen, avait remarqué un affolement anormal des troupeaux de vaches errant en liberté, et le dispositif de veille avait été renforcé. Vers 3 heures, le sous-officier de garde entendait très nettement parler allemand, près de la barricade, derrière la chapelle; il donna l'alerte.

    Le sergent-chef Marrec m'écrit: « A 3h50 exactement, une fusillade inouïe vient nous mettre en alerte. Nous sommes attaqués. »

    Le rapport continue « Un quart d'heure après, on entendit hurler des commandements et les Allemands au
    nombre d'une cinquantaine se ruaient à l'assaut de la barricade. Le soldat Mignard ouvrit le feu au F.M. Au bout de quelques rafales, le F. M. s'enraya. Les Allemands, qui s'étaient repliés, revinrent à l'assaut au lance-flammes, à la grenade, et les défenseurs débordés furent dépassés par les Allemands qui pénétraient dans le village.

    La troupe qui attaquait la 9° Compagnie était formée d'une soixantaine d'hommes, selon les uns, d'une Centaine selon d'autres, d'un groupe de reconnaissance; un capitaine les commandait. Des camions les avaient amenés jusqu'à Dompierre. Car chez nos adversaires, mieux organisés que nous, on savait éviter aux combattants les fatigues inutiles, et garder leurs forces intactes pour le combat. A la louange
    de nos hommes, on doit constater qu'en dépit de fatigues incroyables, ils combattaient avec courage. L'expérience des jours suivants devait montrer qu'ils valaient bien les fantassins allemands.

    Utilisant le ravin de Dompierre, qui descend du nord au sud, pour aboutir au bois du Satyre et à Soyécourt, l'ennemi s'était approché de Fay. Il agira de la même manière du 5 au 7 juin.

    Pourquoi venait-il ? Pour un simple coup de main ou une occupation définitive ? Les déclarations des prisonniers feraient plutôt croire à la première explication; mais leur équipement pourrait incliner à admettre la seconde solution. Le docteur Renault écrit: « Plutôt véritable attaque, qui faillit pour nous tourner à la catastrophe, et qui, grâce à la vaillance des hommes, tourna en un succès brillant ».

    L'ennemi d'abord attaqua la grande ferme Howard, située à proximité du ravin.

    « Vers 3 heures du matin, dit Renault, la section Payen, placée à l'ouest, derrière la barricade regardant le bois, et dans le jardin Howard, est subitement attaquée à coups de grenades, par des mitraillettes et des fusils. Elle riposte mais 2 de ses F. M. s'enrayent presque aussitôt. L'ennemi peut être contenu pendant 10 minutes par nos grenades. Mais elles s'épuisent, et l'attaque allemande, foudroyante, se rue par dessus la barricade, et continue vers les maisons. »

    Les lance-flammes des assaillants, note Marrec, mettent le feu aux hangars de la ferme Howard; la voiturette du mortier de 60 en position dans la cour y fut consumée avec le cheval. Le courage des servants du mortier et de leur chef, le sergent Baudry, sauva la pièce.

    Payen, une fois l'ennemi passé, parvient à rassembler ses hommes, et, sa position n'ayant plus de sens, il essaie de rallier les autres sections par l'est, en faisant un grand crochet dans la plaine par la crête, au nord de Fay. Mais dans la nuit et la brume, il ne peut approcher les Français qui ne le reconnaissent pas. Il doit gagner Estrées, d'où il ralliera Fay, au petit jour.

    Estrées, à 1 kilomètre au sud, était parfaitement tranquille. Ce n'était donc pas la grande attaque à laquelle pouvait penser Payen. Il ne s'agissait que d'une attaque locale.

    « Pendant ce temps, les Allemands, après avoir occupé la
    ferme Howard, dont ils avaient incendié les communs avec leurs lance-flammes (j'étais - c'est Renault qui parle - à ce moment dans la cave avec mes 8 brancardiers) s'attaquent à la position centrale: le P. C. du capitaine Dunand, mitrailleuses, mitraillettes, lance-flammes... dans la nuit, à bout portant. Dunand résiste; le combat se poursuit, acharné, pendant une heure ou une heure et demie. La mitrailleuse
    du sous-lieutenant Vaillant fait un travail énorme.

    Finalement, au lever du jour, un certain flottement se produit parmi les assaillants, d'autant plus que la section Mauduit qui n'avait été que peu prise à partie; accourt à la rescousse.

    La section Mauduit était, on s'en souvient, aux environs de l'église de Fay, au carrefour central; son intervention courageuse et opportune modifie heureusement la situation; elle contre-attaque dans la direction de l'église.

    L'ennemi s'acharnait sur le P. C. L'emplacement des mitrailleuses est en flammes; on installe les pièces dans le P. C. même (ferme Crow). Malheureusement, l'une des mitrailleuses s'enraye et l'on n'en a pas d'autres pour la remplacer.

    Pour la suppléer, le sergent-chef Marrec donne l'ordre à sa section de commandement de tirer au fusil jusqu'à épuisement des munitions. Après une demi-heure de combat, l'ennemi se sentant pressé par derrière par la section Mauduit commence de battre en retraite, divisé en deux groupes. Les grenades    V. B. de Mauduit avaient fait merveille.

    Une partie des Allemands s'échappa par le bois, en direction de l'ouest.

    L'autre partie chercha son salut par le nord-ouest, et s'engagea sur la plaine montante ; elle se trouva prise sous le feu de l'unique mitrailleuse qui fonctionnât encore au P.C, et des fusils-mitrailleurs de l'adjudant-chef Le Demnat, en position au nord. Nos armes automatiques causèrent parmi les Allemands des pertes considérables.

    A ce moment, le capitaine Dunand donne l'ordre à Marrec de poursuivre les fuyards. Suivi d'un groupe d'hommes, il se jette derrière l'ennemi, avançant avec précaution au milieu des morts et des blessés. Dans une haie d'aubépine; à 50 metres du P. C., un soldat allemand était blotti. Sommé de se rendre, il répond par 3 coups de révolver; Marrec riposte; l'Allemand se croyant perdu se lève et se rend.
    Deux groupes de renfort arrivent : le groupe du sergent Muron et celui du caporal-chef Gontier.

    Avec cette petite section, Marrec court dégager le poste de secours, et il reprend la ferme Howard; deux Allemands y sont capturés.

    Le docteur Renault, entendant enfin des voix françaises, sort du poste de secours avec ses brancardiers. Pendant près de 2 heures, il avait entendu au-dessus de sa tête le bruit des bottes et des voix allemandes. Il put assister à l'épisode final : la capture du deuxième groupe ennemi près de la crête nord.

    C'est de ce côté, en effet, qu'après avoir dégagé la ferme Howard, que Marrec porte sa section. Il aperçoit bientôt l'ennemi qui rampe pour essayer d'atteindre ses lignes. Il ouvre le feu. Le groupe, dans l'impossibilité d'aller plus loin, hisse un fusil au bout duquel s'agite un mouchoir. 17 Allemands se lèvent, les bras en I'air. Marrec les désarme et les contraint à se charger des blessés. Il y avait des morts allemands et français. Ceux-ci avaient été emmenés par I'ennemi, et ils étaient tombés vraisemblablement sous nos balles.

    Écoutons maintenant Renault :

    « Tout est fini : partout des Allemands gisent, morts ou blessés, C'est à mon tour de travailler. Mes brancardiers vont ramener les blessés, français et allemands, quelques-uns même presque jusqu'à Dompierre. Les voitures sanitaires arrivent une demi-heure après.

    En une heure, tous les blessés pansés, réconfortés, sont partis vers l'hôpital, indistinctement, les plus gravement atteints les premiers.

    Cela me semble de la plus stricte humanité. Mais je dois à la vérité de dire que les médecins allemands que j'ai vus plus tard, ne se sont jamais occupés, tout au moins pour les premiers soins, que de leurs blessés; leur attitude en face des blessés français était indifférence pure et simple. Je raconte là ce que j'ai vu... »

    Il y eut exactement 29 prisonniers, dont 14 étaient blessés.16 cadavres allemands, dont celui d'un lieutenant, restèrent sur le terrain du combat, entre l'église, la ferme Howard et la crête.

    Les attaquants poussaient devant eux quelques-uns des nôtres qu'ils avaient pris. C'est ce qui explique probablement ce que me dit un sergent de la 9° Compagnie que je vis,
    blessé, au poste de secours du Régiment : L'ennemi, après s'être emparé de lui et de ses hommes, les avait contraints à marcher devant les assaillants qui étaient ainsi entrés dans le village; ils avaient dû essuyer le feu de leurs camarades de la 9°.

    Le lance-flammes allemand avait laissé des traces dans la grange de la ferme Howard; les morts de l'ennemi y furent déposés provisoirement. Le spectacle de ces cadavres était effrayant; ils étaient figés dans l'attitude de combat, les bras jetés en avant, comme pour écarter la mort implacable.

    Peut-être y eut-il également, chez l'ennemi, d'autres victimes demeurées dans les boqueteaux, car le barrage de notre artillerie se montra d'une redoutable efficacité.

    Vers 6 heures du matin, le calme était revenu; le jour était complètement levé. On acheva de nettoyer les abords du village. Le groupe Jost s'installa à la barricade. Les groupes Gontier et Bourhis déblayèrent les jardins au nord-ouest; avec l'appui de la section Le Demnat, on rassembla les derniers prisonniers et le matériel abandonné par l'ennemi.

    Ce matériel était considérable: 36 fusils, 2 mitraillettes, 3 mitrailleuses légères, 2 lance-flammes, 50 grenades, 10 pots fumigènes et tout un lot d'équipements. Il faut mentionner aussi un appareil téléphonique. Son porteur devant rester dans Fay, s'y cacher, pour pouvoir renseigner ses chefs; il
    avait, déclara-t-il, volontairement accepté cette dangereuse mission pour éviter une grave sanction dont il était menacé.

    Dans cette petite, mais glorieuse affaire, nous eûmes 1 sergent (Thébaut) et 5 hommes tués, 7 sous-officiers et 8 blessés. Les pertes étaient lourdes. Nos morts furent ensevelis l'après-midi, en des fosses distinctes, près de l'église, à l'est. Les Allemands furent déposés dans une fosse commune, derrière l'église.

    L'heureux résultat de ce coup de main avorté (car c'était une chance inouïe d'avoir tant de prisonniers en un tel moment) valut au capitaine Dunand la croix, et au lieutenant Mauduit une citation à l'ordre de l'Armée.

    Le soir du 1er juin, la section Dugast, de la 10° Compagnie monta en renfort à Fay, et le surlendemain la Compagnie tout entière, conduite par le capitaine Derange, remplaça la 9°; Celle-ci avait déjà bien travaillé pour améliorer nos défenses. La 10° y ajouta encore, en complétant les réseaux de barbelés; en creusant quelques boyaux de communication; en organisant la protection antichar.

    En revenant de Fay, dans l'après-midi du 1er juin, je passai par Estrées, occupé maintenant par le 117° R.I  (1° Bataillon). Il y régnait un silence extraordinaire, annonciateur d'événements graves, dont tous sentaient
    l'approche. Les hommes, attentifs, veillaient à leurs emplacements de combat.

    J'entrai dans l'église qui devait bientôt servir de cible à l'artillerie allemande. Un canon de 25 y avait été installé avec son groupe de servants. Par une meurtrière creusée dans le mur nord, il devait interdire le carrefour aux blindés ennemis.

    Le gros du 3° Bataillon du 41° RI était à Soyecourt, employé à des travaux défensifs. Un détachement du Génie posait des mines antichars. Ce qu'on faisait d'ailleurs partout.

    Le 2 juin, un incendie s'y déclara. Nos canons de 75 tirèrent beaucoup ce jour là.

    Je fus l'hôte, à déjeuner, de Dorange et de ses officiers. C'était la dernière fois que je voyais notre cher Dorange. Il pressentait qu'une tâche difficile lui serait assignée à Fay. Mais on pouvait compter sur son courage. Il le prouva par sa mort, le matin du 5 juin.

    Le 3 juin, à 3 h. 30, alerte aux chars, à Soyécourt. Le point d'appui de Fay avait entendu des bruits de moteur, du côté de l'ennemi. Sur les autres points avancés de notre front la même remarque est faite. On comprendra bientôt que ce sont les divisions blindées qui prennent position. Le Bataillon se porte aux postes de combat. L'alerte ne fut pas maintenue.

    Une patrouille ennemie se présenta aux lisières nord de Fay, probablement pour couvrir des travailleurs, car déjà, la veille, le capitaine Dunand avait signalé que nos adversaires organisaient le terrain devant le village.

    La même patrouille revint encore le soir. Nos F. M. et le mortier de 60, par un tir précis et efficace, l'éloignèrent.

    A la tombée de la nuit, la 10° Compagnie et la section de mitrailleuses Chantérac montèrent sans incident à Fay, où elles relevèrent la 9° Compagnie et la section de mitrailleuses du sous-lieutenant Vaillant.

    Une modification avait été apportée dans le dispositif de la 11°; il faut la signaler, car elle sera l'occasion pour cette Compagnie de montrer sa valeur, le 5 juin.

    Le général Toussaint, commandant la 19° D. 1., s'était rendu compte par lui-même, de l'opportunité d'établir entre Soyécourt et Fay un « poste d'intervalle » dans le bois du Satyre, à cheval sur la voie de 60 qui relie Fay à Soyécourt, au carrefour du chemin sous bois et de la route nationale. Ce poste devait tenir coûte que coûte, et assurer la liberté des mouvements entre Soyécourt et Fay, confiés tous deux
    au 3° Bataillon du 41° RI.

    Le 1er juin, la section du sous-lieutenant Véron s'y installa et organisa des emplacements de combat. Les mortiers de 81 du Bataillon, aux ordres de l'adjudant Baot (de la C. R. E.), lui furent adjoints; ils devaient tirer à la demande du Commandant de la 10 Compagnie, de Fay. Le capitaine Fauchon avait demandé que les mortiers de 81 fussent envoyés à Fay, où les vues étaient excellentes, au lieu d'être mis en position dans le bois du Satyre où l'on ne voyait rien. Son avis ne prévalut pas. Le bois était fort épais; il gardait nombre de souvenirs de l'autre guerre: trous d'obus, abris enterrés, anciennes tranchées de la ligne allemande. Les hommes creusèrent des trous (un pour 2 hommes) et placèrent un peu de barbelé. A chacun on remit 2 grenades F1 (! ! !) en cas d'attaque par patrouille. C'est tout ce qu'on leur donner dans une situation si critique. Henri Corre écrit dans son journal: « Le sous-bois est d'un noir ou fermer et ouvrir les yeux n'a aucune importance »

    Fauchon, dont l'activité était inlassable, alla le 2 juin visiter sa section, dans le bois du Satyre, et poursuivit sa reconnaissance jusqu'à Fay, pour reconnaître un itinéraire et s'entendre avec le capitaine Dunand et le lieutenant Loysel, officier de renseignements ; car la 11° Compagnie avait reçu, comme mission éventuelle, de pousser à Fay des éléments de contre-attaque, en cas de danger pour ce point d'appui.

    Le matin et le soir, d'autres patrouilles de la 11° inspectèrent le bois du Satyre et des Fermes.

    Le 3 juin, la section de l'adjudant-chef Lebreton releva la section Véron. Il n'était plus prévu de contre-attaque de la 11° Cie sur Fay. La mission était de résister sur place, à quelque prix que ce fût.

    Les 3 autres sections de la 11° Cie étaient dans Soyécourt, autour de l'église, avec la 9° chargée du secteur est, et la C. A. 3.

    La journée du 4 juin fut une journée d'attente. On continua de s'organiser partout, à Fay, dans le bois du Satyre, et à Soyécourt.

     


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  • Le Commandement s'était rendu compte que l'ennemi, renforcé, se préparait à passer à l'offensive. En conséquence, l'intention du général Sciard, commandant le 1° Corps, est exposée le 29 mai dans les prescriptions suivantes :
    « 1°: Dissocier les attaques par un système de défense échelonné en profondeur et restant incrusté au sol, même s'il est tourné ou dépassé, de manière à permettre l'intervention des grandes unités cuirassées en réserve d'Armée. »

    « 2°: Organiser cette défense sur la ligne générale actuellement tenue, de manière à : gêner le franchissement de la Somme par les engins blindés; leur interdire de prendre pied sur le plateau sud et
    ouest de la Somme; en cas d'impossibilité, disloquer leur attaque sur ce plateau, et, finalement, les empêcher d'en déboucher vers l'Avre, la Luce, la région de Chaulnes et celle de Roye.

    « 3° Réaliser une défense antichars particulièrement solide aux débouchés sud-est de Corbie et sud-ouest de Péronne.

    « Le 31 mai, le 1° C. A. reçoit la mission de barrer la direction Péronne-Clermont; »

    Préparatif de défense de la 19° Division d'indanterie.

     Aussi vite et aussi bien qu'elle le peut , la 19° D. I. organise sa défense dans les villages et autour des villages. Mais qu'est-ce qu'un petit bataillon, réduit par ses pertes, pour chacun des points d 'appui ! On ne peut tendre, par endroits que quelques fils de fer. On ne saurait établir les réseaux épais, difficilement franchissables, de l'autre guerre. Dans la mesure où c' est possible, on détache un ou deux canons de 75,
    comme antichars, dans ces points d'appui, car la portée utile de nos pièces de 25 n'est que de 800 mètres. La Division ne dispose que de 12 canons de 47, de sa batterie organique. Elle reçoit en outre, la 610° batterie de .D. C. A., en réserve d'armée. Ces canons de 47 sont vraiment remarquables, et
    les Allemands sauront bien employer contre nous ceux qu'ils prendront. Partout on établit de puissantes barricades contre les blindés. Les hommes se creusent de petites tranchées, qu'ils appelaient « trous Gamelin » ; un nom nouveau pour un procédé bien ancien . Ce n'est guère qu'à Vermandovillers qu'on peut faire une ligne continue de tranchées.

    Il eût été difficile de défendre avec si peu d'hommes l'ensemble des villages, allongés au bord des routes; on se retranchait dans les parties les plus favorables. Les maisons étaient aménagées pour le tir. Ce système s'avérera efficace.

    Sur la route, entre Vermandovillers et Herleville, une batterie du 304° R. A. P., que rien ne masquait, avait été mise en position; dans le bois Étoilé, à proximité de la même route, deux batteries du 10° R. A. D, les 8° et 9° étaient mieux installées. Deux canons de 47 les flanquaient, l'un au nord, l'autre à l'ouest.

    Le départ du Général Toussaint.

    Dans les parties les plus avancées du secteur, nous rencontrions souvent le général Toussaint, commandant notre 19° D.I: Je le vis pour la dernière fois le 31 mai, alors qu'il revenait, en side-car, d' Estrées où je me rendais moi-même. En haut lieu , on estimait qu'il s'exposait trop, en allant sans
    cesse dans les positions d'avant. Les officiers et les hommes ne pensaient pas ainsi. La présence des chefs réconforte les combattants.

    Le 1° juin, le Général nous quittait; il recevait un autre commandement. Le colonel Durieu, son chef d'État-Major, nous avait été enlevé trois semaines auparavant, en Alsace, appelé à d'autres fonctions. Il n'avait pas encore été remplacé.

    Ce m'est un devoir de dire en passant notre gratitude à ces deux chefs, et d'évoquer particulièrement la belle figure de soldat, le noble caractère du général Toussaint. Par sa vie tout entière, il était parfaitement adapté à la 19° Division ; il a sa part dans la formation morale de cette belle unité. On peut dire du Général qu'Il fut un ami pour tous ses officiers ; pour les hommes, il se montra toujours charitable et bienveillant.
    Une conscience très droite, très délicate, le caractérisait. Ceux qui l'ont approché pourraient en apporter
    de multiples témoignages. Il s' imposait aussi par sa grande distinction. Polytechnicien, il avait fait sa carrière dans l'artillerie, et dans les années qui avaient précédé la guerre, il était attaché militaire à Rome. Le matin du 2 juin, il prit congé de son État-Major, et, très ému, s'éloigna d 'une Division avec laquelle il eût voulu combattre jusqu'à la fin, laissant derrière lui d'unanimes regrets.

    Le général Lenclud, jusqu'alors commandant de l' Infanterie Divisionnaire de la 11° Division, lui succéda. Il fut pour nous un chef excellent , d'une grande décision. C'était un fantassin, passé par le Centre des Hautes Etudes militaires, où il avait été élève du colonel de Lorme. A la veille de l' attaque allemande, il prenait la direction d'une division qui devait jouer un grand rôle dans la bataille de la Sommes.
    Nous trouvâmes auprès du général Lenclud la même bienveillante et large compréhension . Lui aussi fut pour ses officiers un ami. Le commandant Rocaut l'accompagnait; une amitié profonde les unissait ; tempérament optimiste et actif, Rocaut dans les pires heures garda son esprit lucide et résolu. Précieuse qualité chez un chef d'Etat-Major.

    L'état moral de la Division était fort bon, en dépit de l'extrême fatigue des officiers et des hommes. Mal ravitaillés, depuis le 17 mai nous ne dormions presque pas. C'était inévitable, puisqu'il n 'y avait personne pour nous relever. 

    Le regretté capitaine Dorange notait, le 14 ma i, sur son carnet : « Les hommes ont le moral très haut ».

    Un jeune caporal mitrailleur de la C. A. 3 du 41° RI, qui devait se battre magnifiquement, écrivait de son côté:

    Au départ d'Alsace : « Nous étions très excités et bien résolus. Nous étions certains (c'est lui qui souligne) de les arrêter (les Allemands). Comment pouvions-nous prévoir . . .L'inaction de notre aviation, les ordres de repli continueIs et surtout l'infériorité de notre armement sur l'armement ennemi ... Les copains en passant nous reconnaissaient et tous riaient et blaguaient. Tout le monde avait bon moral. »

    Au moment où le régiment entra dans la zone de combat : Nous étions très fiers.

    Dans une autre note, il dit: « Un soir , nous nous arrêtons une demi-heure et nous repartons ensuite pour faire encore environ 25 kilomètres. Nous n'avions rien touché de la roulante; nous étions pleins d'entrain malgré cela. (Du côté de Hallu-Puzeaux.)

    Enfin, le matin du 5 juin, début de l 'attaque allemande; l'eau manquait déjà pour les hommes , elle ferait défaut pendant 3 jours; le même caporal Maurice Chareaudeau écrit : Ce qui reste d'eau, nous le gardons pour refroidir le canon de nos mitrailleuses.

    Le commandant Pierret du 1° Bataillon du 177°, rappelant les fatigues déjà endurées, ajoutait: Mes officiers et mes hommes sont épatants, malgré des fatigues énormes ( car nous n'avions pas le temps de dormir); ils ont un moral merveilleux, et ne demandent qu'à marcher de l'avant.

    On pourra s'en convaincre par ce récit, l'âme commune de la 19° DI était haute. Des fatigues, des périls plus grands encore nous sont réservés, car nous sommes à la veille de la grande attaque allemande. Nos hommes y sont préparés. Elle ne les surprendra pas. Ils feront front à l'ennemi avec vaillance.

     

     


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  • Capitaine Fauchon Maximilien - Cdt la 11° Cie du 3° Bataillon.

     Le Capitaine FAUCHON, Commandant la 11è Compagnie du 3è Bataillon
    au Colonel PAILLAS, Commandant l'Infanterie Divisionnaire

    Partie de Dietrviller, le 17 mai, en même temps que la 9è Cie du capitaine Dunant, la 11è Cie a été embarquée en train le 18 mai à Dannemarie, avec le reste du 3è bataillon ( Commandant Jan ). Arrivée le 20 mai à Creil. Débarquement sur routede la Lys, en autobus vers 23 h 00. Débarquement le 21 mai, à 3 h 00 dans l'Oise, à 4 ou 5 km de Ressons sur Matz. Marche jusqu'à Ricquebourg et cantonnement bivouac. L'après midi, reconnaissance par le chef de Bataillon et les commandants de Compagnies, à Crapeau-Mesnil, que les civils évacuent. Mitraillade sans perte par des avions ennemis ( 40 bombardiers escortés par des chasseurs ). A 21 h 30, départ à pied du Bataillon pour Carmy-sur-Matz, par La Beslière. Travaux d'organisation défensive du village les 21 et 22 mai. Reconnaissance avec le chef de Bataillon de Les Loges et du bois des Loges en vue d'une occupation défensive éventuelle.

    Le 23, à 2 h 30, préparatifs de départ du bataillon. Contre-ordre: on ne s'arrêtera aux Loges que pour s'approvisionner et repartir. Marche par Chapeau-Mesnil, Amy (désertion du soldat Pierre Trumier de la 4° Section en cours de route); passage de l'Avre à Roiglise (tirs de mitrailleuse de D.C.A. contre avions)
    l'après-midi marche par Carrepuis (Somme) et Gruny-sur-Cremery, survolés par des avions allemands qui provoquent des incendies vers Nesles. Halte pendant que le Commandant Jan va aux ordres (Eventualité d'une attaque avec chars pour rejeter, d'ordre du Général Frère, les allemands au-delà de la Somme, sur Peronne). Continuation de la marche par Liancourt, Fosse, Fonchette, jusqu'à Puzeaux ou le Bataillon se barricade de nuit, survolé par des avions allemands.

    Le 24 mai, départ du bataillon, en marche d'approche, pour prise de contact, par Chaulnes. De Chaulnes, progression - 10è Cie (Capitaine Dorange) et 9è Cie en 1er échelon, suivies des mitrailleuses, la 11è Cie en 2è échelon - sur Vermandovillers, Soyécourt, Estrées et Deniécourt. Les 1er fusants boches apparaissent au-dessus en arrière du bois séparant Soyécourt d'Estrées. Au débouché de ce bois, la 11è Cie traverse en ordre, un tir de barrage ennemi qui lui, tue les soldats Ramel et Lebris. Auparavant, la 9è Cie, quelque peu désaxée vers la droite, avait pris contact avec l'ennemi, et s'était arrêtée au Sud-Est d'Estrées, Diénécourt. Dans Estrées - Déniécourt, le Commandant jan arrête le reste de son Bataillon et s'y organise défensivement. La 11è Cie renforcée d'I.S.M se forme en deux points d'appui fermés, dans la partie Ouest. Nos feux d'armes automatiques arrêtent les éléments isolés d'infanterie de Fay et d'Assevilers. Je suis sans liaison à gauche.

    Le 25 mai, amélioration de l'organisation des point d'appui. Récolte des liquides inflammables. Je suis prévenu que le 26 mai à l'aube, la 11è Cie marchera seule, avec I.S.M sur Fay pour enlever ce village et ensuite devenir compagnie de 2è échelon, du 3è Bataillon. Si le Bataillon part appuyer l'attaque que le 1er Bataillon du Cdt Hermann effectuera sur Assevilers, à 3 h30, à ma droite, en débouchant  lui aussi par mon P.A . . . Aussi, au coucher du soleil, je me mets en observation à l'Ouest d'Estrées en bordure de la route de Foucaucour et, à la nuit, guide une patrouille avec F.M, rechercher si l'ennemi n'occupe pas la lisière du bois voisin des premières maisons du Sud de Fay, car une mitrailleuse allemande dans ce bois au débouché de l'attaque du lendemain pourrait causer une hécatombe dans la 11è Cie. La patrouille ne reçoit pas de coup de feu, mais repère quelques sentinelles à la corne Sud-Est du bois et près de la 1ère maison de Fay. Au retour, nous vérifions que le local de la bascule, sur la route de Fay, n'est pas occupé. Je rends compte au commandant Jan et demande (ce qui m'est accordé) de me laisser placer à l'Ouest d'Estrées, avant le débouché de l'attaque, une S.M (section Saillard) qu'il récupérera à mon entrée dans Fay, et qui aura pour mission, quand je progresserai sur Fay à l'Est et sur la route de la bascule à Fay, de neutraliser par ses feux les armes ennemies, s'il venait à s'en révéler à la lisière du bois ou à l'entrée Sud de Fay. Au petit jour, en même temps que Saillard, je place le Sergent Roussel avec un tireur et un chargeur de F.M au local à bascule, pour provoquer en temps utile, par quelques rafales de F.M sur le bois, la riposte ennemie qui décèlerait une arme automatique allemande.

    Le 26 mai, la 11è Cie attaque en colonne double: à gauche, section Le Breton, suivie à 100 m de la section Philippe; à droite, section Holtz suivie de la section Véron; les deux groupes de mitrailleuses de la section Catherine - Duchemin intercalés entre les deux échelons; je marche au centre droit à la hauteur des éléments de tête, ma section de commandement de l'adjudant Maignant derrière moi, ainsi que le mortier de 60, ou j'ai fait pourvoir au remplacement du Caporal-chef Le Vavasseur permissionnaire par l'intérim de l'Adjudant Baot de la C.R.E . . . L'occupation de Fay, manoeuvré par la droite, et nettoyé par les section Philippe, se fait sans autre incident qu'un blessé (Soldat Bourel de la section Le Breton). La Cie, en colonne double, suit les foulées des colonnes allemandes dans l'herbe humide et s'arrête à 500 m au delà de Fay au sommet d'une crête d'ou les vues sont superbes. Je n'ai aucune liaison avec le 1er Bataillon, dont l'axe de marche était divergent du mien, et n'ai pu obtenir, avant le départ, aucune indication sur la situation à ma gauche. Je m'enterre sur place, en arc de cercle largement étalé, épousant la ligne de faîte des crêtes au Nord et au Nord-Ouest de Fay, avec à droite de la route de Fay, à la sucrerie de Dompierre, mon mortier de 60 et un groupe de mitrailleuses, et à gauche, l'autre groupe de mitrailleuses. Notre crête est balayée par les mitrailleuses allemandes, mais, grâce à nos trous et nos camouflages, nous ne déplorons aucunes pertes. Deux attaques d'infanterie allemande s'élancent alors contre la 11è Cie, dont l'une vers midi. Elles sont repoussées par nos tirs de mitrailleuses et la seconde qui, partie de Dompierre, tentait de nous tourner par la gauche boisée, par le mouvement en avant et les feux des sections Le Breton et Philippe. Les pertes infligées à l'ennemi me permettent de le bluffer et ce n'est que par ordre, vu le retrait du 1er Bataillon sur Estrées, que la Cie rentre, à 23 h 00 à Estrées - Deniécourt, sans que l'ennemi se hasarde à la suivre. Vers 24 h 00, la Cie s'organise dans Estrées sur ses emplacements de la nuit précedentes.

    Le 27 mai, le Commandant Jan me demande si je suis volontaire pour retourner occuper Fay. Après réponse affirmative, je pars avec un groupe de combat soutenu à vue par les reste de la section Philippe, patrouiller dans la lisière boisée à gauche de la route de la bascule et constater que Fay était libre, et la 11è Cie, en groupement temporaire avec la 4è section de la C.A.3 (qui n'a plus que trois pièces en état de tirer) fait sans incident, à 15 h 00, l'occupation de Fay, avec mission d'y tenir pour permettre des opérations projetées. Je demande en vain les mortiers de 81 du Bataillon mais j'obtiens un tir d'artillerie sur l'observatoire allemand repéré au crépuscule dans la sucrerie de Dompierre. Les mitrailleuses allemandes n'avaient causé aucune perte à mes éléments avancés de jour à la crête de 500 m en avant de Fay. De 24 h 00 à 1 h 00 du matin, bombardement d'artillerie allemande et Minenwerfer concentré sur le village. Comme nous n'y avions que la section Philippe et le mortier de 60, avec l'Adjudant Baot, les pertes s'y limitent à 2 blessés évacués (Sergent Roussel et le Soldat Gagnot).

    Le 28 mai, après midi, un détachement d'assaut allemand vient occuper un petit bois circulaire entre la route de Fay et la sucrerie et celle de Fay à Assevillers et, par des feux nourris de mitrailleuses, soutient d'autres groupements d'assaut attaquant la section Holtz sur son flanc droit. Le Lieutenant Holtz se défend par le feu et le mouvement en avant, tandis que je me porte à sa hauteur avec le groupe Le Goff de la section Le Breton et la mitrailleuse. ( la seule en état de tirer du groupe voisin ). Je commande un feu par salve du groupe Le Goff qui doit s'arrêter, puis un feu fauchant de ma mitrailleuse qui fait taire le boqueteau que les ennemis évacuent. Une rafale de minen arrose le groupe Le Goff, puis un Dornier descend sur lui en vol piqué. Je donne au F.M et la mitrailleuse l'ordre de tirer droit dessus l'avion, tandis que le sergent Le Goff fait tirer tous les fusils et mousquetons de son groupe. A la 3è section, Holtz fait de même. Le Dornier arrête sa descente, et tente de filer en rase motte, puis, après déviation va s'abattre en flammes dans les bois au milieu de nos hourras. Une patrouille du Sergent Gabe au boqueteau des assaillants repoussés. Puis, après visite du Commandant Jan, puis du Colonel Loichot, le dispositif de la Cie est resserré dans Fay pour la nuit et les jours à venir, vue la situation du Bataillon.

    Le 29 mai, patrouilles du Sous-Lieutenant Philippe dans le ravin boisé à gauche et du Commandant de Compagnie vers les crêtes occupées par nous la veille. Cette 2è patrouille, ayant reçue des rafales lointaines de mitrailleuses du versant ouest du ravin boisé, je fais tirer la mitrailleuse déplacée au cours d'une précédente alerte du cimetière jusqu'au voisinage de la section Philippe, et le ravin rentre dans le calme.

    Après-midi, un groupe ennemi venu de Dompierre met en batterie un mortier derrière le bois au Nord-Est du ravin situé à notre gauche. Sur renseignements précis de mon observateur Le Sagnoux, un tir du mortier de 60, dirigé par l'Adjudant Baot, met rapidement hors de combat le mortier ennemi dont l'équipage se replie, ramenant ses morts. Des éléments ennemis, qui s'étaient rapprochés en sous bois et tiraient à la mitrailleuse, se replient aussi.

    La section Véron en liaison avec la section Le Breton, procède à des travaux d'organisation d'emplacements interchangeables de combat pour que la section de manoeuvre puisse faire face à toutes éventualités. La Cie reçoit une note du Commandant Jan, lui transmettant les félicitations du Colonel Loichot. Dans la soirée, une note du Colonel me prévient que deux sections de chars, précédant deux sections de voltigeurs du 1er Bataillon progresseront sur Fay pour nettoyer mes arrières des infiltrations ennemies dans les bois à ma ma gauche, pour donner au Commandant des chars tous renseignements utiles. Ordre exécuté après avoir fait dégager l'un des deux barrages aux issues vers le ravin boisé. Vers 21 h 30, les chars, dont les mitrailleuses produisent en tirant, le même que celui des mitrailleuses allemandes, débouchent sur Fay par le sud et tirent à l'aveuglette sur nous au canon et à la mitrailleuse. Par miracle, personne n'est tué. Malgré nos signaux, les chars continuent à tirer, ne s'arrêtent que lorsque j'ai pu, près de l'église m'agripper au char de tête et me faire reconnaître. Le Lieutenant des char déclare qu'il a juste assez d'essence pour rentrer. Le souvenir de cet incident devait le 7 juin au matin, me faire croire, devant l'arrêt et la cessation de tir d'un char dont le chef se dressait en levant les deux bras, qu'il s'agissait encore une fois d'une méprise d'un de ces nouveaux chars Français, dont on nous avait laisser espérer, à maintes reprises, la contre-attaque en notre faveur et cette méprise, si courte fut-elle, devait faciliter à l'ennemi la mise hors de combat des survivant de la 11è Cie jusqu'alors jamais vaincue.

    Le 30 mai, à 3 h 30, dans le brouillard, ruée de stosstruppen utilisant le feu d'une mitrailleuse et d'une mitraillette, contre le groupe Cabe de la section Holtz, terré en trous individuels à quelques mètres devant le carrefour Nord de Fay ( vers la sucrerie et Assevillers ). Notre groupe résiste héroiquement sur place et les allemands se replient en hurlant, en emmenant leurs blessés. Un mort: le soldat Bigot Joseph. Les allemands laissent sur le terrain du matériel qu'une patrouille ramène au jour. A mon arrivée à la 3è section, le Lieutenant Holtz avait fait prendre à temps toutes dispositions utiles. J'ajoute le Sergent Cabe ( déjà cité dans la Sarre ) et les soldats Bigot et Salun Henri sur l'état des proposition des citations de la Cie, immédiatement signalés à ma diligence au Commandant Jan et fais procéder aux obsèques de Bigot au muretin Est de l'Eglise. Je resserre le dispositif de la Compagnie du côté du ravin et passe les consignes au Capitaine Dunant venu reconnaître. Après-midi, patrouille du Commandant de Compagnie dans le ravin, donnant la chasse à une patrouille ennemie. Relève à 22 h 00 par la 9è Cie. Installation dans Estrées - Deniécourt en 2 P.A. fermés avec une S.M pour ossature.

    Le 31 mai, organisation des points d'appui . . . Quelques tirs d'armes automatiques sur des isolés allemands venant d'Assevillers. Relève vers 22 h 00 par le 117è R.I . . . Notre Bataillon, dont la 9è Cie reste à Fay, part à Soyécourt relever des éléments du 1er Bataillon. La 11è Cie, s'installe en P.A fermé autour de l'église et de l'école-mairie avec  la 4è section ( à 3 pièces ) de la C.A.3, un canon de 25, un canon de 75, tandis que la 10è Cie, les mortiers de 81, les mitrailleuses de 20 et la C.A.3 ( Lt George ) forme un autre P.A fermé dans Soyécourt Sud autour du P.C du Commandant Jan, avec un canon de 75. Pas d'éléments amis entre nous et Estrées. Devant nous le 1er Bataillon ( Capitaine Giovannoni ) à Foucaucourt. A gauche des éléments amis à Herleville, hors de vue . . .

     

     

     

     

     


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  • Le 1er Juin, à l'aube, activité d'artillerie. De mon observatoire du clocher, je vois, derrière les bois du Satyre et des fermes un incendie s'élevant de Fay. Calme à Foucaucourt. Pas de vue sur Herleville. Mise au point de l'organisation de mon P.A rendue plus difficile par l'envoi, par ordre supérieur, d'une de mes sections, en poste d'intervalle dans le bois du Satyre, à cheval sur la voie ferrée et limité au Nord par la route de Foucaucourt à Estrées, avec mission de tenir coûte que coûte comme le P.A Soyécourt et d'assurer la liberté des mouvements entre Soyécourt et Fay. Les mortiers de 81 de l'Adjudant Baot sont confiés au P.I du bois de Satyre pour tirer à la demande du Commandant de la Compagnie de Fay.( Ordre supérieur écrit ). Toute la journée, travaux d'organisation du P.A j'obtiens un groupe de mitrailleuses du Sergent Raulet de la section Saillard de la C.A.3 pour la sécurité de ma gauche, vu le terrain. L'après midi, je vais reconnaître le P.I de la section Véron et, au retour, détruis par l'incendie un bâtiment qu'aurai pu dangereusement utiliser l'ennemi. Le canon de 25 m'est enlevé par le Bataillon.

    Le 2 Juin, continuation de l'organisation défensive, utilisant le plus de bâtiments possible. Passant la Cie au Lieutenant Holtz, Je m'arme d'un mousqueton et vais, dans la matinée, reconnaître, après une visite à la section Véron, un itinéraire sous bois jusqu'à Fay, ou je prend langue avec le capitaine Dunant et le Lieutenant Loysel du P.C.R.I, la 11ème ayant une mission éventuelle de pousser jusqu'à Fay des éléments de contre-attaque en cas de danger pour la Cie de Fay. Ayant appris qu'on recherchait le Lieutenant du Génie pour faire sauter 2 caisses de munitions repérées par une patrouille en bordure de la route de Dompierre, à 300 mètres de Fay, avant la crête, j'y pousse un isolé et reconnais là 2 caisses vides laissées par la 11ème Cie. J'en rend compte à la 9ème.

    Chaque soir et matin, une patrouille de la 11ème visite le du Satyre et des Fermes.

    L'après midi, tirs de D.C.A contre des Dornier et des Messerschmidt. Le Bataillon prévient que Fay signale des bruits de moteur. Le Bataillon accepte mon offre de signal de 5 coups de cloches de mon observatoire du clocher en cas d'attaque brusquée par infanterie. La section de Commandement de la 11ème munie d'un F.M de rechange, s'occupe à l'organisation de la défense arrière du P.A. Achèvement de la mise au point des barrages incendiaires anti-chars. Des balles ennemies sifflent au milieu de mon dispositif, venant du Nord.

    Le 3 juin, la section du Lieutenant Le Breton relève la section Véron. Contrairement aux conclusions de mes rapports à ce sujet, les mortiers de 81 sont maintenus par ordres au P.I ou ils sont aveugles, au lieu d'être envoyés dans Fay. La 10ème Cie relève à Fay la 9ème qui la remplace à Soyécourt. Il n'est plus prévu de contre-attaque de la 11ème sur Fay; La mission est de résister sur place coûte que coûte. Le Commandant jan, venu inspecter mon dispositif, s'en déclare satisfait, il m'annonce qu'il a transmis toutes les propositions de citations que j'avais faites et qu'une proposition y a été ajoutée pour moi. A ce moment, la liste des citations proposées en sus de 4 pour la C.A.3, d'une pour le motocycliste du P.C.R et de 2 pour mes premiers morts à leur poste:

    Ramel et Le Bris

    Le Lieutenant Holtz Jean

    Sergent Gabe Maurice

    Soldats 2ème classe Salaune Henri et Bigots Joseph (tué)

    Soldats de 1ère classe Le Saignoux Jules et Bigot Jean

    Caporal-chef Troadec Maurice

    Soldat Nael Isidore

    Sergent Le Goff Jean

    Sous-lieutenant Véron Jean

    Caporal-chef Ben Ehoutyahmed

    Chef Samson Eugène

    Soldat Audrain Victor

    Sergent Roussel Louis

    Soldat Cantin François

    Caporal Naud Eloi

    Soldat Gautjier roger

    Sergent Haudereau Marc

    et je tenais du Commandant Pigeon (P.C.R.I.) et du Colonel Loichot lui-même, qu'elles pouvaient être considérées comme accordées.

    Le 4 juin, journée d'attente. La section Le Breton signale que tout va bien. Continuation des travaux. J'ai fait emmener, par la voiture de la compagnie, dont ce sera le dernier voyage, des paires de brodequins et le fanion de la compagnie.

    Le 5 Juin, de 3 h 30 à 5 h 00, tirs d'artillerie très dense sur le bois du Satyre et les bois de Foucaucourt et Fay. Le Saignoux se dépense sans compter au poste d'observation du clocher. Des éléments d'infanterie ennemie, venant de Dompierre ( vu ordre d'attaque trouvé le jour même sur un gefreiter tué au bois de Satyre apparaissent, venant de la crête de la route de Foucaucourt à Estrées. Derrière nous, à plusieurs kilomètres et derrière le P.A de la 9ème et du P.C du Bataillon débouchent, sur la route d'Estrées à Soyécourt, des chars lourds allemands bientôt au nombre d'au moins une vingtaine. Le canon de 75 du P.A en fait flamber un, les autres chars poursuivent leur route vers nos arrières (vers Vermandovillers et Chaulnes, semble t-il) L'observation de notre mortier de 60 veille et l'équipe est prête à mettre en batterie suivant l'un ou l'autre des objectifs possible repérés les jours précédents. Les allemands attaquent par l'Est Foucaucourt qui tient énergiquement. A droite d'un boqueteau (non sur le plan directeur) sis au Nord de Soyécourt, et venant de la route de Foucaucourt à Estrées, des éléments d'infanterie allemande cherchent bientôt à s'infiltrer. Un tir de mortier de 60 décide ces éléments ennemis à ne pas insister. Entre temps, j'avais commandé la cessation du feu à mon groupe de droite de la S.M pour ne pas gaspiller les munitions en tirs lointains prolongés; mais plus au Nord-est, venant sur nous, apparaît de l'infanterie allemande de l'effectif d'au moins une compagnie. Je donne au groupe précité de mes mitrailleuses, l'autorisation de tirer sur l'assaillant (faute de mortier de 81 et mes demandes par le Bataillon à l'artillerie restant sans résultat). Entre temps, j'étais allé, avec 3 voltigeurs, faire une petite patrouille dans le vallonnement voisin invisible du clocher, les balles allemandes y sifflant, j'avais mis le feu à une ferme d'ou un point de mon P.A aurait pu être surpris d'assaut.

    Du clocher, l'on voit de part et d'autre de la route de Foucaucourt à Estrées, de nombreuses vagues d'assaut allemandes manoeuvrant contre le bois du satyre.

    Sans liaison avec Le Breton, je fais donner ordre à ma pièce de 75 de tirer à vue sur ces assaillants, dont nous voyons une partie battre alors en retraite vers la route de Foucaucourt. A ce moment avec le Sergent-chef Métivier, je vais chercher à 500 mètres un isolé en casque français venant sur nous sans arme apparente. C'est un artilleur fuyant d'Estrées qu'il me dit encerclé par l'ennemi; j'envoie ce fuyard se réhabiliter au canon de 75 du P.A. Chacun à leur section, les Lieutenants ne cessent de veiller, avec ordre de ne pas sortir de leurs barbelés. L'Adjudant Maignant donne tous ses soins à mes liaisons dans le P.A. Sans liaison avec mon P.I, je décide de m'y rendre en compagnie du groupe de combat du Sergent Boulanger et de trois volontaires (Soldat Morin, Sergent Augibaut et Sergent Rondel) et confie le commandement du P.A au Lieutenant Holtz. Je manoeuvre par un thalweg jusqu'au premières lisières du bois du Satyre et m'y infiltre par demi-groupe. Je parviens au P.I que je trouve entouré et semé d'une éloquente jonchée de cadavres allemands.

    La section Le Breton, attaquée depuis 3 h 00 du matin, sans liaison possible avec Fay, avait été cernée de tous côtés et avait résisté à fond faisant 5 prisonniers à l'ennemi, le contraignant à reculer et à se terrer au Nord de la route de Foucaucourt à Estrées. Le Sergent Le Goff et son groupe, du coté Foucaucourt du dispositif, étaient tués et blessés, séparées du reste par des tirs de mitrailleuses allemandes, l'Adjudant Bao tué, les chevaux des mortiers tués, le Soldat Corre Henri très grièvement blessé. L'ennemi avait abandonné une mitrailleuse anti char, une mitrailleuse lourde, des mitraillettes, des pistolets, des mauser, des caisses de munitions, des grenades et de nombreux cadavres. Après le tour du poste et les félicitations aux vainqueurs, je fais relever par le groupe Boulanger, le groupe Guitton que Rondel conduit à Soyécourt ainsi que les mortiers et le corps de Baot. L'interrogatoire sur place des prisonniers m'apprendra que l'officier assaillant comprenait trois compagnies. Je trouve un ordre d'attaque, m'arme d'un mauser et aidé de Morin rapporte à Soyécourt un prisonnier valide portant la mitrailleuse anti char dont le P.I n'aurait pu se servir. Je vais au P.C du bataillon et demande au P.S de préparer une équipe de brancardiers. Ayant trouvé des munitions V - B, je retourne, vers 14 h 30 au bois avec morin, Gauvain, 3 brancardiers et des infirmiers pour tâcher de ramener des blessés et ravitailler Le Breton qui avait armé ses survivants d'armes et de munitions allemandes. Je ne pu que ramener Corre et les blessés allemands; le groupe Le Goff retrouvé dans un combat au F.M, au fusils et à la grenade, gisait à son emplacement de résistance, tous ses combattants morts ou grièvement blessés, coupés de nous par des feux infranchissables de mitrailleuses allemandes. Le Caporal-chef Lechevestrier, les soldats Ramonet et Malejacq tombent tués. Le Breton rentre, sur mon ordre, au coucher du soleil, malgré les feux de renforts allemands venus d'Estrées, ramenant avec lui une mitraillette et son glorieux butin.

    Les soldats Zochetto, Fernaud, Caillard, Gastel et Henri étaient tués.

    A Soyécourt, la mitrailleuse allemande remplaça la mitrailleuse française hors de combat.

    Des colonnes allemandes motorisées, venant d'Estrées, en roulement continu, défilaient à 2 km derrière nous, allant vers nos arrières.

    Le 6 juin, Foucaucourt tenait toujours sous les attaques d'infanterie. Je m'installe en P.C d'observation à l'horloge du clocher jusqu'à ce qu'il s'écroule sous le tir rapproché d'une pièce allemande, blessant à mort Le Saignoux. Le Commandant Jan me cède ses mortiers de 81. Des tirs ajustés de voltigeurs arrêtent les éclaireurs allemands. A la section Philippe, l'artillerie ennemie tue Garry, blesse le Sergent-chef Métivier, le sergent Lorit, Le caporal Chef Chabot, les Soldats Letot et Khoas.

    Le 7 juin, vers 2 h 30, les éclaireurs allemands incendient un bâtiment à 50 m. A 3 h 30, comme nous lançons des V.B au jugé, je suis appelé au P.C du Bataillon. C'est l'ordre de retraite, la 11ème Cie d'arrière-garde. Je demande un ordre écrit. Je passe mes ordres pour un décrochage méthodique et l'itinéraire et formation de retraite. La compagnie bluffe l'ennemi par des tirs de mortiers et mitrailleuses. Le départ se fait sans pertes, sans rien abandonner et en faisant en cours de route, les destructions nécessaires. Nos cyclistes sont bientôt sans liaison avec la 9ème qu'accompagne le chef de bataillon et je suis sans canon de 25. Après la traversée de Vauvillers, un avion allemand nous repère. Vers Rosières en Santerre ou s'étaient dirigés des éléments du 1er Bataillon, on entend des mitrailleuses, Harbonnières est bombardé. A 200 m du pont de la voie ferrée, la compagnie, en colonne double, reçoit un tir de mitrailleuse de flanc à gauche et dans le dos. Plusieurs tombent. Par bons successifs, j'entraine la section de tête de gauche que suivent les mortiers de 81, jusqu'au pont. Ici, rafales ajustées de mitrailleuses. Comme la compagnie était en train d'exécuter mon ordre de passer à l'abri de la route en remblai du pont, une attaque de chars et d'engins motorisés allemands débouche dans ce compartiment de terrain. Le Caporal-chef Benkouty et d'autres tombent tués sous leur tir. La Compagnie se trouve sur deux billards balayés par les mitrailleuses allemandes. L'unité motorisée fonce en avant, s'arrête en continuant de tirer, puis subitement interrompt son tir et je vois avec stupéfaction surgir d'une tourelle de char un homme dont je ne saurais dire qu'il a un casque allemand, qui lève les deux bras et reste ainsi comme si il faisait Kamarade. C'est alors que, pensant à la soirée stupide de 29 mai à Fay, ou la 11ème Cie avait subi par erreur le feu de chars français dont les mitrailleuses tiraient en faisant le même bruit que les mitrailleuses allemandes, j'en viens d'autant plus facilement que depuis le 20 mai je n'avais guère dormi, ayant été constamment au travail ou dérangé à me demander: Est-ce encore une méprise ? serait-ce un début d'entrée en scène de ces chars français dont on nous annoncé l'arrivée à la rescousse ? et sans doute ne suis-je pas le seul à avoir ce réflexe, car mes voltigeurs ne tirent plus. L'on n'entend plus que les rafales de mitrailleuses de l'autre coté du remblai, par derrière. Je brandis alors le fanion de la Compagnie et bondis aussi vite que me le permet la jambe gauche blessée par choc depuis le 28 mai, vers le char immobile, toujours surmonté du buste du type faisant Kamarade, qui se trouvait être l'élément du dispositif allemand le plus rapproché de la tranchée de la voie ferrée. En partant, je dis à mes voisins: des gradés et hommes de la section Véron et les mortiers de 81: Si ce ne sont pas des français, ne vous occupez pas de moi, tirez. J'avais en effet pleinement confiance en Holtz, que chacun à la 11ème savait nommément désigné par moi, pour prendre le commandement de la Compagnie, si je venais à être descendu. En avançant, je m'aperçois qu'il s'agit d'allemands. Je me me retourne en criant: se sont des allemands. et j'oblique vers la gauche. Les allemands se sont remis à tirer et à manoeuvrer. Le char portant leur chef tire à droite d'ou je suis. la riposte française ne se produit pas. Mais tirez; feu. Je me laisse tomber dans le ravin et suis la ferrée en direction de passage à niveau utilisé par une route joignant Harbonnières à Caix, tandis qu'une équipe de F.M essaie vainement de me suivre. La-haut, aux cris allemands, puis à la cessation du tir, je comprend que les survivants sont cernés et prisonniers. Je cache le fanion et fait le mort, pendant un temps que le bris de ma montre au bois du satyre le 5 dans une chute qui avait rouvert la plaie de ma jambe m'empêche d'apprécier. Puis, je rampe jusqu'à la cabane de Wc de la maison du garde barrière ou j'étudie la carte et observe. des side cars et camions ennemis passent par la route du passage à niveau; les survivants de la 11ème ont disparu, emmenés en captivité. A un moment favorable, je gagne le ravin qui contourne Caix, pour tenter de rejoindre la 9ème et le chef de Bataillon. Je retourne et suis les foulées de colonne par un que des musettes jetées par des hommes du 41ème m'incitent à croire à la vie bonne. A hauteur de Caix, je tombe dans une embuscade allemande, braquant sur moi mitraillettes et mausers. Décidé à m'évader à la première occasion (comme je l'avais fait de St Quentin le avril 1918, après avoir été capturé le 27 mars 1918 à Thilloloy), je dis en allemand (je viens, je suis seul) et parle de ma Compagnie. Le Sous-officier qui commandait le groupe me déclare (je sais). On nous a parlé de la compagnie cernée. Les survivants sont prisonniers, et il se met au garde à vous devant moi; Schiksal (destinée) et me salua, quand je le quittai, me laissant mon étui à pistolet.

    Le 10 juin, je réussis à quitter la colonne de prisonniers avant Péronne, au centre de rassemblement de prisonniers, les allemands, sous la menace de fusiller, 5 Officiers et 5 Soldats, si je n'étais pas ramené, réussirent à trouver deux lâches qui guidèrent une camionnette allemande jusqu'à ma cachette. Je ne devais plus avoir d'occasion de tenter une évasion jusqu'à ce que l'armistice survienne . . . 

    HOYESSWUDA, Oflag IV,D le 24 Octobre 1940.

    Le Capitaine fauchon - Signé FAUCHON

    Source: SHD - document relevé le 30 Octobre 2015

     

     

     

     

     

     


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