• Organisation défensive avant le 5 juin 1940

    Le Commandement s'était rendu compte que l'ennemi, renforcé, se préparait à passer à l'offensive. En conséquence, l'intention du général Sciard, commandant le 1° Corps, est exposée le 29 mai dans les prescriptions suivantes :
    « 1°: Dissocier les attaques par un système de défense échelonné en profondeur et restant incrusté au sol, même s'il est tourné ou dépassé, de manière à permettre l'intervention des grandes unités cuirassées en réserve d'Armée. »

    « 2°: Organiser cette défense sur la ligne générale actuellement tenue, de manière à : gêner le franchissement de la Somme par les engins blindés; leur interdire de prendre pied sur le plateau sud et
    ouest de la Somme; en cas d'impossibilité, disloquer leur attaque sur ce plateau, et, finalement, les empêcher d'en déboucher vers l'Avre, la Luce, la région de Chaulnes et celle de Roye.

    « 3° Réaliser une défense antichars particulièrement solide aux débouchés sud-est de Corbie et sud-ouest de Péronne.

    « Le 31 mai, le 1° C. A. reçoit la mission de barrer la direction Péronne-Clermont; »

    Préparatif de défense de la 19° Division d'indanterie.

     Aussi vite et aussi bien qu'elle le peut , la 19° D. I. organise sa défense dans les villages et autour des villages. Mais qu'est-ce qu'un petit bataillon, réduit par ses pertes, pour chacun des points d 'appui ! On ne peut tendre, par endroits que quelques fils de fer. On ne saurait établir les réseaux épais, difficilement franchissables, de l'autre guerre. Dans la mesure où c' est possible, on détache un ou deux canons de 75,
    comme antichars, dans ces points d'appui, car la portée utile de nos pièces de 25 n'est que de 800 mètres. La Division ne dispose que de 12 canons de 47, de sa batterie organique. Elle reçoit en outre, la 610° batterie de .D. C. A., en réserve d'armée. Ces canons de 47 sont vraiment remarquables, et
    les Allemands sauront bien employer contre nous ceux qu'ils prendront. Partout on établit de puissantes barricades contre les blindés. Les hommes se creusent de petites tranchées, qu'ils appelaient « trous Gamelin » ; un nom nouveau pour un procédé bien ancien . Ce n'est guère qu'à Vermandovillers qu'on peut faire une ligne continue de tranchées.

    Il eût été difficile de défendre avec si peu d'hommes l'ensemble des villages, allongés au bord des routes; on se retranchait dans les parties les plus favorables. Les maisons étaient aménagées pour le tir. Ce système s'avérera efficace.

    Sur la route, entre Vermandovillers et Herleville, une batterie du 304° R. A. P., que rien ne masquait, avait été mise en position; dans le bois Étoilé, à proximité de la même route, deux batteries du 10° R. A. D, les 8° et 9° étaient mieux installées. Deux canons de 47 les flanquaient, l'un au nord, l'autre à l'ouest.

    Le départ du Général Toussaint.

    Dans les parties les plus avancées du secteur, nous rencontrions souvent le général Toussaint, commandant notre 19° D.I: Je le vis pour la dernière fois le 31 mai, alors qu'il revenait, en side-car, d' Estrées où je me rendais moi-même. En haut lieu , on estimait qu'il s'exposait trop, en allant sans
    cesse dans les positions d'avant. Les officiers et les hommes ne pensaient pas ainsi. La présence des chefs réconforte les combattants.

    Le 1° juin, le Général nous quittait; il recevait un autre commandement. Le colonel Durieu, son chef d'État-Major, nous avait été enlevé trois semaines auparavant, en Alsace, appelé à d'autres fonctions. Il n'avait pas encore été remplacé.

    Ce m'est un devoir de dire en passant notre gratitude à ces deux chefs, et d'évoquer particulièrement la belle figure de soldat, le noble caractère du général Toussaint. Par sa vie tout entière, il était parfaitement adapté à la 19° Division ; il a sa part dans la formation morale de cette belle unité. On peut dire du Général qu'Il fut un ami pour tous ses officiers ; pour les hommes, il se montra toujours charitable et bienveillant.
    Une conscience très droite, très délicate, le caractérisait. Ceux qui l'ont approché pourraient en apporter
    de multiples témoignages. Il s' imposait aussi par sa grande distinction. Polytechnicien, il avait fait sa carrière dans l'artillerie, et dans les années qui avaient précédé la guerre, il était attaché militaire à Rome. Le matin du 2 juin, il prit congé de son État-Major, et, très ému, s'éloigna d 'une Division avec laquelle il eût voulu combattre jusqu'à la fin, laissant derrière lui d'unanimes regrets.

    Le général Lenclud, jusqu'alors commandant de l' Infanterie Divisionnaire de la 11° Division, lui succéda. Il fut pour nous un chef excellent , d'une grande décision. C'était un fantassin, passé par le Centre des Hautes Etudes militaires, où il avait été élève du colonel de Lorme. A la veille de l' attaque allemande, il prenait la direction d'une division qui devait jouer un grand rôle dans la bataille de la Sommes.
    Nous trouvâmes auprès du général Lenclud la même bienveillante et large compréhension . Lui aussi fut pour ses officiers un ami. Le commandant Rocaut l'accompagnait; une amitié profonde les unissait ; tempérament optimiste et actif, Rocaut dans les pires heures garda son esprit lucide et résolu. Précieuse qualité chez un chef d'Etat-Major.

    L'état moral de la Division était fort bon, en dépit de l'extrême fatigue des officiers et des hommes. Mal ravitaillés, depuis le 17 mai nous ne dormions presque pas. C'était inévitable, puisqu'il n 'y avait personne pour nous relever. 

    Le regretté capitaine Dorange notait, le 14 ma i, sur son carnet : « Les hommes ont le moral très haut ».

    Un jeune caporal mitrailleur de la C. A. 3 du 41° RI, qui devait se battre magnifiquement, écrivait de son côté:

    Au départ d'Alsace : « Nous étions très excités et bien résolus. Nous étions certains (c'est lui qui souligne) de les arrêter (les Allemands). Comment pouvions-nous prévoir . . .L'inaction de notre aviation, les ordres de repli continueIs et surtout l'infériorité de notre armement sur l'armement ennemi ... Les copains en passant nous reconnaissaient et tous riaient et blaguaient. Tout le monde avait bon moral. »

    Au moment où le régiment entra dans la zone de combat : Nous étions très fiers.

    Dans une autre note, il dit: « Un soir , nous nous arrêtons une demi-heure et nous repartons ensuite pour faire encore environ 25 kilomètres. Nous n'avions rien touché de la roulante; nous étions pleins d'entrain malgré cela. (Du côté de Hallu-Puzeaux.)

    Enfin, le matin du 5 juin, début de l 'attaque allemande; l'eau manquait déjà pour les hommes , elle ferait défaut pendant 3 jours; le même caporal Maurice Chareaudeau écrit : Ce qui reste d'eau, nous le gardons pour refroidir le canon de nos mitrailleuses.

    Le commandant Pierret du 1° Bataillon du 177°, rappelant les fatigues déjà endurées, ajoutait: Mes officiers et mes hommes sont épatants, malgré des fatigues énormes ( car nous n'avions pas le temps de dormir); ils ont un moral merveilleux, et ne demandent qu'à marcher de l'avant.

    On pourra s'en convaincre par ce récit, l'âme commune de la 19° DI était haute. Des fatigues, des périls plus grands encore nous sont réservés, car nous sommes à la veille de la grande attaque allemande. Nos hommes y sont préparés. Elle ne les surprendra pas. Ils feront front à l'ennemi avec vaillance.

     

     

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