• De la Sarre au Rhin.

    Ayant terminé le 29 août sa mise sur pied de guerre, le 41è R.I quitte ses garnisons le 6 septembre 1939. L'Etat-major, les compagnies régimentaires et les deux premiers bataillons embarquent à Rennes tandis
    que le 3è bataillon part de Saint-Malo.

    Le régiment est placé sous les ordres du colonel de Lorme qui va le commander jusqu'au mois d'avril 1940, époque à laquelle il sera appelé à exercer les fonctions de chef d'Etat-Major au Xlè Corps d'Armée.

    Les trois bataillons sont commandés:
    Le 1er par le commandant Hermann.
    Le 2è par le commandant Courtel.
    Le 3è par le commandant Jan.

    Comme en 1914, le régiment est composé en grande partie d'hommes recrutés dans les départements bretons. Il appartient à la 19è Division d'infanterie qui est ainsi constituée:

    41è R. l. de Rennes et de Saint-Malo.

    117è R. l. du Mans et de Laval.

    71è R.I. de Saint-Brieuc et de Dinan. (Par la suite, le 1er mai 1940, le 71è R. l, sera remplacé par le 22è
    Régiment de Marche de Volontaires Etrangers.

    La Division comporte également deux régiments d'artillerie, le 10è R. A. et le 210è R. A., tous les deux
    de Rennes.

    De Rennes le 41è R. l. est dirigé sur Liart, petite localité des Ardennes où il arrive le 8 septembre. Il cantonne dans diverses communes de cette région et il poursuivra son instruction afin de mieux adapter
    ses hommes aux exigences de la guerre.

    Ainsi de septembre à novembre 1939, le 41è R. l. tout en demeurant en état d'alerte, ne participe pas
    aux opérations.

    Du 9 novembre au 23 novembre, il se déplace et arrive en Lorraine où le 24 novembre il occupe un
    secteur dans la région Forbach-Sarreguemines, près de la frontière allemande et face à la Sarre.

    C'est là que va véritablement commencer la guerre.

    Il la fera d'ailleurs dans des conditions particulièrement difficiles et pénibles.

    Les unités qui sont en première ligne ne disposent pas d'abris. On n'a pas construit à cet endroit d'ouvrages bétonnés et il est pratiquement impossible de creuser des tranchées car celles-ci sont aussitôt emplies d'eau.

    ll faut donc se contenter d'abris légers qui n'offrent aucune protection et qu'il est impossible de chauffer.

    Après la pluie vient le froid, particulièrement rigoureux dans cette région. En quelques semaines environ 600 hommes sont évacués pour pieds gelés.

    le secteur occupé par le 41è R. l. est très étendu et il y a parfois 700 ou 800 mètres entre les postes avancés. C'est beaucoup trop car une telle dispersion permet l'infiltration de patrouilles allemandes qui attaquent sans cesse nos postes.

    La guerre se manifeste d'ailleurs ici sous la forme de coups de mains et de bombardements. Ceux-ci
    sont parfois très meurtriers.

    Pour donner à l'adversaire l'impression que le terrain est fortement défendu, les corps francs du régiment
    sont toujours en action afin de barrer la route aux détachements ennemis qui multiplient leurs opérations.

    Mais, hélas, nos hommes épuisés par un effort de tous les instants ne peuvent être partout à la fois.

    En outre, nos soldats sont mal équipés. Vêtements et chaussures manquent souvent. L'armement est très
    inférieur à celui dont dispose l'armée allemande.

    Celte infériorité en matériel est la tragique conséquence de la politique suivie avant la guerre par ceux
    qui refusaient d'accorder à la Défense Nationale les crédits dont elle avait besoin. Comme leurs aînés de
    1914, les soldats de 1939 paient les erreurs de ceux qui n'ont su ni éviter la guerre, ni la préparer.

    Mais, malgré tout, ces soldats doivent tenir.

    Et ceux du 41° tiennent !!!

    Non seulement ils défendent leur secteur sans perdre un seul mètre de terrain mais encore ils l'organisent
    et ils le dotent des moyens défensifs qui lui manquent.

    Au début du mois de janvier 1940 le régiment est relevé.

    Il quitte la lorraine pour l'Alsace.

    A partir du 10 janvier 1940, il se trouve au sud de Mulhouse, tout d'abord à lllfurth, Tagulsheim et Luemschviller, puis ensuite à Kembs, Dietwiller el Sierentz. L'état-major du régiment est alors installé à Landser.

    Là, sur un secteur de plusieurs kilomètres, en bordure du Rhin, il fait face à un adversaire solidement
    retranché, de l'autre côté du fleuve, dans les blockaus de la Ligne Siegfried.

    Ici, encore, il faut organiser le terrain et les hommes se transforment en bâtisseurs pour construire abris,
    fortins et casemates. lls effectuent ce dur travail sous les yeux des Allemands qui disposent, eux, d'ouvrages aménagés en temps voulu.

    Au mois de mai le colonel De Lorme quitte le régiment. ll est remplacé par le lieutenant-colonel Loichot.

    Le colonel de Lorme devait, par la suite, être nommé Général. Prisonnier, il connut en Allemagne les
    rigueurs d'un camp de représailles et, épuisé par sa captivité, il devait mourir peu après son retour en
    France.

    Tandis que le 41è R. l. poursuit de janvier à mai 1940 son oeuvre de constructeur sur les bords du Rhin,
    la guerre se prépare à changer de visage.

    Après la drôle de guerre . . . 
    Voici la tragédie . . .

    Brusquement, en effet, au début de ce mois de mai 1940, une nouvelle circule.

    Les Allemands vont attaquer !!!

    Les Allemands attaquent !!!

    L'annonce de cette offensive surprend ceux qui croyaient que l'affaire engagée en septembre 1939
    pourrait se régler non sur un champ de bataille mais autour d'un tapis vert. Ceux-là espéraient, comme l'a
    écrit Roland Dorgelès, que la France parviendrait, par son attitude pacifique, à rallier les neutres à notre
    cause, décider les Etats-Unis à intervenir, pousser l'Union Soviétique à rompre avec l'Allemagne et obliger
    celle-ci à reprendre les négociations.

    C'était assurément bien mal connaître Adolf Hitler et son entourage.

    C'était aussi vouloir ignorer qu'il n'y a pas de guerre sans bataille, ni de victoires sans combats.

    Or Hitler, et cela tout le monde le sait, veut la victoire.

    ll veut donc aussi la bataille et les combats. Ses troupes savent qu'elles auront à se battre et elles ont
    reçu un équipement et un armement qui leur permettra de le faire dans les meilleures conditions.

    Alors, au moment choisi par lui. Adolf Hitler passe brutalement à l'offensive. Ses préparatifs n'ont
    surpris que ceux qui se refusent encore à admettre l'évidence . . . 

    Le 10 mai 1940 l'armée allemande s'élance à l'attaque d'un front qui s'étend de la Hollande au Luxembourg. La Ligne Maginot sur laquelle la France comptait pour arrêter l'envahisseur va devenir inutile car elle va être tournée.

    Plus qu'une attaque, c'est une ruée massive. Tout est mis en action : les hommes et le matériel. Les
    soldats allemands ne manquent ni de matériel, ni de munitions, ni, surtout, de moyens de transports
    rapides.

    L'armée française se porta, héroïquement, à la rencontre de l'ennemi. Sans la moindre hésitation elle fait
    face . . .

    Du château de Vincennes un ordre du jour demeuré célèbre est adressé à ceux qui ont reçu la mission de
    barrer la route à l'ennemi.

    Toute troupe qui ne pourrait avancer doit se faire tuer sur place. Vaincre ou mourir...

     Nos soldats se battent avec beaucoup de courage, mais ils sont rapidement submergés et, bien souvent,
    incapables de savoir de quel côté se tourner. Les chars allemands, dont l'avance est foudroyante, les dépassent, les encerclent tandis que des escadrilles ennemies mitraillent les routes.

    Nos troupes, elles, manquent de camions, de , chars, d'avions, de canons . . .

    A chaque heure le front se modifie et des unités qui croyaient être en réserve se trouvent soudain en
    première ligne. Bien souvent même elles sont isolées sans la moindre liaison avec les autres unités et elles ne reçoivent plus d'ordres... Leurs déplacements sont difficiles car l'adversaire est partout . . .

    A l'intérieur la population civile, mal informée, s'émeut et s'inquiète. Son moral est sans cesse mis à
    dure épreuve.

    Tour à tour elle apprend l'avance allemande, le recul de nos troupes, le martyre de la Belgique, l'embarquement des troupes anglaises qui, en plein conflit, nous abandonnent et regagnent leur pays, l'exode de centaines de milliers de réfugiés qui, ayant tout quitté, ne savent plus de quel côté se diriger . . .

    Le désordre est total.
    La confusion est extrême.

    Dès le 11 mai 1940 le 41è R. l. est en état d'alerte, et il attend les ordres. On ignore encore s'il devra se
    battre sur place ou s'il sera dirigé sur un autre point du front.

    Déjà les permissionnaires qui ont été rappelés en hâte regagnent le régiment.

    Le 16 mai, à 18 heures, le régiment reçoit des instructions. Il va quitter l'Alsace pour être dirigé sur
    un autre point du front . . .

     

    « L'entre deux guerres.Les durs combats de mai et juin 1940. »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :