• Le combat du Bois Etoilé.

    Le combat du Bois Etoilé.

    Depuis plusieurs heures, les artilleurs du Bois Étoilé et du chemin d'Herleville résistent avec acharnement, livrés à eux-mêmes, car les 9 ou 10 hommes du 41° (Ce qui restait d'une section de la 7° Compagnie très éprouvée le 27 mai à Saint-Christ. ) fournissaient un appoint insuffisant.

    On a vu que dans le bois se trouvaient la 7° batterie du 10° R. A. D. (capitaine Magne) et la 9° (capitaine de Nantois). Les batteries de soutien du 304° étaient dans le chemin, à l'ouest. La veille, 4 juin, le capitaine de Nantois avait été envoyé, comme observateur du groupe, à Deniécourt. Son rôle fut important pour tout le secteur, puisque de son observatoire avancé, il dirigea le tir des batteries.

    Celles-ci avaient beaucoup travaillé depuis le 24 mai; outre les tirs d'accompagnement dans les attaques locales, les tirs de harcèlement et d'interdiction, les tirs à vue sur des travailleurs, véhicules et objectifs de toutes sortes, elles avaient organisé la position. Emplacement de pièces enterrées, abris à personnel et à munitions furent construits, sans que les batteries (installées dans le bois) fussent jamais repérées, grâce à la discipline du personnel, tant pour le camouflage que pour la circulation aux abords de la position.
    Les avant-trains occupaient le sud du bois, les chevaux étaient installés dans des trous d'obus datant de 1916; Leur présence à proximité de la position à laquelle le capitaine de Nantois avait particulièrement tenu, devait ultérieurement assurer le salut des batteries.

    En partant pour Deniécourt, le capitaine de Nantois laissait sur la position deux hommes en qui il avait une entière confiance, le sous-lieutenant Eloy et l'aspirant Muzard. Avec une ligne téléphonique, d'abord, puis après la destruction de cette ligne, avec un E. R. 22, le capitaine de Nantois commandait le tir du 3° Groupe et du 304° R. A.

    Ceci se passait à 4 h 30.

    Dans les heures qui suivirent les batteries du Bois Étoilé tirèrent sans relâche.

    Mais, en même temps, elles devaient repousser une attaque rapprochée d'infanterie.

    A la corne nord-ouest du Bois Étoilé, j'avais installé (écrit le capitaine de Nantois) un poste de guet, dans le but d'observer les fusées, mais aussi d'assurer la sécurité immédiate de la batterie. Ce 5 juin, les pièces ne cessaient de tirer depuis le petit jour. Après le tir sur chars que j'avais commandé, elles avaient participé à nombre de concentrations ordonnées par le groupe, et aussi exécuté des tirs d'arrêt demandés par l'infanterie (41° R. I.), lorsque, à 6 heures, le poste de guet signale un mouvement d'infanterie à droite
    de Foucaucourt. Un peu avant 8 heures, cette infanterie s'est rapprochée, et le maréchal des logis chef Guénégo vient du poste de guet avertir le sous-lieutenant Eloy qu'il s'agit d'infanterie ennemie. Elle a profité du large intervalle existant entre les points d'appui face au Bois Étoilé et a progressé en partie à pied, en partie en engins motorisés. Le lieutenant Eloy fait immédiatement venir un avant-train attelé, et prenant une pièce sur la position (chef de pièce: maréchal des logis Heuzé), il la fait conduire et mettre
    en batterie à la corne nord-ouest du bois. II ouvre tout de suite le feu sur l'infanterie allemande; il démolit ainsi 4 chenillettes et écarte les fantassins ennemis qui glissent à l'ouest du bois, s'emparant des deux pièces de 47 appartenant à la 610° batterie anti-chars d'armée, et également de deux batteries du 304°.R A. (en position entre le bois et Herleville).

    Mais notre pièce avancée est prise à son tour à partie par des armes automatiques : il devient impossible de la servir. Le sous-lieutenant Eloy prend sur la position une deuxième pièce (chef de pièce: maréchal des logis Decanlers) et la porte à 100 ou 150 mètres de la première à la lisière ouest du bois.

    Jouant avec le feu de ces deux pièces, il les dégage alternativement l'une par l'autre.

    Le bois est pratiquement entouré sur un demi-cercle, à l'intérieur duquel se trouvent et ma position et ses avant-trains. Ces avant-trains n'étaient restés en ce lieu que sur ma demande, et grâce à mon chef d'escadron. Je m'en réjouis aujourd'hui; sans eux le déplacement des pièces, et aussi sans doute leur repli deux jours plus tard eussent été impossibles, et la présence des conducteurs sur la position a permis
    d'assurer le ravitaillement en munitions et le service des armes automatiques sans diminuer celui des pièces, c'est-à-dire sans cesser d'appuyer l'infanterie au maximum des possibilités.

    La situation n'en demeure pas moins critique. Aussi le sous-lieutenant Eloy, laissant à l'aspirant Muzard le soin d'assurer avec la première section les tirs demandés par le groupe et par l'infanterie, se consacre entièrement à la défense rapprochée.

    Conducteurs et servants, et parmi eux les conducteurs Maugis et Riouall, le servant Jean, rivalisent d'entrain et de courage. Les canons amenés en lisière, les fusils automatiques et les mitrailleuses de la batterie sont activement approvisionnés et servis; un peu plus tard, la défense sera renforcée de onze armes automatiques prises aux Allemands.

    Vers 10 heures. les premiers fantassins allemands lèvent les bras en l'air, demandant à se rendre. Le sous-lieutenant Eloy, accompagné du maréchal des logis chef Guénégo, s'avancé pour recevoir leur reddition. Mais une balle tirée par de proches camarades des candidats prisonniers, le frappe au cou, mettant à nu la carotide. Il est évacué tout de suite, non sans avoir eu le bonheur de voir capturés les
    prisonniers.

    A Deniécourt, le capitaine de Nantois connaissait la position critique de sa batterie; il demande par radio à revenir en prendre le commandement. Le chef du se groupe (commandant Schérer) le maintient à Deniécourt, où sa présence est si utile à tout le secteur, comme un officier supérieur ennemi le reconnaîtra.

    Mais le commandant Schérer s'était rendu compte que l'évacuation du sous-lieutenant Eloy ne laissait pas un encadrement suffisant à la 9° batterie. Il enlève donc à la 7°, également en position dans le Bois Étoilé, mais à la droite du bois (est) et par suite en dehors de l'attaque rapprochée d'infanterie, le lieutenant de Courson. Celui-ci arrive à la 9° vers 10 h 15.

    Alors se produit une nouvelle attaque de l'infanterie allemande; on se bat à 30 ou 40 mètres des canons, au fusil, à la mitrailleuse. Mais tous ceux qui ont pénétré dans le bois sont abattus avec les armes individuelles tandis qu'un tir à obus à balles empêche les renforts d'arriver.

    A Deniécourt, le capitaine de Nantois est blessé, à la même heure, à l'œil gauche. Jusqu'au soir, avec le seul œil droit, il continue d'observer, pour renseigner le groupe et diriger le tir. Il doit suivre, lui télégraphie le commandant Schérer le sort de l'infanterie, quel qu'il soit.

    La situation est toujours grave au Bois Étoilé; les mitrailleuses allemandes prennent les canons de la 8° batterie du 304° R. A. d'enfilade, et les artilleurs ne peuvent plus servir leurs pièces. Momentanément, une douzaine de servants sont capturés avec leurs pièces; les autres se sont retirés. Les canons et les hommes seront repris, quand les Allemands à leur tour se rendront. La situation risque de devenir irrémédiable, si les batteries tombent aux mains de l'ennemi; alors le 41° serait enveloppé, puisque déjà à notre droite (est-sud-est) les chars tournent autour d'Ablaincourt, et, de très bonne heure, ce matin se sont dirigés sur Chaulnes, P. C. de l'Infanterie Divisionnaire, où ils ont attaqué sans succès la garnison du point d'appui; de là, ils se sont portés sur Lihons, au sud de Vermandovillers, où ils se sont heurtés à une
    énergique résistance de nos pièces de tout calibre: 25, 75, 155 même, débouchant à zéro.

    Dans une conjoncture si critique, un Lieutenant du 304° accourt au P. C. du 41°, et vient demander que des renforts dégagent les batteries de son unité .(Ce Lieutenant officier de liaison du 304° auprès du 41° vint à plusieurs reprises signaler la position critique des batteries de son Régiment et du 10° R. A. D. au
    Bois Etoilé. La dernière fois, un sous-officier l'accompagnait; les pièces du 304° avaient dû, disait-il, être abandonnées par leurs servants. )

    Le lieutenant-colonel Loichot ne peut envoyer personne; il n'a plus que 3 petites sections de la 7° Compagnie, fort réduite par les pertes subies à Saint-Christ; il est impossible de dégarnir les points d'appui, tous attaqués. Ayant eu connaissance de cette difficulté, l'adjudant Tardiveau, qui commande la section de chenillettes, s'offre volontairement à en armer deux de fusils mitrailleurs, et à aller avec ces
    faibles moyens aider les artilleurs. Le lieutenant-colonel Loichot approuve cette idée excellente et cette initiative courageuse. Tardiveau, Thébault, Katchoudourian, Ruel et Lainé vont faire un bon travail.

    Voici comment s'exprime le rapport sur cette affaire:
    A 9 h 30, les deux chenillettes se mettent en route pour Herleville, Tardiveau arrive au milieu des batteries et, sans hésiter, agissant avec ses chenillettes comme avec des chars, il parcourt le terrain, les calottes des chenillettes à moitié levées pour laisser passer les fusils-mitrailleurs qui tirent par rafales sur tous les groupes d'Allemands rencontrés. Affolés, les ennemis fuient de tous les côtés, mitraillés par les artilleurs.
    Quelques groupes qui tentaient de résister sont réduits à l'impuissance, et tous ceux qui ne sont pas tués ou blessés jettent leurs armes et se rendent. A 11 h 30, les batteries du 304° sont dégagées.

    Mais l'affaire continuait sur le 10° R. A. D. Écoutons le capitaine de Nantois: « A 12 h 30, pour la troisième fois, l'infanterie ennemie attaque ma position, du Bois Étoilé; et pour la troisième fois, elle est repoussée. Les pièces avancées (de la 9° batterie) tirent à balles et à explosifs; elles démolissent un canon du 304° pris par les Allemands, et que ceux-ci tournaient contre le bois. Les fantassins allemands lèvent les bras en l'air. Un nouveau tir accélère leur reddition. Les prisonniers sont faits par le lieutenant de Courson, le
    maréchal des logis Heuzé, et le canonnier Maugis. »

    A ce moment, interviennent les deux chenillettes du 41°, qui, après avoir aidé les artilleurs du 304°, s'étaient dirigées vers le Bois Étoilé, où se défendaient magnifiquement les hommes de la 9° batterie. Le rapport du 41° note que les Allemands sont démoralisés, parce qu ils croyaient avoir affaire à des chars; ils sont décimés par les artilleurs et « abrutis par plusieurs heures d'une lutte farouche, ils abandonnent leurs armes et se rendent peu à peu »

    Après 3 heures d'efforts, le Bois Étoilé et le chemin d'Herleville sont dégagés; si bien qu'à 15 h 15 la 9° batterie peut prendre part à la concentration de groupe demandée de Deniécourt par le capitaine de Nantois sur une batterie de 105 motorisée qui progressait à hauteur d'Assevillers et se mettait en position dans un creux. Un quart d'heure après, on vit s'en aller précipitamment deux tracteurs et un caisson; la batterie entière était détruite.

    A 15 h 30, 216 prisonniers, dont 5 officiers, sont confiés à l'aspirant du Réau, de la 7° batterie, et emmenés par lui au P. C. du Groupe à Vermandovillers, et ensuite au P. C. du 41°. Tandis que Muzard assure les tirs d'arrêt et aussi ceux demandés de l'observatoire de Deniécourt par le capitaine de Nantois, le lieutenant de Courson veille aux lisières du Bois Étoilé.

    La mission de Tardiveau n'est pas achevée. Avec ses chenillettes, il fait un tour rapide dans le champ de blé, à l'ouest du bois, et en avant du poste de guet, aux deux points où s'est produite l'attaque d'infanterie; il balaie de quelques rafales le terrain où se tiennent encore quelques Allemands cachés dans les blés, et qui après son passage recommenceront à tirer. « La nuit seule ramènera le calme sur la position. Cette nuit du 5 au 6 juin sera d'une tranquillité absolue, occupée seulement par les tirs d'arrêt et de concentration demandés par le groupe, tandis que veillent les postes de garde placés autour du bois. »

    Avant de suivre l'adjudant Tardiveau du côté d'Herleville, ajoutons encore cette remarque du capitaine de Nantois, à la louange d'hommes trop souvent oubliés dans leur tâche héroïque et obscure:

    « Pendant toute cette journée du 5 juin, les lignes téléphoniques entretenues par la batterie ont été constamment maintenues en service malgré les bombardements. Des lignes supplémentaires
    ont été établies en cours d'action pour relier les pièces avancées. Ceci est tout à l'honneur de l'équipe
    téléphonique de batterie dirigée par le brigadier Foltz. »

    Revenons à nos chenillettes. Avec beaucoup de courage et un très grand sens de l'opportunité, Tardiveau se tourne vers Herleville, où se défend le 2° Bataillon du 41°. Il y a encore là des Allemands aux prises avec nos fantassins, spécialement dans la partie est du point d'appui; saisi entre deux feux, dans la plaine, l'ennemi dépose les armes (Les sous-lieutenants Gefîray et Cocault, du 2° Bataillon ! se plaisent à reconnaître l'efficacité de l'intervention de Tardiveau dans le dégagement d'Herleville. )

    Jusqu'à 20 heures, les chenillettes de l'Adjudant travaillent à nettoyer le terrain autour d'Herleville et à le libérer. Les Allemands qui peuvent s'échapper regagnent en désordre la route d'Amiens.

    On voit par cette action remarquable que l'infanterie allemande, sans engins blindés nombreux, ne surpassait pas nos hommes en valeur, et que nous eussions fait une très belle guerre, si l'arrière nous eût donné des chars et des avions.

    Les prisonniers faits aux abords d'Herleville y furent conduits avant d'être envoyés à Vermandovillers; ils étaient épuisés et se précipitaient sur les puits, tant ils avaient soif.

    A Vermandovillers, ils rejoignirent les prisonniers du Bois Étoilé. Parmi les 5 officiers, il se trouvait un chef de bataillon. Ils appartenaient à plusieurs unités: 134° Régiment d'Infanterie (autrichien); 96° Rhénan, un G. R. Un feldwebel déclara fièrement : « Je suis le seul survivant de mon bataillon » et, montrant la plaine, il ajouta : « les autres sont là ! »

    Les pertes allemandes en cette affaire furent considérables.

    A Vermandovillers, le lieutenant Loysel, officier de renseignements du 41°, interrogea les officiers; puis on les transporta bien vite à l'État-Major de la Division, où sans doute on fut très heureux d'en tirer quelques renseignements.

    Les hommes de troupe furent emmenés dans la soirée par le lieutenant Austruy de la C. H. R., venu de Lihons avec une dizaine de fantassins pour les escorter.

    La journée du 5 juin s'achève, le soir tombe. Nos ambulances apportent les blessés des villages, sauf ceux de Fay, qu'elles ne peuvent malheureusement atteindre. Par la route de Lihons, nos camarades et des blessés allemands sont évacués sur l'arrière.

    Le calme s'est fait; il semble que les Allemands n'aiment pas les combats de nuit.

    Les appels de Fay arrivent toutes les heures; on y tient toujours; mais il faudrait des vivres, des munitions, des renforts pour le dégager.

    A l'horizon, des incendies dévorent les maisons, ces témoins d'une vie naguère tranquille. De grosses fusées jaunes montent vers le ciel, en arrière de nos positions. Des projecteurs allemands balaient les nuages du côté d'Ablaincourt.

    Bien sombres s'annoncent nos perspectives. En cette fin de journée, la situation se présente ainsi:
    A notre gauche, la 7° D.I. N. A. demeure sur ses positions.
    A la 19° D.I, le 41° tient partout.
    Au centre, malgré l'avalanche des chars, seuls sont tombés les points d'appui d'Estrées, Deniécourt, Belloy, Berny.

    Le Lieutenant-Colonel et les services du 117° R. I. tiennent encore, dans Pressoir; ils succomberont demain matin. Du 117° il ne restera que la C. H. R. et le train de combat, cantonnés à Méharicourt, et qui rejoindront le 41°.

    A Chaulnes, P. C. de l'Infanterie Divisionnaire, le colonel Paillas est enveloppé par les chars.

    A droite, notre 22° Étranger est demeuré, avec un courage admirable, sur ses emplacements. Il n'a cédé que les carrières au nord de Fresnes-Mazancourt.

    Derrière nous, dans Lihons, le G. R. D. 21 et la C. H. R. du 41° R. I. soutenus par les pièces du 304° R. A. P. tiennent fermement. . .

    Autres récits concernant l'adjudant Tardiveau.

    La narration des faits sur cette bataille du 5 Juin 1940 commencée à 10 h 00 au Bois Etoilé varie selon le R.P Louis BORDEAIS,ancien aumônier militaire et les Lts LUCAS & HERVE dans leur journal de guerre du 41° R.I.
    L'action conduite par l'Adjudant TARDIVEAU prendra fin à Herleville vers 20 h 00.
    Il n'en demeure pas moins que l'exploit de l'Adjudant TARDIVEAU est exceptionnel. Le 29 Juin 1940 au cours d'une prise d'Arme de la VIIème Armée à Pompadour, le Général WEYGAND lui remettra la Médaille Militaire. TARDIVEAU aurait terminé sa carrière dans l'Armée avec le grade de Capitaine.

    Concernant l'action d'éclat de l'adjudant Tardiveau, voici ce que est rapporté dans l'historique du régiment (41° Régiment d'infanterie, 19° D.I. - Journal des opérations de guerre, Lt Lucas & Lt Hervé). A noter, cependant, une légère différence par rapport au témoignage de Louis Cherel ; dans l'historique, l'initiative de ce fait serait à mettre au crédit du chef de corps du 41°. L'adjudant Tardiveau aurait agi sur ordre. (J'emploie bien le conditionnel). Quant à Louis Cherel, celui-ci se souvient d'un épisode (qui) l’a marqué dans son séjour sur la Somme : l’exploit de l’adjudant Tardiveau qui partit le 5 juin vers le Bois Etoilé sur une chenillette, simplement armé d’un fusil-mitrailleur. Louis se souvient d’un lieutenant qui tentait de le dissuader et lui disait : vous êtes fou Tardiveau ! Il revint cependant sain et sauf et accompagné de plus de deux cents de prisonniers.
    Le 5 juin à 10 heures. La situation devient de plus en plus critique. L'ennemi a dépassé le Bois-Étoilé et ses mitraillettes prennent d'enfilade la batterie du 304° R.A.P., obligeant les servants à quitter leurs pièces. La situation est grave, il faut agir. Déjà, à plusieurs reprises, les artilleurs ont demandé au colonel du 41° qu'on leur porte secours. Mais où trouver des renforts ? Tous les villages sont attaqués ou menacés de l'être d'un moment à l'autre. Aucun élément ne peut être distrait de leurs faibles garnisons. C'est alors que le colonel tente une action d'audace. Il donne l'ordre à l'adjudant Tardiveau de prendre deux chenillettes, de les armer d'un F.M. chacune et de tenter de dégager les artilleurs. Sans doute les chenillettes sont des engins de ravitaillement, sans armes, avec un faible blindage,et non des engins de combat, mais il faut tout essayer. L'adjudant Tardiveau part aussitôt et sans hésiter se lance sur la route de Vermandovillers à Herleville, puis dans la plaine pour dégager d'abord les artilleurs du 304°. Ceux-ci se défendent au mousqueton contre les éléments ennemis qui, se rapprochant peu à peu, on atteint et même dépassé la route d'Herleville à Vermandovillers, à 400 mètres au sud du Bois-Étoilé. Sans hésiter, agissant avec ses chenillettes comme avec des chars, méprisant les balles qui frappent les parois de ses engins, l'adjudant Tardiveau parcourt la plaine, mitraillant avec ses deux F.M. tout élément qui résiste. Blancs de poussière, abrutis par 6 heures de lutte, affolés par ce qu'ils pensent être des chars français, démoralisés, les Allemands se rendent par petits groupes, et, vers 13 heures, une colonne d'une centaine de prisonniers, convoyés par des artilleurs, arrive au P.C.R.I. Vers 13 h 30, par son action énergique et décisive, l'adjudant Tardiveau a dégagé toute la plaine entre le Bois-Étoilé et la route d'Herlevile à Vermandovillers et les artilleurs du 304° reprennent leurs tirs devant Fay et Foucaucourt.
    Mais pendant ce temps, la situation a empiré aux lisières nord du Bois-Étoilé. En effet, malgré la résistance désespérée des artilleurs et de la section de la 7° compagnie, les Allemands ont pris pied dans la partie nord du bois où la situation devient intenable. les balles sifflent de tous côtés : un aspirant d'artillerie vient d'être tué le mousqueton à la main ; nos pertes sont nombreuses. Emporté par son succès, l'adjudant Tardiveau déborde le Bois-Étoilé par l'ouest et se lance dans la plaine. L'apparition de ses deux engins produit le même effet de surprise et de démoralisation sur l'ennemi qui, décimé par le tir à bout portant de nos canons et par les rafales de nos armes automatiques, se bat depuis le lever du jour et se trouve littéralement à bout. Ses cadavres jonchent la plaine. Ses éléments se rendent par petits groupes. En quelques heures le Bois-Étoilé est dégagé et les débris des colonnes allemandes sont dirigés à pied ou dans des bennes de chenillettes sur Vermandovillers. 4 officiers, dont un chef de bataillon, et 3 lieutenants, 180 hommes, tel est le bilan de cette audacieuse tentative qui a réussi admirablement grâce au courage de l'adjudant Tardiveau et de ses chenillettes
    .

    L'adjudant Tardiveau n'a pu agir seul. Qui sont les autres soldats qui l'accompagnaient ? Deux chenillettes en action supposent deux conducteurs et deux servants aux F.M., donc quatre hommes dont l'adjudant Tardiveau.

    Dans l'Almanach 1941 de la Légion Française des Combattants, j'ai relevé ce texte:

    Le 5 juin, le 41° d'infanterie (appartenant à la 19° DI), défend contre les attaques ennemies les villages de Herleville et de Vermandivillers, situés dans la région de Péronne . Les infiltrations de l'ennemi mettent en péril la position dans le Bois Etoilé, de deux batteries du 3ème groupe du 10° RAD et de deux batteries du 304° RAP. La situation est grave.
    C'est alors que le colonel Loichot donne l'ordre à l'adjudant Tardiveau, sous officier énergique, comptant de multiples campagnes, de prendre deux chenillettes, de les armer de deux fusils-mitrailleurs, et de dégager les artilleurs.
    Sans doute les chenillettes ne sont pas des engins de combat, elles ne possèdent pas d'armes ni de moyens d'en placer, mais il fallait agir et ce moyen pouvait réussir.
    A 9h30, l'adjudant Tardiveau quitte Vermandovillers avec ses chenillettes par la route d'Herleville; il atteint les batteries du 304° RAP et sans hésiter, agissant avec des chenillettes comme avec des chars, parcourt le terrain, les calottes des chenillettes à moitié levées, laissant passer les fusils-mitrailleurs qui tirent par rafales sur tous les groupes d'Allemands rencontrés. Quelques groupes qui tentent de résister sont réduits à l'impuissance et tous ceux qui ne sont pas tués ou blessés jettent leurs armes et se rendent. A 11h30, les batteries du 304° RAP sont dégagées.
    Ne s'arrêtant pas là, l'adjudant Tardiveau fonce aussitôt vers le Bois Etoile où les deux batteries du 10° RAD encerclées luttent désespérément.
    Les deux chenillettes sont partout faisant le travail de plusieurs engins blindés. Le moindre parti ennemi qui ne dépose pas ses armes est vite mis à la raison par une rafale de fusil-mitrailleur à courte portée.
    Après trois heures d'efforts, le Bois Etoile est dégagé; plus de 200 prisonniers sont déjà aux mains des artilleurs et de nombreux morts et blessés jalonnent les abords des batteries.
    Mais ne voulant pas arrêter là son effort et jugeant sa mission non remplie, puisque l'ennemi encercle encore en partie Herbeville, où se défend vaillamment le 2ème bataillon, il décide de poursuivre son action. Mitraillant les groupes les uns après les autres, l'adjudant Tardiveau assaille l'ennemi avec le même succès. Et cette lutte se poursuit jusqu'à ce que les derniers noyaux de résistance soient anéantis.
    Herleville et le bois Etoile dégagés, l'ennemi repoussé jusqu'à la route nationale à hauteur de Foucaucourt. Voilà le résultat de cette action héroïque.

    Le combat du Bois Etoilé.

    On retrouvera plus-tard le Capitaine Tardiveau à la tête d'une compagnie FFI en Bretagne.

    « La défense et l'attaque d'HerlevilleHistoire des FFI dans le Morbihan »

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