• La défense d'Estrées

    Estrées est un village de 200 habitants environ; tout en longueur, il aligne sur un vaste espace ses maisons au nord et au sud de la route d'Amiens, qui le traverse.

    Au moment où se déclenche l'attaque allemande, la garnison comprend: dans la partie nord, la 1° Compagnie, dans la partie sud, la 3°. Il y a, en outre, à l'extrémité est, dans une grange, à l'intersection de la route nationale et du chemin de grande communication d'Assevillers, un canon de 75. Le point d'appui dispose également de 4 canons de 25, de 5 groupes de mitrailleuses, d'un groupe de mortiers de la C. A. 1, et d'un groupe de mortiers de la C. R. .E.

    A 3 h. 10, Estrées est bombardé par l'artillerie avec une violence inusitée. Immédiatement des incendies s'allument.

    A 4 heures, les observateurs de la section Suzarelli viennent avertir leur Lieutenant de l'approche des chars. On les voit s'avancer en longue ligne horizontale et serrée, entre Fay et la route d'Assevillers.

    A Fay, les incendies se multiplient, allumés par les obus allemands.

    Suzarelli va se rendre compte. Une demi-heure après on le rapporte blessé d'un éclat d'obus à la tête. Car les chars arrosent Estrées d'un tir précis. Le canon de 75 antichars, pourtant bien camouflé dans son hangar, envoie un projectile; immédiatement repéré, il est détruit par un obus qui tombe en plein dessus. le sous-lieutenant Suberville, du 10° R.A. D., qui commande ce canon, est très gravement blessé; transporté dans une grange, près du poste de secours, dans la partie ouest dEstrées, il meurt dans la journée d'une
    mort affreuse. Le local où il a été mis est situé à proximité d'un dépôt de munitions. Ce dépôt est incendié par un obus; le feu gagne la grange, et Suberville est enveloppé par les flammes.

    La défense d'Estrées


    Les engins blindés arrivent à 600 mètres d'Estrées; l'infanterie ennemie progresse derrière eux.

    Notre artillerie, nos mitrailleuses, un fusil-mitrailleur, répondent tant qu'ils peuvent. Jusqu'à 8 heures, le vacarme est infernal.

    Les chars s'arrêtent, alignés, à 600 mètres; ceux de droite et ceux de gauche continuent d'avancer, pour contourner et entourer Estrées.

    7 chars sont détruits par nos canons de 25, mais à leur tour ceux-ci sont mis hors d'usage. En outre, 3 ou 4 chars sautent sur les mines posées les jours précédents par le Génie.

    Vers midi, les blindés allemands stoppent; les fantassins se retirent dans les boqueteaux au nord d'Estrées. Bien à tort les hommes du 117° s'imaginent que l'ennemi recule. Il s'arrête tout simplement pendant une heure, pour ramasser ses morts. Le capitaine de Nantois regardait ce travail s'opérer de son observatoire de Deniécourt.

    Chez nous, les blessés affluent au poste de secours, du côté de la route de Fay, pour y recevoir les soins du docteur Tarot.

    Les chars allemands sont autour d'Estrées, et embossés aux deux extrémités de la route d'Amiens, qu'avec leurs mitrailleuses ils peuvent prendre d'enfilade. Ainsi balaieront-ils tout le village.

    Vers 13 heures, le bombardement recommence, très violent et encore plus précis. Il dure un quart d'heure pour permettre la reprise de l'attaque par l'infanterie.

    A ce moment s'écroule, sous les coups des obus, le clocher de l'église d'Estrées. Il y avait un canon de 25 à l'abri du mur nord; il n'aura guère servi.

    Vers 13 h 30, l'infanterie ennemie ayant rejoint ses engins, tout le dispositif se remet en mouvement.

    A 14 heures, l'adjudant-chef Poirier (2° section de la 2° Compagnie) a un bras arraché par un éclat d'obus ou de bombe; chose étonnante, il n'y a pas d'hémorragie. Poirier, de l'autre main, continue de tirer, jusqu'à ce que d'autres blessures sur tout le corps le mettent définitivement hors de combat. D'après le médecin-lieutenant Villey (du 117°) qui le soigna à Marcoing (Nord), l'adjudant aurait été atteint par 3 obus de char. Villey dut l'amputer d'une jambe. Mais Poirier qui était resté 4 jours sur le terrain fut pris de gangrène
    gazeuse. La transfusion du sang ne servit de rien. Ce valeureux soldat eut une terrible fin. Ancien adjudant
    infirmier du 117°, il avait demandé à retourner dans une Compagnie de voltige.

    La résistance continue, énergique. Mais les tués sont nombreux, et les blessés beaucoup plus encore. Le caporal Calmettes (de la section Poirier, en avant du village) est blessé à 15 heures; son caporal-adjoint Achille Guichaoua est tué; 6 de ses hommes sont blessés, presque tout le groupe, en un mot.

    On est dans l'impossibilité absolue d'évacuer ces blessés; il faut les garder à Estrées. Aucun ravitaillement ne parvient.

    Des incendies s'allument. Il n'y a plus de liaison avec le Bataillon à Deniécourt.

    Vers 17 h. 30, le feu gagne la cave où est installé le poste de secours. On est dans l'obligation d'en sortir. Mais les Allemands sont là. Toute résistance est devenue impossible. Les Compagnies sont prises. Les unes après les autres, les sections bien diminuées, se rendent. Quelques-unes déjà avaient succombé vers 15 heures. Une douzaine d'hommes, conduits par un sergent, réussit à rejoindre le 41° à Vermandovillers dans la soirée. Il leur avait fallu se glisser entre les blindés et les groupes allemands.

    Les sergents Pringault et Moins sont tués par I'ennemi, au moment où, les bras levés, ils sortaient de leur tranchée.

    A la fin de cette journée, un camion allemand sauta sur une mine; cet accident faillit coûter la vie au lieutenant Geoffroy, de la 4° section de la 1° Compagnie. Celui-ci s'était vu intimer par les Allemands l'ordre d'enlever les mines; il y en avait beaucoup; il en oublia 3 ou 4, sur l'une desquelles sauta le camion. Un sous-officier ennemi voulait absolument fusiller Geoffroy, qui ne fut sauvé que par l'intervention d'un officier.

    Vers 20 h 00, à la tombée de la nuit, les prisonniers furent conduits à Péronne, ou le lendemain devaient les rejoindre le Père Le Maux, aumônier du Régiment, et le médecin commandant Feldmann.

    Tandis que s'écoulait le triste cortège des captifs, Fay brûlait de partout, et les hommes du 41° s'y battaient toujours. Leur résistance durera jusqu'au 7 juin à midi.

    En arrière, à Dieniécourt, les éléments groupés autour du Commandant Pierret ne tomberont qu'à 21h 30. 

    « Le G.R.D.21 - Le 117° RI dans l'attaque - le 1° BataillonDe la traque aux représailles »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :