• L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Le 2° Bataillon du 41° RI, sous les ordres du Commandant Pourcin, avait fait route le 23 mai pour Curchy, à l'est de Chaulnes, en passant par Ricquebourg, Beuvraignes, Hallu et Pouchy.

    Après une marche de 14 heures, il était arrivé à la tombée de la nuit. C'est avec ces hommes fatigués qu'il fallait tenter une opération importante.

    On s'en souvient, la mission assignée pour le 24 mai à la D.I. était de créer des têtes de pont sur la Somme, à Péronne et Cléry, après avoir réduit celles que l'ennemi s'était acquises à Pont-les-Bries, Saint-Christ et Epénancourt.

    Le 2° Bataillon avait à coopérer avec les chars et les chasseurs portés de la 4° D.C.R pour les opérations sur Pont-les-Bries et Saint-Christ. L'occupation de Pont-les-bries impliquait d'ailleurs que l'on fût auparavant maître de Villers-Carbonnel. La 6° Cie du 41° (Lieutenant Duchêne) fut désignée pour coopérer à cette opération avec les chars et les chasseurs portés.

    Sous les ordres du Capitaine-adjoint Dupuis, un groupement suivrait, qui ferait, hélas ! la route à pied, la 6° Cie devant être transportée par les voitures des chasseurs. Une section de mitrailleuses de la C.A.2 accompagnait la 6° Cie.

    Le P.C du Bataillon était établi à Curchy; il y avait autour de lui: une section de la 6° Cie (Sous-lieutenant Geffray); la 7° Cie (Lieutenant Bonnefils); les engins et la section de la C.A.2 (lieutenant Ravoux).

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Vers 23 heures, le soir du 23, le Lieutenant-colonel Loichot se rendit au 2° Bataillon. L'auto fonça dans la nuit opaque. J'admirai nos chauffeurs qui, dans une telle obscurité, sur des chemins inconnus ne nous égaraient pas. Au loin, dans un village, sur la rive gauche de la Somme, une distillerie, ou peut-être l'unsine de produits chimiques de Nesles, flambait. Une énorme torche. Elle brûla pendant 8 jours au moins.

    En passant par Pouchy et Puzeaux, nous arrivâmes dans une grande ferme à Curchy. Les hommes étaient autour du village et dans les dépendances de la ferme. Le P.C dans une cave profonde. L'obscurité et le silence étaient saisissants. Une poignée d'hommes dans cette immense solitude ! Quelles surprises ne pourraient se produire ?

    Deux femmes restaient dans le village. L'une d'un age assez mûr, et sa fille, une gaillarde aux lèvres peintes qui ne paraissait pas timide. Que faisaient-elles en ce lieu ? On se le demandait.

    L'heure H était 4 heures. Une vingtaine de chars et des chasseurs devaient prendre part à l'opération, s'installer à Villers-Carbonnel, jusqu'au moment ou la 6° Cie de Fonchette amenée par les autos-chenilles viendraient les relever, pour achever l'opération. Puisque nous suivrions à pied, il en résulterait que la 6° serait en pointe isolée du gros du bataillon, à une dizaine de km.

    Les chars n'arrivèrent malheureusement qu'à 5 heures du matin. Les équipages et les chasseurs faisaient très bonne impression, et paraissaient remplis d'ardeur. Les avions allemands nous survolaient et, par ce beau soleil, voyaient tout ce qu'ils voulaient.

    Après les chasseurs, le groupement Dupuis se mit en route. Le médecin Sous-lieutenant Jarry en faisait partie. Traversant la ligne de chemin de fer, le groupement alla jusqu'à Dreslincourt, à 1500 mètres au nord. Brusquement, l'avance s'arrêta. Je ne sais pourquoi; et l'on vint s'installer au abord de la station.

    Pendant que nous restions là inactifs, les chars et les chasseurs étaient entrés dans  Villers-Carbonnel et s'en étaient emparé. Ils avaient eu quelques tués et blessés, mais ils avaient fait 40 prisonniers que les autos-chenilles ramenèrent en arrière, en venant prendre la 6° Cie, le section mitrailleuses du Lieutenant Le Guiner et la section C.D.A.C du lieutenant Froment. à 11h30 seulement, par suite du retard initial, l'embarquement peut se faire à la ferme de Fonchette. La colonne traversa Marchelepot onoccupé, et pénétra dans Villers-Carbonnel.

    Les chars avaient repoussé l'ennemi; mais celui-ci s'était retranchés autour du village, à l'ouest et au nord, à 300 mètres seulement, et tout de suite mis à creuser des retranchements. Les hommes du 41° RI, après avoir rapidement inspecté les maisons, le long de la rue principale, installèrent les F.M, les mitrailleuses et les engins face à l'ennemi, et commencèrent eux aussi à se faire des trous individuels.

    Alors les chars et les chasseurs partirent, vers midi, avec un matériel malheureusement diminué. Car une grave mésaventure leur arriva, conséquence de notre manque antérieur de préparation. Dans Villers-Carbonnel les chars furent à cours d'essence ! Ils n'avaient pas, comme les Allemands, de camions blindés de ravitaillement et de dépannage. une camionnette dut venir bien vite à l'arrière chercher un peu de carburant. Mais que de temps perdu, et le 41° ne disposait des blindés que jusqu'à midi !

    Un gros char B ne put quitter la position aventurée ou il se trouvait dans la plaine, à l'ouest de Villers, faute d'essence et faute d'équipage, car l'officier qui le commandait avait été tué, et ses deux compagnons avaient abandonné leur engin immobilisé pour essayer de gagner le village qu'ils n'atteignirent pas.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Un autre char R.35  par suite d'une rupture de chenille, ne revient pas non plus.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Un autre avait été mis hors de combat, dès la prise de Villers, sur la route, à l'entrée, par un obus de 37 allemand. Car l'ennemi était établi dans les fermes d'Horgny, au sud-ouest, et l'on ne pu jamais l'en déloger. c'est pourquoi les deux tentatives postérieures du 22° Etranger furent inefficaces.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Nous n'avions pas assez d'hommes ! On faisait attaquer une compagnie, là ou il fallu un bataillon. Ce n'était pas la faute du Commandement, mais des Français de la génération précédente qui n'avaient pas voulu avoir d'enfants. Conséquence de cet égoïsme meurtrier: nos jeunes gens mouraient inutilement, leur courage se dépensait en vain.

    La 6° Cie resta donc seule, à Villers-Carbonnel, dans une position assurément hasardée, car elle fort en pointe, et pont-les-bries n'était pas pris, bien que l'ordre en eût été donné.

    Duchêne y songeait bien. Mais les chars n'essayèrent pas, on le comprend; leurs chefs déclarèrent que c'était aux fantassins d'y aller. Ceux-ci vont tenter un commencement d'exécution pour un ordre impossible à réaliser par un si petit nombre d'hommes.

    En effet, dans le village aux maisons dispersées de Villers, la 6° Cie ne pouvait défendre qu'une partie du secteur ouest:

    La 1° et 2° Sections, avec les mitrailleuses de Le Guiner, occupèrent le cimetière civil à gauche et au nord du croisement des routes; la 3° et la 4° Sections firent face à l'ouest; Le canon de 25 fut pointé en direction du nord, au carrefour.

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Pont-les-Bries, ou il s'agissait d'aller, est sur le canal latéral de la Somme, et sur la rivière. Le Lieutenant Duchêne prit avec lui la 3° Section, moins éprouvée, et il partit. Un par un les hommes passèrent le dangereux carrefour, et parcoururent 300 mètres sur la route qui descend vers Pont-les-Bries. Le feu des Allemands était intense, et Duchêne perdit beaucoup d'hommes, atteints par les obus fusants. De l'endroits ou il était parvenu, l'officier commandant les chars avait pu constater la présence de batteries et de mortiers ennemis. Duchêne estima qu'il était impossible d'aller plus loin, et, ayant obéi, revint prendre position entre le cimetière et la 4° section.

    Pendant toute la journée, mais surtout jusqu'à 16h00, les bombardements furent fréquents et violents.

    La 6° Cie fit 5 ou 6 prisionniers, et elle découvrit, dans une cave, un cavalier du G.R d'une autre division, demeuré là caché depuis 3 jours. Il était absolument hébété par ces jours de transes.

    Les pertes de la 6° Cie furent sérieuses, car à la seule 4° section (Sous-lieutenant Geffray), il y eu 5 tués et 8 blessés. On put déjà constater que, parmi les gradés, les pertes étaient plus nombreuses.

    Vers 16h00, une Compagnie du 22° Etranger (qui pendant l'après-midi s'était emparé de Berny-en-Santerre) arriva en renfort avec son échelon. Elle s'établit dans la partie est de Villers, face à la Somme. Elle subissait, dès lors, avec la 6° Cie, les bombardements.

    Vers 19h00 l'ordre d'évacuer fut donné. Duchêne se refusa d'abord à l'exécuter, il assurait que l'on pouvait et devait maintenir, bien que la position fût dangereusement en pointe. Il fallut, pour qu'il acceptât, un nouvel ordre écrit, donné par le Capitaine du 22° Etranger. Cette décision n'émanait certainement pas du Général commandant la division, ni du Colonel paillas, commandant I.D 19. on ne pouvait emporter les morts. On les laissa dans le poste de secours installé par le Médecin-lieutenant Zarakowitch auprès de l'église. Les blessés furent chargés sur les chenillettes. Comme elles devenaient par là même indisponible pour le transport de matériel, on les porta en totalité à dos d'homme !

    L'attaque de Villers-Carbonnel et de Pont-les-Bries ( 2° Bataillon du 41° RI )

    Le repli se fit en ordre parfait, par des sections échelonnées sur la route, l'une s'arrêtant et faisant le coup de feu, pendant que l'autre passait. La 6° Cie dut ainsi faire face au tir ennemi, et elle rentra à Marchelepot. Le 22° Etranger procéda de la même façon.

    Peut-être faut-il regretter cet abandon de Villers-carbonnel. car jamais, par la suite, le 22° ne peut le garder, en dépit de la tentative renouvelée le 26 et qui échoua, devant une contre-attaque allemande, faite par des engins blindés venus de pont-les-Bries.

    Villers n'était qu'à 7 km de Péronne, et dans la nuit du 25 au 26 mai, nos camarades du 2° Bataillon du 117° allaient s'emparer du village de Belloy, à gauche.

    Pendant que nos camarades de la 6° Cie livraient ce sanglant et inutile combat, que devenait le chef de bataillon et le groupe qui le suivait ?

    Il s'était établi sur la ligne de chemin de fer, autour de la gare; il ne s'y passa rien.

    A la tombée de la nuit, on alla chercher à Marchelepot, les blessés de la compagnie duchêne. Sur la route, à l'entrée de ce village, des chars attendaient le crépuscule pour faire une petite attaque.

    Le lendemain matin du 25, le P.C du 41° RI quitta Hallu, après les obsèques des deux camarades de la 11° Cie tués dans la progression, la veille, pour s'établir à Vermandovillers, au nord-ouest de Chaulnes, à proximité du 3° Bataillon qui était à Estrées, et du 1° Bataillon à Soyécourt. Le 2° Bataillon du 41° RI continuait de travailler dans la région de Licourt, à droite de notre dispositif, ou il sera remplacé quelques jours plus tard par le 112° RI de la 29° Division, qui viendra s'intercaler entre nous et la Somme.

    Chaulnes, ou nous passons, est une petite ville groupée autour d'une belle église neuve; les maisons, elles aussi sont de constructions récentes, comme il arrive souvent dans ce pays ou tout a été détruit en 1914 - 1917. Le Général Toussaint, avec l'Etat-Major de la D.I., y était installé. Il fut rejoint, le 30 mai, par le Colonel Paillas, chargé jusqu'à cette date de la couverture du flanc est de la D.I. avec P.C à Omiécourt.

     

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