• L'attaque d'Assevillers le 26 mai.

    Le 1° Bataillon du 41° RI a pour mission de s'emparer d'Assevillers. Ce village est situé à 2 km 600 au nord d'Estrées. Sur la colline, il domine toute la contrée. Le clocher permet de tout voir à 10 ou 12 km alentour. Les AIIemands y avaient installé un observatoire et un poste de mitrailleuses lourdes qui nous firent beaucoup de mal. Ils disposaient en outre de la haute cheminée de la sucrerie et du clocher de Dompierre, observatoires excellents sur toute la région.

    Deux batteries de 150 étaient établies à droite et à gauche de la sortie sud de Dompierre (l'une dans la carrière de la briqueterie); d'autres batteries existaient aussi autour d'Assevillers.

    Entre Assevillers et Estrées se trouvent trois boqueteaux de médiocre étendue, mais épais.

    A 4 heures du matin, le 1° Bataillon sort d'Estrées et se déploie pour progresser en direction du nord. 

    La 1° Cie (Lieutenant de Saint-Sever, à gauche); la 3° Cie (Lieutenant Hertzog, à droite); la 2° Cie
    (Lieutenant Gomet) à 300 mètres derrière. Le chef de bataillon Hermann, avec sa section de Commandement et les engins, suit de près.

    L'attaque d'Assevillers le 26 mai.

    L'attaque d'Assevillers le 26 mai.

    La C. A. 1 (Capitaine Guizouarn) prendra position derrière la 1° Cie. Les canons de 25 seront en batterie
    dans un champ de blé, au nord et à gauche du premier boqueteau. Le Capitaine Guizouarn et le Lieutenant Le Quellec, avec la 3° Section de mitrailleuses, s'établissent devant les canons de 25.

    La progression doit se faire dans les luzernes hautes et les blés, humectés de rosée.

    A 4 heures, le canon donne le signal du départ. On avance d'abord sans difficulté sérieuse.

    Les pièces du 10° R.A.D. font tomber abondamment leurs obus sur Assevillers et les boqueteaux qui l'encadrent.

    Déployés en tirailleurs, les hommes progressent, comme pour une manoeuvre, dans un ordre impeccable.

    Ils sont pleins d'ardeur, et se réjouissent déjà de la défaite de l'ennemi ( ils vont voir que ce n'est pas la guerre en dentelles). On entend le cri : « Allez ! Dessus ! » et même des plaisanteries et des rires.

    Les voltigeurs ont. mis baïonnette au canon. Mais on avance toujours sans rien rencontrer, dans le léger brouillard du matin.

    Assevillers disparaît dans la fumée.

    Nos hommes avaient fait un peu plus d'un ·kilomètre quand soudain, les mitrailleuses allemandes ouvrent le feu. Le Sergent Beaulieu, de la 1° Cie, s'écroule, tué net. D'autres tombent, tués ou blessés. Les hommes se couchent pour laisser passer l'averse. Le terrain est cornplètement découvert; il n'y a pas un trou, pas un talus, pas un arbre (en dehors des boqueteaux).

    Des coups semblent arriver de 2 side-cars abandonnés au milieu de la plaine (ceux de notre G. R. D. 21). Nos fusils répondent.

    Mais la ligne de tirailleurs est encore loin de l'objectif. Elle avance par bonds rapides, en profitant des moments où notre artillerie donne avec plus d'intensité.

    L'artillerie allemande, dirigée par un petit avion, entre en scène à son tour. Les obus tombent un peu partout; les balles claquent de tous les côtés. C'est le bruit formidable du combat, familier, jadis, à quelques anciens.

    Les voltigeurs arrivent dans un champ de luzerne, où ils progressent en rampant, jusqu'à la lisière nord, première ligne à atteindre.

    L'attaque d'Assevillers le 26 mai.


    Les F. M. sont mis en batterie aux abords du village, à quelques centaines de mètres. Pendant ce temps. la 3° Cie occupe le deuxième bois à droite, et s'y installe.

    On attend le signal à feu blanc qui doit faire reprendre la marche; le temps passe; la pluie se met à tomber; les hommes sont fourbus; toujours couchés dans la luzerne, ils sont dans l'expectative; quelques-uns, même, malgré la canonnade qui ne ralentit pas, s'endorment. On ne doit pas s'en étonner, depuis bientôt 10 jours ils n'ont presque pas dormis et ont fait de longues étapes.

    Il y a de nouveaux blessés. Un obus tombe entre le Sergent Seigneur de la 1° Cie et son tireur; il n'éclate pas heureusement. Un projectile couvre de terre le Lieutenant Sebag, le Sergent-chef Levitre, le Sergent Morazin. Ils n'ont aucun mal, mais les éclats frappent Le Lieutenant Le Quellec, de la C.A.1, qui se tient à 20 mètres sur leur gauche.

    Toute la journée va se passer ainsi. Les compagnies ne peuvent aller plus loin. Elles essuient le feu des Allemands de face et sur leur flanc droit.

    On aurait dû penser que, sans chars, un petit bataillon ne prendrait pas une position dominante, transformée en une série de blockaus, défendue par un ennemi nombreux et résolu à la tenir à tout prix, parce que la conservation de Péronne en dépendait. On était d'ailleurs averti; deux jours auparavant, en effet, l'escadron de Silans, du G. R. D.21, avait essayé d'entrer dans Assevillers; sa tentative avait échoué, avec des pertes sérieuses, là même où nos fantassins étaient arrêtés. Aux divers échelons de I'armée, on avait pu lire le compte rendu de la reconnaissance.

    Il est vrai que la situation si critique exigeait que l'on fît des efforts pour améliorer notre position. C'est l'honneur de la 19° D.I. d'avoir obéi à des ordres qui s'avéraient impossibles à exécuter, vu la faiblesse de nos effectifs et de nos moyens.

    D'une fenêtre du bureau de Postes d'Estrées où l'on avait établi un observatoire pour le 3° BatailIon du 41° RI, le Commandant Jan et le Lieutenant Hervé voyaient l'attaque se dérouler comme un film. Voici ce qu'ils notent, à la date du 26 mai, dans le journal de marche du bataillon.

    « La courte préparation de l'artillerie sonne énergiquement les lisières sud du village d'Assevillers que masque un léger rideau de brume matinale, les boqueteaux, la plaine cultivée séparée par la route, au tournant de laquelle on voit encore les carcasses des motos et side-cars de notre G.R.D. »

    « Le 1° Bataillon, toujours en ordre, les atteint, les dépasse, approche de l'objectif »

    « Les tirs s'abattent sur lui, percutants, puis fusants, par groupe de 4, avec leur éclat blanc et leur petit nuage; les fantassins disparaissent dans la fumée, la terre et la poussière soulevées, et poursuivent leur route en avant.

    « On entend bientôt la cadence rapide et légèrement irrégulière  des mitrailleuses allemandes qui débitent des chargeurs entiers.

    « La Compagnie de gauche ( 1° ) semble avoir débordé le village.

    « 5h45, au moment ou l'on pensait que le village allait tomber en nos mains, la progression du 1° bataillon est arrêtée. Aucune manœuvre de son chef, aucun tir d'artillerie, ne parviendront à la déclouer du sol, ou les mitrailleuses ennemies, qui on d'excellents champs de tirs, la fixent »

    En effet, au moment ou nos hommes n'étaient plus qu'à 500 mètres d'Assevillers, et abordaient le glacis qui monte jusqu'au village, les Allemands réagissent vigoureusement, non seulement contre les compagnies de tête, mais aussi contre notre bois; il leur est facile de constater que tout passe par ce bois, non seulement les blessés, mais le ravitaillement amené par les chenillettes sont des engins parfaitement adaptés à leur rôle dans la bataille.

    Le tir de nos canons est également vigoureux; nos artilleries sont vraiment admirables par leur science du tir et leur courage. La portée de leurs pièces est inférieure a celle des pièces allemandes de même calibre; mais notre matériel est formidable de précision, et nos obus sont de bonne qualité.

    Du reste, l'ennemi tire bien. A certains moments surtout, son bombardement est violent; et nous sommes dans l'axe de tir, ininterrompu, de la mitrailleuse du clocher d'Assevillers.

    Le chef de bataillon, sa section de commandement, le poste de secours sont le petit bois, derrière les compagnies engagées.

    Le Médecin-sous-lieutenant Viaud a choisi pour son poste l'endroit le plus central, le plus propice aux évacuations, mais aussi un des plus exposés. Il sera dur, dangereux, d'y rester toute la journée. Il n'y a pas d'abri; la nappe de balles passe à 1 mètre sur notre tête. Les blessés nombreux, par leurs propres moyens ou apportés par les brancardiers dont la tâche est pénible et périlleuse. La tranchée étroite et assez profonde creusée par l'équipe sanitaire sauve plus d'une vie, car les obus tombent sur le bord même.

    un trou de 2 mètres de long sur un mètre de profondeur sert au pansement des blessés allongés. Il n'est pas facile de donner des soins dans ces conditions.

    Notre bois devait paraître un volcan, à certaines heures, à nos camarades du 3° Bataillon, qui nous regardent d'Estrées. Le docteur Renault, qui voyait le spectacle de Fay dit: « C'était un vrai barrage sur le 1° Bataillon » Sous l'avalanche, Viaud conserve le plus grand sang-froid.

    Depuis une douzaine d'heures, l'attaque n'avance plus, ou, quand notre ligne cherche à progresser en rampant ou par bonds, elle est immédiatement immobilisée par les rafales. Avec leurs outils individuels, les hommes commencent à s'enterrer.

    Deux sections de la 1° Cie subissent des pertes plus sensibles que les autres. A la C.A.1, elles sont minimes, mais il n'y a pas de tués; le Lieutenant Le Quellec est blessé. A la 2° Cie, les pertes sont assez importantes; la 1° Section, Sous-lieutenant Servais, est spécialement éprouvée, presque anéantie, écrit l'Adjudant-chef Rochard (de la 1° Cie). Tous les témoignages concordent à cet égard.

    Les brancardiers parcourent la plaine, en tous sens, très bravement, car ils sont parfois visés par l'ennemi, pour relever les blessés et essayer de ramener les morts.

    Ils font avec courage leur devoir, ceux du 41° RI et ceux du G.S.D venus en renfort.

    Vers 18h00, on annonça que Gomet, le Lieutenant de la 2° Cie, était très sérieusement blessé, à son poste de combat, à la hauteur du dernier bois le plus proche d'Assevillers. Il fallait allez dans la plaine. Trois brancardiers partirent avec l'aumônier. Ils avançaient sous le feu des canons allemands, en position au nord et à l'est. Les obus les accompagnaient. A leur droite, une mitrailleuse, installée à la lisière du bois, les avait pris pour cible. La luzerne, heureusement était très haute. Ils trouvèrent enfin Gomet qu'ils rapportèrent avec beaucoup de peine, car le fardeau était lourd et sur ce terrain dangereux, il fallait souvent faire des pauses. Au retour, une mitrailleuse du 3° Bataillon, en position dans la partie ouest d'Estrées leur tire dessus, les prenant sans doute pour des Allemands.

    La journée finissait tristement. Le matin, nous pensions bien prendre Assevillers.

    Vers 22h00, il fallut abandonner le terrain; les brancardiers avaient ramenés des blessés, rapportés les corps de nos morts, sauf 6, qui ne purent être retrouvés dans l'obscurité, et qui reposent à Assevillers, avec leurs camarades du G.R.D.21 tués l'avant-veille.

    Nous rentrâmes à Estrées d'ou, le matin nous étions partis pleins d'espoir. Le 1° Bataillon regagna ses emplacement à Soyécourt, dans l'attente de la reprise de son attaque manquée. Le Sous-Lieutenant Péan prend le commandant de la C.A.1; il remplira très bien sa fonction dans les jours qui vont suivre.

     

     

     

     

     

     

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